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Afin de permettre la vaine pâture après la moisson

L'outillage de la petite culture n'est guère moins insuffisant. Le métal est encore si cher au xyii^ siècle que presque toutes les pelles et les bêches sont en Lois ; quelquesunes seulement sont garnies de fer. Ces instruments étant très lourds, pour pouvoir les manier, on les fait très étroits, ce qui allonge la besogne. La capacité des charrettes est de même très faible, parce que la caisse repose sur des essieux en bois. Les moyens de lutte contre les animaux dévastateurs sont naturellement très grossiers : cependant nous voyons le ministère ordonner en 1767 une distribution gratuite de soufflets à soufre destinés à la destruction des mulots. L'irrigation était depuis longtemps pratiquée, au moins dans la région méditerranéenne : le canal de Craponne date de 1548 ; à la même époque Bernard Palissy élabore la théorie du puits artésien ; au xviii^ siècle le Parlement de Paris accordera aux entreprises d'hydraulique agricole le bénéfice de la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique.

Plus remarquable que le perfectionnement de la technique agricole est l'accroissement du nombre des espèces cultivées. La betterave, importée d'Italie en Provence, se répand dans les potagers : elle n'est encore considérée que comme un très nourrissant légume. En Provence également, par un rapprochement curieux, la canne à sucre, au temps de Henri IV, essaie de s'implanter. Deux céréales nouvelles, toutes les deux venues du Levant, le sarrasin et le maïs ou blé de Turquie i, s'introduisent dans le mj?me temps, l'une dans le nord et l'ouest, l'autre dans le sud du royaume : mais toutes deux ne sont regardées que comme des cultures pauvres ; les houblonnières ne se développent que vers les frontières de l'Allemagne et de la Flandre, notamment en Picardie. La collection des plantes tinctoriales s'enrichit de la garance et du pastel.

1. La véritable origine du maïs était, nous l'avons indiqué, l'Amérique Centrale, mais il ne pénétra guère dans l'Europe occidentale qu'après avoir fait une station dans le Levant.

La première, transportée de la Flandre dans le midi de la France, prospère grâce aux encouragements publics qui lui sont prodigués, d'abord sous Golbert, puis dans la deuxième moitié du xyiii^ siècle. Le second fait quelque temps la fortune du Lauraguais et du Toulousain, mais il doit bientôt soutenir contre l'indigo une lutte inégale ^ : en vain Golbert et les ministres ses successeurs en déclarent l'usage obligatoire pour la teinture des draps ; le développement du commerce des Indes lui portera le coup fatal. Une autre culture récente qui souffre de la concurrence exotique est celle du tabac. Elle eût pris dans le Languedoc et la Guyenne une bien plus grande extension, si les règlements destinés à protéger les planteurs des Antilles, joints au monopole d'achat dont était investie la Ferme générale, ne l'eussent entravée.

Mais les acquisitions les plus caractéristiques sont celles du mûrier, des plantes fourragères et de la pomme de terre. La première remonte, si l'on veut, jusqu'à Louis XI, qui déjà avait essayé d'acclimater en deçà des Alpes l'arbre au feuillage précieux. A la fin du xvi*^ siècle il était répandu en Provence, en Languedoc, en Dauphiné. Henri IV en organise méthodiquement la plantation dans les quatre généralités de Tours, d'Orléans, de Paris et de Lyon, tendis que Sully l'introduit lui-même dans son gouvernement du Poitou ; dans les châteaux de Madrid, de Fontainebleau, aux Tuileries même, on installe des magnaneries et des mouhneries. Des entrepreneurs, qui s'approvisionnent aux établissements royaux, sont commis pour fournir à bon marché et la graine de mûrier et les œufs de ver à soie ; les élus sont chargés de la répartition entre les paroisses ; de plus, les monastères doivent fonder des pépinières, dont les curés distribueront les plants ; enfin des experts parcourront les campagnes à la fois pour instmire

1. A noter également, comme production restée exclusivement exotique, la teinture que donne la coclienille, un puceron des cactus américains.

