LA. MÉDECINE, PHYSIOLOGIE APPLIQUÉE
Aussi bien l'étude strictement scientifique des questions de thérapeutique appartient- elle encore à l'avenir. Mais ceci n'exclut pas toutefois la possibilité que les nouvelles découvertes de la physiologie ne puissent agir d'une façon féconde sur la pratique médicale. Naturellement la physiologie ne peut pas, sur ce point, prétendre conduire en maîtresse le médecin : son domaine se trouve constamment limité, comparativement à celui si large de la réalité clinique. Mais des connaissances physiologiques peuvent souvent expliquer le mécanisme d'une maladie ou le sens des méthodes empiriques de traitement. Ce sont deux choses tout à fait différentes que d'appliquer un remède, dont on ne connaît pas l'action, ou — et combien cela est plus avantageux — de savoir exactement ce que l'on fait. Dans ce dernier cas, l'influence à exercer sur l'appareil malade sera plus constamment assurée, car on pourra mieux l'adapter aux nécessités spéciales. C'est alors que la médecine, en s'inspirant tous les jours des faits physiologiques nouveaux, deviendra enfin ce qu'elle doit être idéalement, à savoir l'art de' réparer le mécanisme endommagé du corps humain, en s'appiiyant sur sa connaissance précise^ — en un mot, de la physiologie appliquée.
Revenons à notre sujet. Pour quiconque pense que l'instinct de l'homme est le résultat de l'expérience journalière qui l'a amené à une adaptation inconsciente aux conditions les plus favorables de la vie, c'est spécialement en matière de physiologie de la digestion que se vérifie cette idée : on peut, on effet, justement soutenir ici que la physiologie ne fait que confirmer les préceptes de l'instinct. Il nous semble que, eu égard aux faits physiologiques rapportés phis haut, l'instinct plaide
brillamment sa cause devant le tribunal de la physiologie. N'est-ce pas vraiment une nécessité impérieuse que d'observer ce vieux précepte empirique, d'après lequel il faut absorber les aliments avec attention et avec plaisir. Partout, l'acte de manger est entouré de certains usages, qui lui font une place à part dans le tourbillon du travail habituel. Le repas a lieu à une heure du jour particulière ; on réunit à sa table ses parents, ses connaissances, ses camarades ; on fait certains préparatifs (en Angleterre, on change de costume et le repas est le plus souvent béni par le plus ancien de la famille); dans les classes aisées, il y a une pièce particulière pour manger, on invite des musiciens et autres personnes qui doivent distraire les convives; en un mot, tout est calculé pour détourner la pensée des soucis de la vie quotidienne et la concentrer sur le repas qu'on va prendre. Naturellement cette hygiène très développée des repas ne s'observe que dans les classes intelligentes et aisées de la société : tout d'abord, parce que l'activité intellectuelle y est le plus tendue et que les diverses questions de la vie y sont le plus brûlantes ; en second lieu, parce que les aliments s'y trouvent présentés habituellement en plus grande quantité qu'il n'est nécessaire aux besoins de l'organisme. Dans les classes plus pauvres, où la vie de l'esprit est plus rudimentaire, l'activité plus grande de la musculature et l'insuffisance constante de la nourriture font que le désir de l'aliment s'établit d'une façon plus normale, avec une force et une vigueur suffisantes, sans qu'il soit besoin d'artifices et de soins particuliers. C'est là aussi l'explication du fait que la préparation des aliments est si soignée dans les classes élevées et si simple dans les classes inférieures. Tous les condiments, les hors d'œuvre, pris avant le repas proprement