Cité par P. Brisson, Histoire du travail, p
G. Renard et Weulersse. 17
258 LE TRAVAIL DA^'S l'eUROPE MODEREE
travailleurs de subir les conditions des gros entrepreneurs. D'abord, celle, plus souvent éventuelle qu'effective, de la main-d'œuvre féminine. De tout temps il avait existé des ouvrières libres,» et même certains métiers, comme la lingerie, la broderie, la dentelle, et primitivement le travail de la soie, avaient été réservés aux femmes. Or il semble bien que. dans l'industrie comme dans l'agriculture, leur salaire était d'un tiers, sinon de moitié, inférieur à celui /les hommes ; le jour où elles entreraient en compétition avec les ouvriers, les salaires de ceux-ci ne pourraient que s'en trouver diminués. C'est là sans doute un des motifs qui inspirent les maîtres-tailleurs de Paris, lorsque, en 1675, ils protestent contre la constitution d'une corporation de couturières. En tout cas c'était une opinion très répandue au xviii^ siècle que la Grande Fabrique de Lyon n'aurait pu subsister, si elle n'avait eu à bon marché le.travaW des tireuses de cordes ; à ce travail pénible elle n'employait pas moins de cinq à six mille jeunes filles, que Ton faisait venir de la campagne dès l'âge de dix à onze ans. Quand elles avaient atteint la vingtaine, beaucoup s'élevaient au rang de liseuses de dessin ou d'ourdisseuses i ; et à partir de 1786, quand il fut permis de les employer au tissage, il y eut des entrepreneurs qui n'employèrent plus que des ouvrières. « Il est bien triste, s'étaient écriés déjà les grévistes de 1744 -, de nous voir sur le pavé sans ouvrage, tandis qu'on emploie des filles sur le métier ^ »
La seconde concurrence, plus grave encore, est celle de la main-d'œuvre rurale. A l'état libre, elle est déjà dangereuse par son extrême bon marché : en Gévaudan, au xvii^ siècle, une flleuse se contente de deux sous par
i. Voir Levasseur, Classes ouvrières, t. II, p. 798.