‹ Le travail dans l'Europe moderneChapitre 96 sur 151 · Pigeonneau, Histoire du commerce, t. II, p · texte numérisé non relu

Pigeonneau, Histoire du commerce, t. II, p

aux vilains pour un terme très long et pratiquement indéfini : presque au même titre que la censive ou bail perpétuel proprement dit, les locataireries du Languedoc, les albergements du Bugey, du Dauphiné et de la Savoie, certaines formes du domaine congéable en Bretagne, le bail à comptant en usage pour les vignobles, conféraient au tenancier la plupart des droits du propriétaire. La charge même du cens payable en espèces s'était trouvée progressivement réduite, à partir du xvi^ siècle, par la diminution de la valeur de l'argent ; à la même époque la jurisprudence avait fortement travaillé à alléger les autres servitudes seigneuriales dont les terres étaient grevées ; enfin le paysan qui vit de sa terre sans avoir, pour ainsi dire, besoin de rien acheter, ne pouvait que gagner au renchérissement des denrées. Le menu peuple des campagnes connut alors quelques années heureuses. « Aux misérables cabanes construites en torchis, en bois ou en cailloux, et couvertes de chaumes et de roseaux, commencent à se substituer des maisons en moellons recouvertes de tuiles. L'usage de la toile se répand ; les sabots et les souliers de cuir remplacent les sandales du Moyen-âge ; si le paysan consomme peu de viande, son pain est moins grossier, et dans les pays vignobles il boit du vin, au lieu de se contenter de la piquette faite avec le marc de la vendange i. »

Mais nous savons aussi que la raréfaction relative des fonds cultivables et l'augmentation de leur valeur d'une part, l'accroissement de la population et celui de leurs propres besoins de l'autre, n'avaient pas tardé à inspirer aux véritables maîtres du sol de nouvelles méthodes. Ils avaient mieux défendu leurs droits, mieux soigné leurs intérêts : la pratique des baux à court terme avait amené la formation d'une classe de simples locataires ruraux, dont nous étudierons tout à l'heure la situation.

On estime cependant que l'ensemble des terres possé-

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