Voir dans la même Collection le livre de M. Gapitan
G. Renard et Wellersse. 4
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souvent à subir de terribles assauts, qu'ils repoussent avec une énergie désespérée.
C'est l'âge héroïque du Portugal, celui qu'a chanté son illustre poète, Camoëns. « Lisbonne la Grande », qui a détrôné Venise, est somptueuse et fière de sa richesse. «Qui n'a pas vu Lisbonne, dit un proverbe du temps, n'a rien vu de beau. » C'est la ville enchantée de l'Occident. Le petit peuple qui s'est créé un vaste empire a son moment de splendeur.
Mais ce peuple est vraiment bien petit pour fournir longtemps le personnel nécessaire à l'administration et à la défense de ces immenses et lointaines possessions.
Les longues luttes contre les Maures et contre les Castillans l'ont épuisé ; la province qui s'étend immédiatement au sud du Tage, l'Alemtejo, est à moitié déserte, et des bandes de loups errent par tout le royaume. Dès 1505, l'un des navires de la grande expédition que commande d'Almeïda possède un équipage de rustres qui savent à peine distinguer bâbord de tribord ; bientôt on enrôle des forçats et des nègres ; en 1538 on offre une grâce complète à tous les condamnés qui voudront embarquer pour les Indes. Des milliers d'hommes qui sont partis^ pas un sur dix qui soit revenu ; le reste a péri, a déserté, a disparu en d'étranges aventures. De deux millions la population, au cours du xvi^ siècle, est réduite à un seul, ou guère plus; la peste, les famines aussi se sont ajoutées au fléau de cette émigration désordonnée. Pour combler les vides, il a fallu, dans le^ campagnes du sud, introduire des esclaves ;le travail agricole en a été discrédité : les laboureurs ont vendu leurs fermes et sont venus s'entasser dans les villes. La plaie des latifundia s'est étendue ; et par cette nouvelle infusion de sang africain la race elle-même s'est abâtardie. — D'ailleurs les ports n'ont derrière eux qu'une bande de territoire trop étroite pour alimenter un trafic intense : la laine des Algarves et les vins de
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Porto ne suffisent pas à donner im fret permanent aux vaisseaux; les mines' des montagnes ne sont pas exploitées ; l'industrie n'existe autant dire pas sur le territoire portugais.
Puis, dans les colonies, l'Etat s'arroge un droit de propriété absolue sur les terres découvertes ; pendant quelque temps il se réserve le droit de faire le commerce par l'unique moyen des navires du gouvernement. Gela n'est point pour hâter le développement d'une marine marchande. Les Portugais ne distribuent pas eux-mêmes les cargaisons exotiques sur lesquelles ils réalisent de si gros bénéfices. Pendant les premières années, ils les avaient au moins portées eux-mêmes jusqu'à Anvers ; ils attendent bientôt qu'on vienne les cherche]^ à Lisbonne ; les Hollandais se chargent de cette besogne lucrative et apportent en même temps les produits des manufactures d'Europe, si bien que le plus clair des pro fits qu'on retire du commerce des Indes passe à solder des importations étrangères. Pour comble de malheur, les gouverneurs et fonctionnaires des colonies, que l'on change très souvent de peur qu'ils n'aient des v,elléités d'indépendance, mettent tous leurs soins à s'engraisser vite et trafiquent pour leur propre compte. La traite des noirs, où se spécialisent les Portugais, enrichit des particuliers, mais ne suffit pas à entretenir un grand courant commercial.
Puis, au moment même où la Hollande s'affranchit de la domination espagnole, le Portugal a la malechance d'être conquis et annexé par l'Espagne qui va l'entraîner dans sa décadence (1580). Leur union ne sert qu'à offrir un champ plus vaste et une proie plus facile à leurs ennemis. Gomme les nouveaux maîtres du pays interdisent à leurs sujets toute relation avec les Hollandais révoltés, ceux-ci se jettent alors sur les colonies portugaises mal défendues. Les Juifs qu'on expulse portent dans tout le midi de l'Europe, en Hollande, en France, les capitaux dont ils disposent. L'Inquisition devient objet d'exportation : elle
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irrite les indigènes qu'elle persécute ; le zèle indiscret des missionnaires suscite des révoltes et des guerres :' c'est ainsi qu'en 1637 les Portugais sont chassés du Japon à cause des troubles qu'y ont provoqués les Jésuites, à qui ces civilisations anciennes n'offrent pas les mêmes facilités que les molles et ignorantes populations du Paraguay. Et dans la métropole le luxe religieux absorbe la meilleure part des trésors amassés par le gouvernement.
