X. Formation professionnelle et sociale
La femme ouvrière elle-même est-eiie rivée au travail physique, déprimé ? D'abord, rappelons-le bien, il faut qu'elle ait sa formation morale et religieuse ■ sous cette influeiice déjà sa peusée sera relevée au-dessus de la préoccupation matérielle. Mais de plus, ii y a une instruction générale et une instruction professionnelle qui doivent introduire dans son industrialisme un coelïicienfc plus relevé. Si vaste est ce sujet du travail féminin que Ton ne peut en quelque sorte qu’en tracer une table des matières, mais chacun sait avec combien de raison on insiste sur renseignement professionnel. Ou le sait tant au point de vuede la force supérieure que sa capacité lui donnera dans la lutte pour la vie, mais aussi pour son relèvement général, son action éducatrice dans le milieu familial. Il faudrait une leçon à part pourcegrave objet dont on connait rimportance. Mais, encore un coup, ne voit^on pas ici qne la femme ouvrière peut intellectualiser même utilement son œuvre. En même temps dans œuvres diverses on s’occupera d’elle pour maintenir ou relever son niveau moral et religieux, pour sauvegarder la vie de son âme, lui rendre cette activité, ce travail dei’âme qui, même dans Thumilité de l’œuvre quotidienne, donne de la grandeur aux plus misérables.
Tout cela, la femme ouvrière ne peut le faire SBulêj elle doit être aidée, aidée par d’autres qui ont des loisirs suivant la pensée du temps, qui en réalité ont à accomplir un autre labeur, celui de travailler pour les autres. C’est Taction, le iravaÜ social dont il me reste à parler.
XL Travail social de la femme.
Il faut donc aider ces femmes que la vie économique moderne a prises dans son activité Intense, les aider à conserver la vie économique, à améliorer leur condition, les aider aussi à garder leur âme chrétienne et la conscience de leur devoir ; il faut les aider à remplir leur devoir. Et ceci est aussi une action, un autre genre et un genre élevé de travail de la femme. A côté du devoir fondamental, il y a le travail pour les autres ; il y a aussi des vocations spéciales qui s’attachent particulièrement à cette mission.
Lai dit au début : le travail de chacun est déterminé par la nécessité ou par ses aptitudes et sa vocation. Il y a des aptitudes particulières et des vocations spéciales. Tout le monde en a plus ou moins, à titre complémentaire. Il en est qui Font à un degré plus complet et plus ralTmé. Je ne parle pas seulement des vocations surnaturelles supérieures de la vie religieuse, mais de ces vocations spéciales qui se manifestent même au milieu de la vie profane. C'est là que se recrute surtout le bataillon vaillant des femmes d'œuvres et il peut y avoir de ces vocations à tous les degrés de Féchelle sociale. Je sais le bien qu'elles peuvent faire. Sans doute, comme dans toute œuvre d'icibas, tout n'est pas sans poussière humaine. Quelle œuvre, hélas î en ce monde est exempte de faiblesse ; mais Faction sociale féminine bien exercée est dans la société actuelle nécessaire et bienfaisante. Son rôle s'exercera toujours le mieux dans ce qu'on a si bien appelé les œuvres quasi-maternelles, surtout celles de la bienfaisance et de Fenseignement, « c'est dans le cœur que la nature a
placé le génie des feinrnes », dit Lamartine en pabliant le manuscrit de sa mère (1), mais forcément cette action s^élargit et très souvent, Taction sociale s'adresse à tout le relèvement moral et économique de celles qui souffrent. Faut il dire qu'il faut juger de cette vocation autrement que par Timagination et la modo I C'est trop clair, là est l'écueiL Mais cet écueil existe pour tout le monde. Il y a des « Mères de l’église » qui en remontrent à l'autorité religieuse, et il paraît que St-Paul ne les aimait pas, mais Petit-Jean aussi voulait en remontrer à son curé et ce u était pas non plus son droit II faut donc de la mesure, de la bonne mesure, mais combien aussi cette action est féconde et bienfaisante. li me sera bien permis d'y rendre hommage ; ce n’est pas toujours quoiqu’eri pensent certains profanes, œuvre de plaisir, c’est souvent œuvre de devoir, c'est aussi œuvre de peine et de labeur ardu, labeur de préparation et de dévoûment. Cette action sociale rentre bien dans la mission complémentaire de la femme, elle peut constituer une mission très haute, très méritoire, de vocations exceptionnelles et d'aptitudes caractérisées. Ce que peut être dans son exercice cette action, des conférences prochaines vous le diront : les œuvres de prévoyance, les syndicats féminins y donnent ample carrière à leur zèle.
