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252 LE TRAVAIL DA>'S l'eUROPE MODERNE

tent de recevoir des gros entrepreneurs la matière qu'ils travailleront et de leur vendre le produit de leur labeur, seront-ils autre chose que des salariés à domicile ? Ainsi les distinctions, les divisions inhérentes à la grande industrie, que nous avons vues tout à l'heure pénétrer jusque dans les cadres corporatifs pour les élargir ou les briser, envahissent peu à peu la plupart des domaines que l'organisation traditionnelle avait perdus ou qu'elle n'avait jamais occupés.

Quels sont donc les caractères de ce nouvel ordre industriel ? Il apparaît, à première vue, d'une éclatante simplicité : d'un côté, le petit nombre de ceux qui disposent de capitaux suffisants pour se procurer un puissant outillage et pour installer de vastes atehers ; de l'autre, la masse de ceux qui ne possèdent que leurs bras. Dès le temps de Henri IV on voit se monter à Saint-Sever, près de Rouen, une manufacture de toiles où battent 350 métiers. La manufacture de" bas de soie fondée au château de Madrid en 1656 coûte à étabhr 300.000 livres ; la fabrique de fer-blanc créée vers la même date à Beaumont, dans la forêt de Couches, 50.000 livres de plus ; les raffineries de Cette, au siècle suivant, 100.000 de plus. Buffon, à lui seul, et sans avoir à payer le terrain, dépense 300.000 li\Tes pour dresser à Montbard ses hauts fourneaux. Retraçons, après Mirabeau \ les travaux accomplis par la vSociété des mines d'Anzin pour exploiter sa concession : vingt -deux années de fouilles avant d'atteindre le filon, situé à 300 pieds de profondeur; un^ couche d'eau à traverser ; plus de 30 puits creusés et boisés, quelquesuns jusqu'à 900 et même 1.200 pieds, ouvrages représentant une valeur de douze milhons ; tout un réseau de galeries représentant, avec la machinerie, huit autres milhons ; c'est déjà, toutes proportions gardées, l'histoire d'une de nos gigantesques entreprises contemporaines.

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