LE SOUCI DE L'APPÉTIT
par divers moyens, c'est en aidant au réveil de l'appétit chez son malade qu'il atteindra ce but le plus sûrement et le plus complètement. Nous avons vu plus haut qu'il n'est aucun autre excitant du suc gastrique, au double point de vue qualitatif et quantitatif, qui puisse entrer en comparaison avec le désir passionné de l'aliment. Nous pouvons jusqu'à un certain point (et cela contribuera à éclaircir la question) nous représenter comment la science médicale de notre temps est arrivée à traiter la perte de l'appétit, en clinique, d'une façon aussi dédaigneuse. A notre époque, oii la méthode expérimentale pénètre de plus en plus dans les sciences médicales, beaucoup de facteurs pathologiques et d'agents thérapeutiques sont jugés d'après ce qu'en atteste le laboratoire, c'est-à-dire ne sont pris en considération qu'autant qu'ils ont fait là leurs preuves. Il n'est naturellement pas douteux que cette manière de voir représente un grand progrès, mais ce progrès toutefois, comme il en est de toute œuvre humaine, ne va pas sans défaut et sans exagération. Nous ne devons pas considérer tel phénomène comme une manifestation fantaisiste, pour la raison seule que, dans des conditions expérimentales données, il ne s'est pas encore réalisé ; c'est qu'alors souvent nous ne connaissons pas toutes les conditions essentielles du phénomène en question, et ainsi nous ne pouvons pas saisir de façon aussi complète qu'il serait désirable les rapports d'ensemble de fonctions particulières de la vie. La clinique et la pathologie de la digestion espéraient trouver un appui dans le laboratoire, et ne trouvant rien qui eût trait à l'appétit, celui-ci fut, en conséquence, laissé de côté dans la pratique médicale. Comme je l'ai déjà dit, la physiologie ne faisait qu'une mention vague du suc gastrique psychique, et encore tous les auteurs ne le
mentionnaient-ils pas; quand il était mentionné, une fois par hasard, c'était plutôt à titre de curiosité. Une grande importance était, au contraire, accordée à l'excitant mécanique, dont l'efficacité a été démontrée chose de fantaisie par un développement plus parfait de nos connaissances. L'erreur est maintenant expérimentalement écartée ; à chacun des facteurs agissants a été assignée la place qui lui convient, et, si la clinique suit toujours avec ses préoccupations légitimes le développement expérimental des questions qui l'intéressent, elle devra, dans la pratique, accorder à l'appétit son importance d'autrefois, au point de vue du traitement.
Malgré l'indifférence des médecins vis-à-vis de l'appétit, il n'en existe pas moins beaucoup de mesures médicales, qui sont destinées essentiellement à maintenir soigneusement l'appétit ou, du moins, qui en tiennent compte. C'est là que se manifeste la vérité triomphante de l'empirisme. Quand on inculque au malade qu'il doit manger par petites portions et non jusqu'à satiété ; quand on le met à la diète, jusqu'à nouvel ordre ; quand on l'éloigné, comme dans le traitement de Mitchell, de son entourage habituel, et qu'on l'envoie dans une station thermale, où toute son existence est réglée d'après ses besoins physiologiques et spécialement d'après un régime alimentaire; dans tous ces cas, le médecin cherche justement à réveiller l'appétit et en tient compte comme facteur thérapeutique. Dans le premier cas, quand on prescrit de prendre les aliments par petites doses, outre le fait d'éviter la réplétion excessive d'un estomac affaibli, l'excitation fréquente du suc d'appétit a sûrement une grande importance, en raison de la richesse de la sécrétion et de la puissance digestive de ce suc. Rappelez- vous, ici, je vous prie, une de nos expé-