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Gourville, passage cité

Méditerranée sont si mal défendues que les Maures osent les insulter. Ségovie, en 1669, est presque déserte ; Madrid elle-même, à la fm du xvii^ siècle, ne compte plus que 150.000 habitants au lieu de 400.000. La population du royaume tout entier est tombée à cinq millions.

Au milieu de ce désastre, quelle peut être la situation des classes laborieuses ? Il importe de distinguer entre les fermiers et les salariés des champs et des villes. Les premiers, qui se font rares et dont on a grand besoin, sont l'objet des faveurs tardives du gouvernement : on leur accorde des délais pour le paiement de leur loyer ; même, dans certaines provinces, ils peuvent obtenir, après estimation de la récolte, un adoucissement aux conditions de leur bail. Beaucoup d'ailleurs jouissent de l'emphytéose, et la plus-value des produits du sol, qui résulte delà décadence même de l'agriculture, tourne toute à leur profit. Il en est de même de l'abondance des espèces, qui équivaut à une baisse correspondante dans le prix des loyers fixé une fois pour toutes. Donc une partie tout au moins de cette classe peut conserver une prospérité relative; mais en est-il de même des journaliers ? Ceux-ci ne possèdent généralement pas le moindre lopin de terre ; dans les grandes plaines de la Basse- Andalousie ils vivent réunis en bourgades comme ceux de l'Italie méridionale. Et puis ils se trouvent en surnombre : à la fm du xvii^ siècle, ils sont bien 150.000, fainéants volontaires ou involontaires, à vagabonder par le royaume. Pour rabattre leurs prétentions, la concurrence de la main-d'œuvre étrangère est toute-puissante. D'une façon générale, on constate que le prix de la vie a augmenté dans de plus fortes proportions que le taux nominal des salaires ; alors que, par suite de la dépréciation de l'argent et de la lourdeur des impôts, le prix du pain et du vin a presque triplé, ils ne font guère que doubler.. Dans cette triste Espagne où les riches sont besogneux, les pauvres sont misérables.

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Au xviii^ siècle seulement, il paraîtra que l'heure du relèvement a sonné. Dès le règne de Philippe V la situation économique s'améliore, et ce réveil se manifeste par une reprise d'activité, un retour même de gloire extérieure. Mais c'est surtout, sous le règne de Charles III (1759- 1788) que deux ministres réformateurs, Campomanès et Florida Blanca, entreprennent avec énergie la gi^ande œuvre de régénération nécessaire. De nouvelles manufactures de drap se fondent à Guadalajara et à San-Fernando ; une grande fabrique de toiles à San-Ildefonso ; une fabrique royale d'armes à Tolède, qui semble vouloir faire revivre l'ancien renom industriel de la capitale déchue. Mais, comme il était naturel, c'est à la restauration de l'agriculture que l'on consacre les principaux efforts : pour repeupler et remettre en. valeur les déserts de la Sierra Morena, on fait venir des laboureurs de Suisse, de Flandre, de Bavière; en quelques années, près de soixante villages s'élèvent sur les terres abandonnées. Pour le perfectionnement de la technique, une soixantaine de sociétés d'agriculture sont fondées, et la banque Saint- Charles est créée pour consentir des avances aux cultivateurs pauvres. Les privilèges de la M esta sont enfin attaqués ; on achève le Canal impérial, commencé sous Charles- Quint, qui fertilisera la vallée de l'Ebre en amont de Saragosse ; on ouvre les canaux du Mançanarès, de Guadarrama et de Murcie. Sans doute, le royaume ne peut encore se passer des blés de l'étranger, mais on estime que la population, sous ce règne réparateur, remonta de sept à onze milhons, et les revenus publics furent triplés.

Par malheur l'avènement de Charles IV (1788) allait ouvrir pour l'Espagne une nouvelle ère de décadence et de catastrophes.

§ 2. — Le Portugal.

