‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 105 sur 130 · SIGNIFICATION DES CONDIMENTS · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DES CONDIMENTS

aux jouissances culinaires, de même aussi, c'est chose inintelligente qu'un dédain superbe pour le manger Ici encore la vérité est dans un juste milieu.

Si l'on prend en considération l'influence du facteur psychique sur la sécrétion du suc gastrique, la question des condiments entre dans une nouvelle phase. Ce que l'empirisme proclamait depuis longtemps, à savoir qu'il ne suffisait pas, dans le repas, d'envisager les matériaux nutritifs, mais qu'il fallait aussi que ceux-ci fussent agréables au goût, trouve maintenant sa justification. Aussi bien le médecin, qui est souvent appelé à régler l'alimentation d'individus isolés ou de tout un groupe d'individus, doit-il penser constamment à la sécrétion psychique, c'est-àdire voir et s'informer si les aliments ingérés sont mangés avec ou sans plaisir. Or, que de fois les gens commis à cet office jugent-ils simplement d'après la valeur nutritive de l'aliment ou attribuent-ils, dans leur jugement, leur propre goût à toutes les autres personnes. Nous devons, en outre, dans l'intérêt du bien public, attirer en particulier l'attention sur l'alimentation des enfants. Etant donné que l'homme est guidé dans ses repas par tel ou tel goût particulier, et qu'à celui-ci est liée la phase de début de la digestion, il apparaît irrationnel d'habituer exclusivement les enfants à des sensations gustatives fines et toujours les mêmes ; cela ne saurait que nuire à leur capacité de s'adapter plus tard aux diverses situations de la vie.

En rapport très étroit avec la question de l'appétit se présente, il me semble, la question de l'action thérapeutique des amers. Après une longue période de vogue bruyante, ces médicaments ont à peu près disparu de l'arsenal pharmaceutique. Mis à l'épreuve au laboratoire, ils

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n'ont pas justifié leur vieille et bonne renommée. Introduits directement dans l'estomac ou dans le sang, beaucoup d'entre eux ont été impuissants à faire sécréter des sucs digestifs. Aussi ont-ils perdu beaucoup de leur prestige aux yeux des cliniciens, au point que certains ont suspendu complètement l'usage des amers. Il est clair qu'on se laisse guider par cet argument simpliste qu'à une digestion affaiblie ne peut apporter quelque secours que ce qui, dans le cas donné, est capable d'exciter l'activité sécrétoire. Ce faisant, on perd de vue que les conditions de recherches ne se superposent peutêtre pas avec les conditions du fonctionnement réel. Toute la question de l'importance thérapeutique des amers se présente sous un autre jour, si nous la lions à une autre question, à savoir comment les amers agissent sur l'appétit. De l'avis unanime des médecins anciens comme des modernes, les amers excitent l'appétit. Et par cela toute la question se trouve précisément résolue. C'est ainsi que les amers sont bien, en réalité, des excitateurs de la sécrétion, puisque l'appétit est, comme nous l'avons bien des fois répété dans ces leçons, le plus puissant excitant des glandes digestives. 11 n'est également, dès lors, pas étonnant que, dans les laboratoires, on n'ait rien observé sous leur influence. Les amers étaient introduits directement dans l'estomac ou dans le sang d'un animal parfaitement normal. Or, l'action des amers est essentiellement liée à leur influence sur les nerfs du goût; ce n'est pas en vain, en effet, qu'on a réuni en un groupe nombreux des corps doués de propriétés chimiques les plus diverses, mais qui ont comme caractère commun leur goût amer. L'homme, qui souffre d'un trouble digestif, a, en même temps, un goût émoussé, une certaine indifférence du goût. Les aliments habituels qui plaisent aux

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