‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 6 sur 151 · Voir Saint-Simon, Mémoires, t. XVII f, p · texte numérisé non relu

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aux villes, dépense, guerroie, intrigue sans contrôle et sans ïrein. Il poursuit à outrance, en Espagne et hors d'Espagne, son rêve d'unité religieuse. Il disait : « J'aimerais mieux régner sur un désert que sur un pays peuplé d'hérétiques. » Donc, dans ses Etats, triomphe de la Sainte Inquisition, multiplication des moines fainéants et des auto-da-fé, condamnation de tous ceux qui achètent, vendent ou lisent des livres défendus à être privés de leurs biens et brûlés vifs, saisie à la frontière de tout ouvrage suspect, douane intellectuelle qui est un obstacle permanent à l'expansion de l'imprimerie et de toute idée nouvelle; mise à mort des Réformés, expulsion des Juifs, qui avaient entre leurs mains une bonne partie du commerce; proscription des Morisques, qui étaient les agriculteurs par excellence; lutte aux Pays-Bas contre les calvinistes et les luthériens hollandais, qui secoueront le joug et deviendront sur mer les ennemis les plus redoutables de leurs anciens maîtres. Hors du territoire dont il a hérité, Phihppe II en Angleterre, en France, en Suède, veut imposer ses croyances et le règne du Saint-Office, et il épuise dans cette entreprise aussi chimérique que fanatique les forces vives et la fortune de son peuple.

Gomme il arrive toujours en pareille occurrence, le peuple est complice de ses rois dans l'œuvre d'appauvrissement qui s'accomplit. Aragonais et Castillans forment avant tout une race de soldats ; leur destinée avait été de reconquérir par une implacable croisade la terre espagnole sur le Maure infidèle. Travailler de ses mains ou même faire travailler son argent, c'était bon pour ces musulmans et ces Israélites dont ils avaient purgé la péninsule ; cela pouvait convenir encore aux populations soumises qu'ils avaient délivrées de la domination du croissant, mais les hidalgos libérateurs ne pouvaient, sans s'abaisser, se consacrer à si humble besogne. Parmi les fils de cette altière noblesse, les aînés vivent sans rien faire du revenu de leurs domaines, proclamés inahénables et héréditaires

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