‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 86 sur 151 · III. — Agriculture · texte numérisé non relu

III. — Agriculture

1 1. — Les conditions de vente des produits.

L'exportation des produits agricoles. — La police intérieure des grains. — Le développement de la consommation.

Comme celui de l'industrie, le développement de l'agriculture dépend des progrès du commerce, c'est-à-dire de l'accroissement des débouchés. Nous avons déjà indiqué i à quelles restrictions était soumise l'exportation des produits ruraux. Les unes, qui frappaient les matières premières, étaient inspirées par le désir de promouvoir l'industrie nationale ; les autres, qui pesaient sur le trafic des denrées de première nécessité, avaient pour principal objet d'assurer la subsistance pubhque. Au cours des trois siècles qu'embrasse notre étude, les premières tendent à disparaître ; c'est ainsi que l'exportation des laines devient libre en 1716 et franche en 1758, et,que celle des chanvres est autorisée à partir de 1719. Mais l'affranchissement des denrées alimentaires s'accomplit avec beaucoup plus de peine. Si l'exportation du bétail est permise et jouit d'une quasi-franchise à partir de 1763, les grains restent en servitude.

La hausse des prix qu'entraîne au xvi^ siècle la révolution monétaire incite le gouvernement central à s'ériger en juge souverain de la matière (1577) et à prohiber en

d. Voir pages 166 et 167.

principe l'exportation du blé, même celle du vin. Après la paix de Vervins, Henri IV lève ces deux interdictions ; mais la première est rétablie par Richelieu, et à maintes reprises par Colbert. Non pas que ce dernier fût, comme quelques-uns l'ont prétendu, un adversaire systématique de l'agriculture. Ses préférences, ses soins les plus assidus, sans doute, allaient à l'industrie et au commerce maritime ; mais le problème des débouchés agricoles l'avait aussi préoccupé plus d'une fois ; il procéda à ce que nous appelons des achats directs aux producteurs de blés, de vins, d'eaux-de-vie, de salaisons, de bétail sur pied ; il songea même à protéger certains produits du sol de France contre la concurrence étrangère. Seulement, effrayé par la terrible disette de l'hiver 1663-1664, et convaincu que le royaume pouvait à peine suffire à la nourriture de ses habitants, il n'accorde plus jamais pour les blés que des permis d'exporter provisoires à court terme, et moyennant le paiement de droits très élevés. Les famines de la fin du règne de Louis XIV déterminent l'x^dministration à renforcer encore ce régime prohibitif, que l'on suspend tout juste, dans certaines occasions, pour permettre aux cultivateurs d'empocher quelque argent et de payer l'impôt.

C'est seulement vers le milieu du xviii^ siècle que l'on commence à « raisonner avec la peur de mourir de faim i )>. On s'aperçoit alors que les remèdes appliqués ne font qu'aggraver le mal ; on comprend que les agriculteurs n'ont point intérêt à se procurer d'abondantes moissons, s'ils peuvent craindre que l'accroissement de leur production n'amène la mévente. Précisément, en 1764, une extraordinaire succession de belles récoltes avait provoqué une crise d'avihssement plus sensible encore que les précédentes : l'exportation redevient hbre, assujettie seulement au paiement de droits modérés et à l'obhgation d'em-

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