Celles-là aussi doivent s'y préparer par les études appropriées et une culture morale très haute ; un enseignement spécial leur est nécessaire.
Gomme l'écrivait éloquemment une des vôtres a La détresse matérielle et morale de la famille que les transformations économiques et le mau-
<t) i-e manuscrit fie ma mère p. 25.
vais état des mœurs découragent de pins en plus, la triste situation de beaucoup de femmes et de jeunes filles contraintes à un travail qui les arrache à leur foyer, à leur mission et souvent à leur devoir, voilà le fait... Ce n^est pas d’ailleurs uniquement la vue des misères physiques et morales qui doit être finspiratrice des initiatives féminines. Au dessus de ces contingences, la voix de la responsabilité sociale retentit et s'impose à toutes les femmes. Aucune d'elles ne peut rester indilTérente à la marche de la société. Cette loi, croyons-nous, ne se discute pas devant des chrétienues (1). »
Le rôle social de la femme ne concerne pas seulement ces œuvres ; elle a un rôle social intellectuel dans l’ordre même de la famille.
Le rôle de la femme, n'exclut pas, loin de là, la haute inteliectualité, mais il faut une mesure, comme il en faut pour toutes choses. Pour Thomme aussi, il peut y avoir abus de Fesprit scientifique, de la recherche vaine et subtile ; pour lui aussi les vocations purement intellectuelles sont des vocations rares, quoique moins rares que pour la femme. Mais dans certains milieux, les connaissances sérieuses sont nécessaires au rôle même de la mère pour Féducation de son fils, de la femme pour la coUaboration intelligente à Faction virile. Nous sommes à une époque où Faction sociale a pris un développement intense ; il est des sphères où la femme doit connaître les idées fondamentales de ces problèmes et cela est vrai même des classes populaires où s'échangent tant d’erreurs. L'enseignement doit suivre cette voie. Spécialisée pour les vocations et les aptitudes hors pair, générale pour toutes, en proportion de leur
<l)Y. Gappe, La femme belge, p. V,
rôle problable dans la vie, la science des études sociales a sa place dans la culture et le travail féiniuiii d'aujourd'hui. Sans doute, il ne faut pas de snobismef il ne faut trouver des modèles ni chez Molière ni cheiK PaUleron, il ne faut pas ce mélange bizarre et truqué de notre société mondaine que Taine signale dans les salons du XVIIP Siècle où se prépara la Révolution. Les grandes dames rouges d'aujourd’hui ne sont pas plus sages que les grandes dames voltairienoes d’alors (1).
Mais le snobisme est un substantif neutre qui s’applique aussi ans: modes masculines. Ce qu’il faut et ce qui convient c’est cette vue juste qui permet on conseil éclairé, une influence bienfaisante, même une controverse judicieuse. N"y en a-t’il pas d’illustres exemples jusque sur nos autels. Qui ne connaît l’un des tableaux les plus émouvants de la palette contemporaine, celui d’Ary Schaeffer: Monique et Auguslin, si bien décrit par l’aimable évêque de Langues, Mgr Landriot (2).
{!) C’est la fronde des sah?is. Taine L’Ancien régime, 1878 p. 386.
