PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE EXPERIMENTALES
mentalement aussi la pathologie et la thérapeutique de l'appareil digestif à l'aide des mêmes méthodes et en nous plaçant au même point de vue. Nous n'aurons pas aujourd'hui à surmonter des difficultés considérables ; beaucoup de processus pathologiques, grâce, en particulier, aux progrès de la bactériologie, peuvent être réalisés artificiellement dans le laboratoire, et, d'autre part, nous aurons affaire on quelque sorte à des maladies externes, puisque par nos méthodes actuelles nous savons nous créer un accès de tous les points de la surface du canal digestif. Sur des animaux « pathologiques » ainsi préparés, nous pourrons déterminer d'une façon précise et détaillée les déviations fonctionnelles de notre appareil, c'est-à-dire les modifications de l'activité sécrétoire, des propriétés de la sécrétion et de ses conditions. Sur ces mêmes animaux il nous faudra aussi étudier les méthodes thérapeutiques, suivre expérimentalement le résultat définitif et toute la marche de la guérison, examiner l'état de l'activité sécrétoire, à chaque phase de^la période de guérison. On ne peut vraiment pas douter que la médecine scientifique, c'est-à-dire idéale, occupe alors la place qui lui revient, quand, à côté de la physiologie et de la pathologie expérimentales, se sera développée aussi la thérapeutique expérimentale. La bactériologie, qui vient d'écloro, il n'y a pas longtemps, a fourni la preuve que c'était là chose possible.
J'ai déjà décrit une expérience d'ordre pathologique et thérapeutique sur les chiens, dont les nerfs vagues ont été sectionnés au cou. Je puis rappeler d'autres cas encore. Notre chien aux deux estomacs était atteint parfois d'un catarrhe gastrique léger et passager. Il était intéressant, tout d'abord, do voir que le processus pathologique (dont la responsabilité nous revenait habituelle-
ment) se transmettait du grand au petit estomac; il se traduisait, d'autre part, extérieurement par une sécrétion muqueuse presque continue de très faible acidité, mais de puissance digestive considérable. Au début de la maladie, ou encore avant qu'elle ne fût apparente, l'excitation psychique de la sécrétion se montrait très efficace, c'est-à-dire donnait encore lieu à une quantité suffisante de suc, tandis que les excitants locaux ne produisaient presque plus d'action. C'est que, sans doute, les couches profondes de la muqueuse et leurs glandes étaient saines encore et pouvaient être facilement provoquées à l'activité par voie centrale, tandis que la surface de la muqueuse avec les terminaisons périphériques des nerfs centripètes était déjà affectée considérablement. Ce sont là des données — des impressions, à vrai dire, plutôt que des observations précises — que J3 rapporte, pour montrer quel champ fertile de travail attend le chercheur qui, à l'aide des méthodes actuelles et de leurs résultats, étudiera les états pathologiques des organes digestifs et leur traitement. Une telle recherche est d'autant plus désirable que l'investigation clinique sur ce sujet, malgré l'énergie dépensée en ces dernières années et les résultats obtenus, se trouve aux prises avec de grandes difficultés. Nous ne devons pas oublier que la sonde œsophagienne^ l'instrument capital du clinicien, est beaucoup plus incommode encore que la fistule gastrique ordinaire pratiquée sur les animaux, et justement, par l'emploi même de cette méthode, la physiologie de l'estomac n'a fait pendant de longues années aucun progrès essentiel. Cela est, du reste, " bien compréhensible : les chercheurs obtenaient par la fistule un mélange de substances, au milieu desquelles il était très difficile et même tout à fait impossible de s'orienter.