Même ouvrage, p
tère, ses instances sont plus pressantes. Mais il ne réussit qu'à moitié. Les riches marchands se réservent ; nombre de financiers même souhaiteront l'échec d'entreprises où ils ne seront entrés que contre leur gré, au succès desquelles ils ne croient pas, et pour lesquelles ils craindront d'être sans cesse obligés à de nouveaux sacrifices. Il faut donc que le ministre emploie d'autres moyens : qu'il engage indirectement les finances pubhques, et qu'il organise, pour attirer et retenir les fonds des particuliers, tout un système de privilèges.
Déjà Louis XI avait promis l'immunité fiscale à tous ceux qui s'occuperaient des mines. Français ou étrangers, même aux sujets des souverains avec lesquels la France était en guerre. Et Henri IV avait accordé la même exemption d'impôts aux premières grandes fabriques de toiles et de soieries. Les commis et artisans des manufactures royales créées par Colbert sont déchargés de toutes contributions; les ouvriers étrangers qui y travaillent dispensés de tous droits pour se faire reconnaître Français, et les marchandises qui en sortent affranchies des traites et des péages. «Ces grandes maisons portent aux principales portes l'écusson du roi : ce sont comme de petits Etats vassaux du roi, ne relevant que de lui i. » Tout le personnel jouit du privilège d'être jugé directement aux requêtes de l'Hôtel ; souvent le directeur est anobli. On l'autorisera, au besoin, à pratiquer, lui et sa famille, la religion réformée; c'est seulement lorsque Colbert n'y sera plus, que l'intolérance religieuse l'emportera sur l'intérêt économique. Les huguenots, auxquels les fonctions publiques étaient devenues presque inaccessibles, avaient naturellement partagé leur activité entre le commerce et l'industrie : la Révocation de l'Edit de Nantes fera perdre au royaume une part considérable de ses capitaux industriels.
i. Même ouvrage, p. :i20.
. Avantage plus positif, la nouvelle manufacture est investie d'un monopole plus ou moins complet, individuel ou collectif. Henri II en accorde un de dix ans à ritalien qui apporte en France le secret de la fabrication des verres et miroirs de Venise : sous son règne plusieurs inventeurs reçoivent, non seulement l'autorisation d'exploiter leur procédé sans se faire recevoir maîtres, mais le droit exclusif d'en tirer parti pendant un certain nombre d'années. Les premières sociétés industrielles formées sous le règne de Henri IV bénéficient d'un monopole temporaire dans un rayon déterminé. Pour remédier à l'inertie ou à la mauvaise volonté des particuliers, Colbert est obligé d'organiser de véritables compagnies manufacturières ; afin de stimuler le zèle des actionnaires, il concède à l'entreprise des privilèges exclusifs de durée et d'étendue variables : 20 ans pom* la manufacture de glaces établie en 1665, 9 ans pour la Compagnie du Point de France. Le monopole de ces deux sociétés s'étend à tout le royaume ; celui des Van Robais à dix lieues seulement autour d'Amiens.
Après Colbert on préféra conférer les privilèges de vente soit à des fabriques particulières, soit à des associations strictement privées : c'est alors surtout que « les sociétés en nom personnel, les sociétés en commandite, et surtout les sociétés anonymes commencent à drainer vers les grandes affaires une partie de la richesse, d'habitude employée en achats de rentes ou d'offices «, Ainsi à l'organisation rigide des antiques corporations tendaient à se substituer des combinaisons plus libres : « Du fond de son comptoir ou du siège de son office royal le commerçant ou le magistrat peuvent participer au progrès industriel i, » Des grands seigneurs même s'y associent : dès le temps d'Henri IV n'avait-on pas vu des personnages de la noblesse patroner et commanditer des a entreprises " » ?