(%) a Rien n'est beau et sublime comme le eolloqne de St Augustin avec Sle Monique, sur les bords de la mer,au port d’OsUe.Quelques jours après St Augustin devait perdre celle qu'il chérissait avec tant de tendresse, c'était donc sans qu’ils s'en doutassent comme le chant du cygne. Ils étaient appuyés sur une fenêtre e! coj itemplant rimmensité. «Nous conversions, dit St Augnatin, avec une ineffable douceur, et dans Toubli du passé, dévoraisi ravemr, nous parlions des magnifiques destinées qui nous attendent. Portés par un élan d'amour vers l'Etre infini, notre cœur franchit ies espaces et le firmament placé sur nos têtes : il cherchait la sagesse incréée. Nous parlions ainsi et tout à coup soulevés par famour. il nous i semblé avoir touché d’un bond de cœur cette sagesse éternelle, objet de nos soupirs...* * Ce magnifique dialogue entre St Augustin et sa mère est accompagné des conversations les plus élevée» sur le temps et sur réterni té, sur la Création et les rapports avec l'Etre infini. C'est une des meilleures preuves que les femmes peu^ vent avoir leur place â fécole d’une grande et belle philosophie. ... V
Monsoig. Landriot. La femme forte. Paris 1865 p. 76,
Pénétrée de la vie de l'esprit, la femme n'en comprendra que mieux son devoir, en se pénétrant des leçons divines sur la haute mission qui lui incombe ; elle saura surnaturaliser son travail dans ce qu^îl y a de modeste, et aussi dans ce qu'il y a de grandiose et d'élevé. Elle comprendra que mn action toujours très sociale est double ; rtme fondamentale et ordinaire^ normale, dans la famille, l'antre compléme^itaire, et parfois exceptionnellement large, s’étendant à la fraternité sociale^ toutes deif^x conçues dans l'esprit même de la loi supérieure du travail. Il faut seuleme^U que La pensée divine de la Vérité chrétienne y présid8,en soit Vinspiratrice et le guide-
D'ailleurs dans répoqueactuelle, c'est plus nécessaire encore, La femme d'aujourd’fmi devrait pouvoir comprendre et constater les doctrines malsaines qui pullulent menaçantes; qu'entendent son mari et ses iîls au meeting ou ailleurs, cela est vrai de la femme du monde et aussi de la femme du peuple; une éducation, une formation sérieuse font partie de son développement déplus en plus nécessaire, C'est ce qu'affirmait un académicien français, M.Etienne Lamy,(l) a La femme d'aujourd'hui n'est pas encore préparée à lutter contre ce fléau grandissant, elle a encore l'éducation des temps de paix, La femme de demain doit recevoir celle des temps de lutte, celle qui instruit à soutenir les croyances contre les objections de rMstoire, des sciences, de la philosophie ai.
C'est donc, de l'avis de M, Lamy, la femme de demain, c'est-à-dire, la femme sagement instruite de ses devoirs particuliers en tant que femme, et
(1) —' Etienne Lamy, La femme de demain.
de ses devoirs vîs-à vis de ia société, de la patrie, de la famille, e*est cette femme qui sauvera le monde du retour à la barbarie.
N^on seulement former Thomme dans Fenfant, suivre le tils dans sa carrière, mais assister, aider rhomme même dans T oeuvre scientifique comme dans son action professionnelle n'es b ce pas souvent rœuvre élevée de la femme. On a dit souvent : L'homme est ce que sa femme lui permet d^êtrc ; ii y a plus, elle peut Vy aider et n’est ce pas une large place ouverte tout à la fois à son rôle rie mère et d’épouse, comme à sa haute intellectiialité, comme en y manquant, elle peut Tentraver aussi. Après Texeraple de la mère d'Augustin de Carthage, voici un exemple d'hier. Valîery-Radot vient de raconter la vie de Madame Pasteur et de montrer Taide intelligente et constante qu'elle donna aux travaux qui ont immortalisé le savant illustre. Elle s’adonna à Fœuvre avec lui, et n'était ce pas tout à la fois sa vie d'épouse et de femme intellectueile qu'elle vivait dans une haute mentalité. En présentant à Flnstitut de France le livre de Yallery- Radot (1), M. Stourm, secrétaire perpétuel ajoutait: Cette étude dépasse les limites d'une simple biographie, elle noos propose la solution d'un problème féministe actuel et inquiétant, une collaboration intime et quotidienne de la femme parvenant à doubler pour ainsi dire la valeur du génie dont le pays s'honore.
N'est-ce pas l’idéale façon de combiner avec la mission fondamentale de la femme dans la famille, son travail de haute intellectualité. N'est-ce pas
(1) —- René Vailery-Radot, Madaine Pasteur, Besançonl913.— Compter rendu de M. Stouriîî, Bulletin de T Académie des iciencei morales, JauTier 19U p. 108.
émiiiemment social !
Revenons à Taction sociale proprement dite^ Faction pour la pauvre foule.
L’action sociale a des formes multipleet on sait combien pein’^ent être riches et fécondes les initiatives bien organisées et bien inspirées. Une pensée supérieure doit les guider tontes^ la pensée religieuse et morale, condition même de Feiïicacité sociale de toutes les autres. Il me sera permis d’insister, par ce que c’est ma conviction profonde, qu’on ne doit, qu'on ne peut limiter Faction sociale, ni même placer son pivot dans Fœuvre économique. Le soin du bien temporel est légitime, mais il Fest en vue du bien iutégraL Sans cette perspective, il est aussi sans efficacité sociale. Que peut-on répondre non seulement aux souffrances du meurt de faim, mais aux aspirations vers la vie large et facile, si on limite ici-bas les horizons humains ? quel effet fera sur Fouvrière même bien payée, mais ouvrière tout de même, le conseil et la direction de la grande dame, quand Finégalité est là dans son choquant contraste terrestre, irritant et énervant ! C’est la vision de i’au-delâ c’est la haute conception de la charité mutuelle qui seule apaisera les cœurs en soulageant les souffrances, c’est seule cette vertu d’en haut qui donnera la joie en ce monde dans la paix sociale.
