Lavisse, Histoire de France, t. Vil', p. o
autres corporations, un maître refuse-t-il d'employer un compagnon incapable, tous les autres quittent aussitôt la boutique ; la maison est mise à l'index, et malheur au compagnon qui ne respectera pas l'arrêt de la communauté. Au dire de Boisguillebert, on voyait parfois « 700 à 800 ouvriers d'une seule manufacture s'absenter tout à coup et en un moment, en quittant les ouvrages imparfaits, parce qu'on voulait diminuer d'un sou leur journée... et des marchands considérables faire banqueroute par cette seule raison qu'ils avaient été deux ou trois ans sans pouvoir trouver personne pour faire leurs ouvrages, quoiqu'il y en eût quantité sur le lieu ^.. »
A Paris, en 1724, pour forcer les maîtres à revenir sur une réduction de salaire injustifiée, une partie des bonnetiers cesse le travail. Ils organisent une caisse de grève, à laquelle un certain nombre de ceux qui continuent de travailler versent une partie de leur salaire ; sous prétexte d'entendre la ;nesse, ils s'attroupent le dimanche à la porte de l'église Saint-Paul et s'emploient activement à entraîner ceux qui sont restés étrangers à leur mouvement. A Lyon, en 1779, les ouvriers en soie de la Grande Fabrique se concertent avec les chapehers pour réclamer un relèvement de leurs salaires : au prix d'une véritable émeute ils l'obtiennent momentanément. Dans la même industrie certaines catégories d'ouvriers se font remarquer par leur turbulence, et d'autres par leur docilité : le premier cas est celui des tondeurs et laineurs de drap, qui travaillent par groupes ; le second, celui des tisseurs qui sont généralement dispersés dans les campagnes.
Si la politique du gouvernement à l'égard des salariés, considérés comme une catégorie de sujets malheureux et sans défense, avait pu présenter, par certains côtés, un caractère tutélaire, envers la classe ouvrière à demi organisée, revendiquant ses droits et usant de sa force,