les habitants et pour acheter à bon prix la soie produite. Mais, comme on n'accordait aucune prime aux éleveurs, ceux-ci considérèrent surtout les charges de la nouvelle «ntreprise et ne s'y prêtèrent que d'assez mauvaise grâce ; le chmat non plus n'était pas uniformément favorable : si les efforts du gouvernement furent couronnés de succès dans les régions sèches de la vallée inférieure du Rhône et des bords de la Méditerranée, ils échouèrent presque complètement dans les bassins de la Seine et de la Loire. Dans des limites plus restreintes et plus conformes aux conditions naturelles, Colbert devait d'ailleurs reprendre l'œuvre commencée par Henri IV et abandonnée après lui ; et désormais la monarchie ne cessa plus de s'intéresser à cette originale production.

L'introduction des plantes fourragères présentait une importance encore plus grande. En vain Charles Estienne, Liébaut, puis Olivier de Serres avaient montré quels avantages elles offraient tant pour le progrès de l'élevage que pour l'améhoration du sol : à la fm du xvii® siècle elles étaient encore presque ignorées en France, Nous savons quelles coutumes s'opposaient à leur développement ; le propriétaire de pièces ensemencées en sainfoin doit obtenir un arrêt pour chasser les bestiaux que ses voisins envoient constamment chez lui pendant le temps ordinaire de la vaine pâture. Mais à partir de 1750 les règlements de la police rurale comprennent assez souvent les luzernes et autres herbes fourragères parmi les terroirs qui sont toute l'année « en défens « ; ainsi le regain même sera préservé. S'inspirant de l'exemple donné par les fermiers anglais, les Physiocrates demandent que l'étendue consacrée aux prairies artificielles égale celle même qui est réservée aux 'grains ; elles doivent couvrir une des trois soles de la nouvelle rotation, et les autorisations solennelles de clôture qui sont successivement accordées à diverses provinces élargissent le domaine où ce programme peut être suivi. En Bretagne notamment, en Franche-

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Comté, en Nivernais, en Limousin (grâce surtout à Turgot) le trèfle, la luzerne gagnent du terrain. Sous Louis XVI le turnip, cher à Townshend ^, est introduit avec succès en Auvergne. Après le procureur-général La Chalotais, la vicomtesse du Pont, sœur de la duchesse de Liancourt, devient presque célèbre pour ses luzernes : elle n'en entretient pas moins de 125 hectares dans sa terre des environs d'Ermenonville. En 1786, la Société d'agriculture de Paris décerne au grand mémoire de Gilbert sur les cultures fourragères sa plus haute récompense. Pourtant, si l'on considère l'ensemble du royaume, le progrès des nouvelles prairies est très lent ; il est même des provinces, comme le Languedoc, où elles échouent complètement ; en Gascogne on n'emploie la luzerne que pour la litière.

Quant à la pomme de terre, chacun sait que, après avoir été importée de l'Amérique du Nord à la fm du xvi^ siècle, elle s'était répandue en Angleterre, en Hollande, en Flandre et jusqu'en Italie ; en France Turgot l'avait vulgarisée dans le Limousin. Mais presque partout, la croyant dangereuse pour l'homme, on ne la cultivait que pour la nourriture du bétail. A ce titre déjà elle rendait de grands services ; de plus, avec les navets du Norfolk, elle inaugurait la série des plantes sarclées, auxquelles on appliquait le procédé du binage, et que l'on pouvait par conséquent semer immédiatement après l'épandage du fumier sans craindre le débordement des mauvaises herbes. ^lais ce modeste tubercule aurait-il pris si rapidement sur notre territoire la place qu'il occupe, si Parmentier, dans le célèbre mémoire que Bertin fit pubher en 1778, n'avait démontré qu'il était parfaitement comestible, et si Louis XVI, à son instigation, n'avait lui-même donné aux diverses classes de la société la preuve qu'il pouvait fournir le plus varié et le plus économique des ahments ^ ?

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