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2. D'Amérique nous étaient venus deux autres légumes encore, le

Les branches anciennes de l'agriculture nationale, qui restaient sans conteste les plus puissantes, bénéficiaient elles aussi du « progrès des lumières ». La forêt, contre laquelle dans les premiers temps du Moyen-âge le cultivateur avait livré un âpre combat, avait été considérée ensuite comme une ressource inépuisable : aussi les propriétaires ne la gaspillaient-ils pas moins que les usagers. Dès le xvi^ siècle le progrès de la population, l'extension des cultures et le développement même du mobilier amènent ces gigantesques abattages qui inquiètent Palissy et font pleurer Ronsard. Pour subvenir aux besoins croissants de leur luxe les grands seigneurs n'hésitent pas à pratiquer des coupes hâtives ; bientôt les forges et les verreries dévoreront des cantons entiers. Les conséquences de ces déboisements inconsidérés sont si graves qu'ils ne tardent pas à provoquer l'intervention de l'autorité : en ,1595 le vice-légat défend aux habitants du Comtat- Venaissin « de dépopuler les bois et de faire aucun essart en montagnes, attendu les grands dégâts que' cela apporte au plat pays ». La célèbre ordonnance des Eaux et Forêts de 1669 spécifie que nul défrichement de bois ne peut avoir lieu sans autorisation, et elle soumet à un régime spécial tous les terrains en pente raide. Colbert ne songe pas seulement à préserver les plaines de l'irrégularité des torrents ; il entend que le royaume lui fournisse en abondance les matériaux nécessaires pour la construction de ses flottes. Les admirables prescriptions du ministre cessent, d'ailleurs, bientôt d'être observées : à la fm du règne le péril s'est aggravé à ce point que l'on songe déjà à exploiter les forêts du Canada. La fureur de défrichements qui règne dans les campagnes à partir de 1760 entraine encore d'irrémédiables dévastations dans

topinambour et la tomate — sans parler de l'élevage du dindon, introduit du Mexique par les Jésuites. — Ercivmann-Cliatrian, dans l'Histoire d'un paysan, ont conlé les résistances que rencontra la diffusion de la pomme de terre.

le Velay, le Vivarais, les Cévennes et dans le Dauphiné.

L'excès du mal suscite alors les premières tentatives de rel)oisement ; et les forêts qui subsistent sont partout mieux exploitées. Le système des coupes régulières, introduit dans les domaines de la couronne par Henri IV et généralisé par Colbert, gagne peu à peu les propriétés communales et particulières. Les essences étrangères se multiplient dans les parcs de la fm du xviii® siècle, et ces établissements ne profitent pas moins à l'arboriculture «t à riiorticulture même qu'à l'œuvre forestière. Dès le xv!!*^ siècle sans doute, avec la Quintinie, la technique des vergers, des planches légumières et des parterres fleuris s'était perfectionnée ; mais il restait à répandre parmi le peuple des campagnes les procédés- nouveaux -employés avec succès dans les jardins du Roi et des grands -seigneurs ou dans les pépinières des intendants : vaste entreprise qu'inaugure Moreau de la Rochette en distribuant gratis aux cultivateurs d^s plants d'arbres fruitiers améliorés, et en ouvrant pour les enfants trouvés la première école d'horticulture.

Les antiques cultures textiles paraissent se localiser dans les provinces du Nord-Ouest ; au xviii^ siècle cependant le lin se développe en Bretagne, le chanvre se répand dans le Berri : en 1786, une exemption d'impôts pour vingt ans est accordée à tous les défrichements qui auront pour objet d'étabhr des linières ou des chènevières. — Mais la concentration géographique est certainement le trait le plus caractéristique de l'histoire de la. vigne pendant cette période. Au début du xvi^ siècle elle était encore cultivée presque dans toute la France, même dans les régions dont le climat lui était le moins favorable, comme la Normandie, la Picardie, l'Artois : la difficulté des communications contraignait pour ainsi dire chaque district à produire lui-même son vin. Mais bientôt les progrès du commerce permettent de mieux tenir compte des avantages

OU des désavantages respectifs des différentes provinces : au temps de Henri IV la viticulture fuit déjà les rives humides de la Manche ; elle se développe au contraire sur les « côtes d'or » de la Bourgogne. Le xvii^ siècle voit grandir le vignoble de Champagne ; le xviii*^, cehii du Médoc : des landes sauvages et malsaines sont devenues l'un des plus riches pays du royaume. Somme toute, l'étendue couverte par les plants s'accroît, et dans de telles proportions que le gouvernement, redoutant une diminution excessive des emblavures de blé, prétend la restreindre. Plus encore qu'à la quantité des produits, la spéciahsation locale profite à leur qualité. Bien que cette culture n'exigeât alors ni grands capitaux, ni gros outillage, bien que les procédés de fabrication du vin luimême eussent été dès la fin du Moyen-âge poussés à un assez haut degré de perfection, quelle différence entre les véritables crus, dont la consommation s'étend, et l'aigre verjus dont s'était contentée autrefois la majeure partie de la population !

