HYGIÈNE DES REPAS
dit, sont évidemment destinés à éveiller la curiosité, l'intérêt, à renforcer le désir de manger. Que de fois ne voyons-nous pas quelqu'un, qui prend habituellement son repas avec indifTérence, l'absorber un autre jour avec un plaisir visible, en excitant son goût par quelque chose de fort, de piquant. Il est nécessaire, en pareil cas, de donner un élan à l'appareil gustatif, pour que son activité puisse être ensuite maintenue par des excitants moins énergiques. Pour un homme qui a faim, de telles précautions ne sont naturellement pas nécessaires ; pour lui, l'apaisement de la faim est une jouissance suffisante ; c'est avec raison que l'on dit que la faim est le meilleur cuisinier. Cela, cependant, n'est vrai que jusqu'à un certain point, car tout homme, comme tout animal, a besoin que l'aliment ait une certaine saveur. Un chien, à jeun depuis des heures, ne prend pas avec la même joie tous les aliments ordinaires de la nourriture canine; un tel animal même choisit encore les aliments qui l'attirent. Aussi la présence de certains condiments dans l'alimentation est-elle un besoin général, quoique les goûts particuliers des divers individus soient naturellement différents.
Ce coup d'œil rapide sur la façon dont se comporte l'homme, dans l'acte de manger, démontre qu'il se préoccupe toujours d'accorder de l'attention et de l'intérêt à ses aliments et de prendre du plaisir à son repas, qu'il a, en un mot, souci de son appétit. Tout le monde sait que l'aliment normal profitable est celui qui est pris avec appétit, avec sensation de plaisir. Tout repas pris dans d'autres conditions, le repas par ordre, par persuasion, est considéré comme quelque chose de défectueux, de mauvais, contre quoi se révolte l'instinct de l'homme bien portant. Aussi bien, rétablir l'appétit, est-ce là une des
plus fréquentes prières adressées au médecin. Les médecins de tous les temps et de tous les pays ont tenu pour un devoir important de se préoccuper du rétablissement particulier de l'appétit, tout en combattant la maladie en cause. Je crois que ce qui les a guidés ici, ce n'est pas seulement le désir de débarrasser leurs malades d'un symptôme ennuyeux, mais aussi la conviction que le retour de l'appétit favoriserait chez eux le retour des conditions normales de la digestion. On peut dire que, dans la même mesure où le malade souhaitait de voir revenir son appétit perdu, le médecin employait ses forces à en provoquer le retour. C'est pourquoi nous possédons beaucoup de remèdes qui sont connus spécialement sous le nom de « stimulants de l'appétit ». Malheureusement la science médicale s'est maintenant écartée de ce traitement légitime de l'appétit, qui correspond à des conditions réelles du fonctionnement digestif. Si on lit les traités contemporains sur les maladies de la digestion, il est frappant de voir combien peu l'appétit est pris en considération, tant à un point de vue séméiologique qu'à un point de vue thérapeutique; ce n'est que dans quelques livres que se rencontrent de courtes phrases éparses sur Fimpor tance de l'appétit comme facteur de la digestion. Au contraire, on peut voir dans des livres recommander au médecin de ne prendre aucune mesure particulière vis-à-vis d'un mauvais état de l'appétit, symptôme subjectif si peu important ! Après ce que je vous ai dit et démontré dans ces leçons, on ne peut considérer de telles vues que comme de grossières erreurs. C'est précisément ici que le traitement symptomatique se trouve en même temps un traitement causal. Si le médecin, au cours de troubles digestifs, tientpour nécessaire d-e réveiller l'activité sécrétoire