Voir Levasseur, Classes ouvrières, t. II, p. 81i
2. Voir H. Hauser, Ouvriers du temps passé, p. 177 et suivantes.
grief était la multiplication excessive des apprentis ; la grève ici n'est pas accompagnée de violences, et elle paraît avoir échoué. A la même époque les ouvriers-boulangers de la capitale étaient en pleine effervescence : forts de leur étroite solidarité, libres de tout engagement, ils ne se gênaient pas pour célébrer leurs fêtes tout autre jour que le dimanche et pour exiger à toute occasion des augmentations de salaires. Le maître récalcitrant était mis en interdit ; souvent même les ouvriers de diverses boulangeries cessent le travail d'un commun accord, et se promenant par la ville armés de bâtons, de dagues et d'épées, ils menacent les patrons, voire les compagnons qui n'ont pas épousé leur querelle ^
Dès le miheu du xvii® siècle, « lescompagnons (au sens large du mot) semblent avoir le sentiment d'être une classe déshéritée, comme on dit aujourd'hui ; et les maîtres prévoient et sentent en eux l'ennemi - ». Vers 1681, le conflit qui règne entre les patrons et les ouvriers toiliers de Normandie s'aggrave à tel point que 4.500 de ces derniers, tous bons catholiques pourtant, émigrent en Angleterre. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, soit que la hausse du prix des denrées augmente le malaise de la classe ouvrière, soit que la dépopulation commençante l'encourage à hausser le ton, l'agitation sociale grandit. A Darnétal les compagnons drapiers excluent des ateliers quiconque n'est pas de leur société ; en 1697 ils s'ameutent, au nombre de trois à quatre mille, parce que certains patrons ont embauché des ouvriers étrangers ; ils font fermer les fabriques et demeurent un mois sans reprendre le travail. Les compagnons maréchaux du quartier Maubert à Paris se rassemblent tumultueusement à la porte des maîtres pour obtenir une augmentation de salaire. Chez les chapeliers, et dans quelques
1. Voir Levasseur, Classes ouvrièi'es, t. II, p. 118; et pour plus de détails, Hauser, Les compagnonnages à Dijon, Paris, 1907.