L'âge héroïque : expansion commerciale et coloniale. — Puis mainmise de l'Espagne ; rivalité victorieuse des Hollandais ; protectorat économique de l'Angleterre.

A l'aurore des temps modernes, le Portugal paraissait destiné à jouer un grand rôle. Arrêté sur terre par l'Espagne qui l'enfermait de toutes parts, il s'élançait du seul côté où la voie était libre, sur l'Océan. 11 avait la gloire de découvrir le littoral occidental et même tout le pourtour de 1, Afrique ; et il semblait qu'à lui tout le premier dût en revenir le profit.

En effet, durant le xv^ siècle entier, les Portugais prennent la suite des aventureuses reconnaissances qui avaient déjà conduit des Génois, des Dieppois, aux Canaries, aux Açores, jusque sur les côtes de l'Ivoire et de l'Or. Tandis que le roi Jean II achève de fonder l'absolutisme (1481- 1495), du cap Saint-Vincent, où il a établi son Académie, son école de découvreurs, le prince Henri le Navigateur lance des expéditions méthodiques qui, se dépassant l'une l'autre, longent le mystérieux continent africain et finissent par le tourner. En 1487, le cap des Tempêtes, devenu le cap de Bonne-Espérance, est doublé. On nourrit alors à Lisbonne des rêves gigantesques. On entend partager avec l'Espagne seule les mondes inconnus. Une ligne de marcation^ qui passe à 270 lieues à l'ouest des Açores, sera la limite entre les deux puissances. Puis, en 1498, Vasco de Gama, ayant remonté la côte orientale de l'Afrique, affronte l'Océan Indien et se fait conduire jusqu'au Malabar. Colomb pourra bien avoir révélé des terres insoupçonnées ; mais la route directe vers le pays des épices est bien celle-là. Elle est plus longue, sans doute, que celle de la Méditerranée et de la mer Rouge, dont les Arabes et les Vénitiens sont de longue date en possession, mais elle n'exige aucun transbordement, aucun intermédiaire ; elle

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va devenir le grand chemin des navires européens et, une fois vainqueurs des flottes égyptiennes que Venise pousse contre eux dans la mer d'Oman, les Portugais vont régner en maîtres dans les parages de l'Inde.

D'année en année, c'est une série de découvertes et de conquêtes. La tempête jette, en 1500, Alvarez Cabrai au Brésil, qu'on peuplera de Juifs expulsés et de déportés. Puis on occupe Ormuzd et Socotora : on noue ainsi des relations avec la Perse. On traverse le détroit de Malacca. on pousse jusqu'à Java, jusqu'aux îles Moluques, pays du poivre, de la cannelle, du gingembre. On se risque jusqu'à la Chine (1517) avec laquelle l'Occident ne communiquait que par un long et dangereux voyage à travers l'Asie : on arrive au Japon, où l'on est reçu amicalement. En marchant toujours vers l'Est, on est étonné, en 1528, de rencontrer les Espagnols qui ont fait, eux, le tour du monde, en sens inverse, par l'Ouest, et il faut une nouvelle ligne, une ligne de démarcation^ cette fois, pour départager le globe entre les deux nations qui se retrouvent voisines aux antipodes.

Dans leur poussée vers l'Extrême-Orient, les Portugais n'ont pas trouvé, comme les Espagnols, des pays encore à demi barbares et faciles à conquérir : ils ont eu affaire à des peuples fort civilisés, riches, industrieux, concentrés dans de grandes villes populeuses : aussi, sauf au Brésil i, leur système de colonisation est-il fort différent du système espagnol. Ils s'emparent de quelque promontoire, de quelque île, de quelque place facile à défendre ; ils créent sur les côtes des contrées où ils s'établissent une chaîne de comptoirs et de forts séparés souvent les uns des autres par de longues distances. L'important est, pour eux, d'avoir des marchés où ils puissent échanger avec les populations voisines les denrées de l'Asie contre celles de l'Europe. Les gouverneurs de ces postes éparpillés ont

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