Aussi, d'année en année, l'empire portugais s'en vat-il par lambeaux. Les corsaires britanniques pillent les galiohs et Lisbonne même; les flottes hollandaises prennent des îles, des comptoirs, réduisent à quelques points ce que le Portugal possédait dans la mer des Indes, arrachent même un fragment du Brésil (la Guyane).
Quand, après soixante ans, le petit Etat recouvre son indépendance, il n'a plus les moyens de rétablir sa fortune éphémère. Délivré grâce à l'aide de la France, il ne tarde pas à tomber sous le protectorat économique de l'Angleterre : en 1703, par le traité de Methuen, celle-ci s'engage à lui acheter ses vins, mais c'est à la condition que ce peuple de vignerons lui réservera en retour la préférence pour tous ses achats de produits manufacturés. La demande de porto et de madère devient si vive que presque toutes les énergies productrices du pays se concentrent sur ce commerce et sur l'exploitation des forêts de chêne-liège ; l'émigration s'arrête dans les provinces viticoles du Nord, mais le peu d'activité manufacturière qu'avait jamais possédé le pays ne tarde pas à s'éteindre ; et pour son ahmentation même le royaume devient bientôt tributaire de ses tyranniques protecteurs.
Pendant un demi-siècle le Portugal végète. Sans doute il lui reste une grande colonie, le Brésil, où depuis 1680 l'on exploite des mines d'or, et où, en 1729, on découvre des mines de diamants ; et l'on en rapporte encore des sucres, des tabacs, des bois précieux, du cacao, de l'indi-
^0. Cent voiliers, en 'trois caravanes annuelles, assurent cet important trafic. Mais c'est à peine si toutes ces .richesses touchent à Lisbonne. Scn admirable baie reçoit plus de navires que nul autre port d'Europe, sauf Londres et Amsterdam • mais ils appartiennent à des armateurs anglais, hollandais, italiens, hambourgeois, suédois, espagnols ou français ; la nation portugaise ne recueille de ce commerce auquel elle donne asile, .pour ainsi dire, aucun profit ; et les sommes assez considérables que, malgré les fraudes, le Trésor royal en retire, en taxes douanières, en droits régaliens, en revenus de monopoles, continuent d'être accaparées par l'Eglise toute-puissante. Un véritable drainage d'or monnayé s'opère aux dépens de ce malheureux pay f ; et c'est avec de l'or portugais que les Anglais, notamment, s'acquittent des nombreuses dettes qu'ils ont contractées par le monde. Voilà le secret.de J'émotion qui allait se répandre dans toute l'Europe, à la nouvelle du tremblement de terre qui avait aux trois quarts anéanti ce splendide entrepôt international, cet Eldorado de l'Occident (1755).
Enfin un ministre audacieux s'efforce d'arracher le Portugal à cette torpeur mortelle. Pombal brise le joug ecclésiastique, il essaie de secouer la lourde tutelle britannique. En dépit du traité de ^Methue'n, il crée des fabriques de poudre, de sucre, de soieries (1750-1752), des manufactures de drap, des papeteries, des verreries (vers 1760). Les principes économiques dont s'inspire l'énergique réformateur peuvent jiaraitre surannés ; mais quand il interdit l'exportation des métaux précieux, les circonstances justifient ce retour apparent aux pratiques mercanlihstes les plus étroites; quand il crée une Compagnie du ■Haut-Douro (1756), à laquelle sera réservé le commerce des vins de Porto, c'est pour renverser l'onéreux monopole de faitdont jouissait l!afisociation des négociants anglais; quand il fonde la Compagnie privilégiée du Haut-Para et du Maraùon, c'est pour restreindre l'autorité abusive
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qu'exerçait dans toute l'administration du Brésil la Compagnie de Jésus i.
Mais Pombal avait suscité trop de haines ; il est renversé (1777), et son œuvre ne devait pas tout entière lui survivre. Le Portugal ne jouira encore que d'une prospérité médiocre, jusqu'au moment où il sera pris, comme l'Espagne, dans la tourmente napoléonienne.
INDICATIONS BIBLIOGRAPHIQUES -
Espagne
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Portugal
Bouchot. Histoire du Portugal.
Gastinel. Le désastre de Lisbonne. Revue du XVIII^ siècle, 1913.
1. A noter encore la fondation d'une 'Compagnie des pêclieurs de l'Algarve (1733) et la création d une École de commerce {1759).
2. M. André Paul, élève diplômé de l'École des Chartes, nous a prêté, pour la préparation de ce chapitre, le plus précieux concours ; nous tenons à l'en remercier ici même.