C'étaient les céréales que visaient avant tout les divers perfectionnements réalisés dans la technique agricole. Le rendement des terres cultivées en blé finit, en effet, par s'accroître. Alors que la plupart d'entre elles n'avaient guère donné j usque-là qiie quatre fois la semence — environ six hectolitres à l'hectare, le tiers de la moyenne actuelle — dans la deuxième moitié du xviii^ siècle on parvient à recueillir, même sur des terres naturellement médiocres, un produit deux fois supérieur. Mais cette amélioration n'avait été obtenue que grâce à un développement corrélatif de l'élevage, et c'est ce qui explique qu'elle ait été si tardive.

Au xvi^ siècle, en effet, la culture des céréales, menacée d'un côté par le progrès des vignes i, stimulée de l'autre par l'accroissement de la population, avait largement

1. Les officiers royaux reroivent alors l'ordre de veiller à ce que nulje part les vignes n'occupent plus d'un tiers du territoire.

empiété sur le domaine pastoral, et l'on avait alors oublié l'ancien proverbe qui disait : « Qui change son champ en pré augmente son bien de moitié. » Une brillante et brève renaissance marquera le ministère de Colbert, mais pendant près de deux cent cinquante ans, il semble que l'on ait négligé les enseignements d'Olivier de Serres, qui avait déclaré que « sur l'herbage, comme sur un ferme fondement, toute l'agriculture s'appuie « ; le troupeau national paraît plutôt diminuer qu'augmenter. Même la disette de 1709 avait contraint les paysans à abattre ce qui leur restait de bétail, et ce désastre n'avait été que lentement réparé. En 1713 on facilite la conclusion des haiix à cheptel, grâce auxquels les bourgeois pouvaient en quelque sorte prêter aux cultivateurs les animaux qui leur manquaient. Un arrêt de 1746 inaugure la législation relative aux épizooties, qui achève de se constituer sous le ministère de Turgot ; nous avons signalé • la fondation des écoles vétérinaires ; la hberté accordée au commerce du bétail paraît terminer cette œuvre de régénération.- ]Mais on ne pratiquait guère encore que l'élevage extensif, qui impliquait, outre la dispersion du fumier, un véritable gaspillage des terres ; les bêtes étaient lâchées sur de vastes landes ou pâtis, que l'on conservait soigneusement à leur usage ; les progrès ultérieurs de la culture des grains, tant en étendue qu'en rendement, étaient liés au succès de l'élevage intensif.

Les plantes fourragères devaient fournir un élément essentiel au bon entretien des races ; mais il fallait avant tout perfectionner les méthodes de croisement. Mal nourris, se multipliant à l'aventure, les animaux à demi sauvages qui erraient par les landes n'avaient souvent que les os et la peau. « Un bœuf pompeusement offert à Charles-Quint par la ville de ^louhns est regardé comme un vrai phénomène, parce qu'il pèse un millier de kilos. De pareils sujets sont ordinaires aujourd'hui dans les concours régionaux, et il en vient, chaque mois, à l'abat-

toir de la Villette dont le poids vif est moitié plus fort. C^est ce qui explique qu'à cette époque le suif était aussi rare que le cuir était abondant \ » C'est seulement dans les premières années du xvii® siècle qu'on eut l'idée d'introduire en Normandie, dans le Poitou, dans les Charentes, des vaches de Hollande, h^ flandrines, de grande taille et de forme élancée, dont on pouvait sevrer les veaux au bout de peu de temps, et qui donnaient du lait toute l'année. Colbert fournit aux éleveurs des taureaux suisses ; au xviii^ siècle, on en fera venir aussi d'Allemagne. Puis, à mesure que diminuent les ressources en venaison et que l'usage de la viande de boucherie se répand, on cherche à obtenir des animaux gras : les bœufs destinés à l'alimentation pèsent déjà beaucoup plus sous Louis XVI qu'au temps de Henri IV.

Même progrès, mais plus lent, pour les ovidés. Tentés dès l'époque de Colbert, les croisements avec les béliers flamands, anglais et espagnols, ne réussissent guère qu'au siècle suivant. C'est seulement en 1764 que Daubenton institue ses expériences décisives ; et comme ce que l'on cherche à obtenir, c'est l'abondance, la longueur ou la finesse de la laine plutôt que l'augmentation du poids de viande, on donne aux races castillanes la préférence sur les races britanniques. En 1763, le marquis de Barbançois était parvenu à introduire dans ses terres du Berri un troupeau espagnol. Turgot fait acheter 200 mérinos; Louis XVI obtient enfin de la Cour de Madrid la cession du célèbre troupeau que l'on installe à la Bergerie de Rambouillet (1786). Pour l'importance du cheptel, c'est la Champagne qui paraît alors venir en tête de toutes nos provinces, avec plus d'un milhon et demi de têtes.

Le cheval, animal noble, le roi des batailles, était depuis longtemps l'objet de soins assidus ; Colbert pourtant se décida à créer une administration des haras.

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