Certes, il faut soutenir les revendications et les améliorations légitimes, mais il faut se garder d-y voirie but de Faction réparatrice. La question sociale est tissue de misères physiques mais aussi surtout de tortures morales. On ne peut y opposer que la vérité et la charité jointe à la justice. Cette parole de fraternité chrétienne transforme Faction et par la vertu même de son eÉTusion, apaise les rancunes accumulées dans les âmes. Cette effusion de charité, que recommande la Parole
pantifîcalej Faction sociale de la femme, dans la générosité du cœur, doit en être largement pénétrée.Cette charité est môme un des plus beaux apanages de sa délicatesse et de sa vertu bienfaisante.
Vous avez lu sans doute une page écrite récemment par un délicat académicien français en prononçant le discours sur le prix de vertu (1), je ne résiste pas en terminant cette causerie, au désir de vous le citer encore, a Ces âmes sont différentes et une cependant.,, à travers chacune d’elles, je vois transparaître une image, nette ou effacée, toujours reconnaissablej celle du Maître qui apporta à la terre la charité, de F Ami des jiauvres, du consolateur des souffrants, de Celui qui a passé en faisant le bien et qu'avec des millions de vivants et des milliards de morts j’ai la joie de nommer ; Notre Seigneur Jésus Christ,
Ces âmes peuvent en quelque manière effacer Finégalité des conditions : ... voilà par où le monde peut reconnaître la ressemblance des hommes, leur étroite Fraternité, la paix entre eux.., »
Le rationalisme et le socialisme n’y peuvent pas sufïire ! «En moins de cent ans, Fhumanité a fait plus de chemin dans cette direction (celle des découvertes) qu’elle n’en avait parcourue depuis ses origines,,, c'est bien véritablement le corps de F homme qui a grandi dans un très court intervalle. Mais son âme, a-t-elle acquis en même temps le supplément de force qu’il faudrait pour gouverner ce corps subitement et prodigieusement agrandi? Et les redoutables problèmes devant lesquels nous nous trouvons aujourd’hui ne sont-ils pas nés en grande partie de cette disproportion, A nos sciences, aux sciences morales, incombe la tâche de rétablir i’équilibre. La tâche est grande et belle
( l) —Reaé Bazin, discours à la séance publique de TAcadémie Française, le 27 no membre 1913.
et ravenir de rhomanité dépend sans doute de la manière dont elle s'accomplira n.
Ainsi parlait hier un philosophe à la mode, qui n*est pas des nôtres, en prenant possession delà présidence de T Académie des sciences morales et politiques de France, Jules Simon, s'était posé la même question il y a 50 ans*Sa petite fille a publié une brochure sous le même titre, (r Uoiivrièi^e y> un 1/2 siècle plus tard, en y faisant la réponse chrétienne, C'est la doctrine chrétienne qui tout à la fois corrigera les abus en les condamnant et en les réprimant ; c'est elle aussi qui enseignera à celles qui souffrent et qui peinent le divin secret de la pratique du devoir et leur rendra un rayonnement de Joie par ia paix des âmes, La vérité religieuse non seulement les relèvera à leurs propres yeux, en leur faisant comprendre le sens de la vie terrestre, mais même ici-bas leur rendra tout à la fois la joie sévère du devoir accompli, la joie douce et sereine de la charité» le rafraîchissement moral désaffections fraternelles Tl faut donc pour améliorer la situation de Fouvrière combiner toute cette action en divers ordres complexes» mais que pourrait méconnaître, non seulement au point de vue surnaturel de la vérité rédemptrice,mais même au seul point de vue du bonheur temporel et de la paix humaine, l’influence de ces étoiles célestes dont le rayonnement bienfaisant éclaire rhorÎEon de la vie ouvrière. Le progrès moderne, tout technique et extérieur industriel, ne s'est pas adressé à Fhomme tout entier ; il a plus encore étiolé la sensibilité féminine, a banni la joie vraie de la vie, de la famille populaire. Qui n’a présentes â sa mémoire les pages si vivantes que le brillant évêque deRottenbourg a consacrées aux modernes ennemis de la joie, comme à ses religieux auxiliaires dans la vie catholique ? (1)