‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 106 sur 130 · ACTION DES AMERS · texte numérisé non relu

ACTION DES AMERS

autres et à lui-même, en temps de santé, lui semblent alors insipides. Non seulement ils ne provoquent pas l'envie de manger, mais encore ils éveillent un sentiment de dégoût; il ne se manifeste aucune sensation gustative ou seulement une sensation pervertie. Il est nécessaire, dans ces conditions, de donner à l'appareil gustatifun élan convenable, afin que, de nouveau, de vives et normales impressions gustatives puissent se manifester. Ce but est atteint, comme l'apprend l'expérience, le plus rapidement possible par des impressions gustatives désagréables, fortes, qui, par contraste, évoquent la représentation d'impressions agréables. En tout cas, il n'y a plus d'indifférence, et l'appétit trouve, dès lors, motif à se manifester en présence de tel ou tel aliment. C'est là la reproduction d'un fait physiologique général. La lumière nous paraît plus claire après l'obscurité, le son plus fort après le silence, la joie du bien-être corporel plus intense après une maladie, etc. L'explication, d'après laquelle l'action excitante de l'appétit que possèdent les amer? a son point de départ dans la bouche, n'exclut pas une action de même ordre à point de départ gastrique. Comme nous l'avons déjà dit dans la cinquième leçon, nous avons quelque raison d'admettre que, pour l'excitation de l'appétit, certaines excitations de la cavité gastrique sont également nécessaires. Il est possible que les amers n'agissent pas seulement sur les nerfs gustatifs de la cavité buccale, mais agissent aussi sur la muqueuse gastrique d'une façon particulière, de telle sorte que prennent naissance des sensations contribuant à la genèse du désir passionné de l'aliment. Que, sous l'influence de l'administration des amers, de telles sensations particulières se manifestent dans l'estomac, c'est là un fait que beaucoup de cliniciens tendent à admettre. Ainsi

donc, l'action des amers ne consisterait pas en un simple réflexe physiologique, mais bien dans la provocation d'un certain acte psychique, qui suscite secondairement l'action sécrétoire physiologique. On peut en dire autant vraisemblablement d'autres substances, telles que les condiments. En tout cas, que notre explication doive être tenue ou non pour vraisemblable dans son mécanisme dernier, la question de l'efficacité thérapeutique des amers se trouve résolue dans un sens positif, dès qu'on leur reconnaît la propriété d'être des agents excitateurs de l'appétit. Par suite, l'épreuve expérimentale des amers consiste à déterminer leur influence sur l'appétit, ce qui est une question difficile et qui, jusqu'à présent, n'a pas été abordée dans notre laboratoire.

Il ne suffit donc pas de renvoyer au laboratoire des observations cliniques, pour les souinettre à un contrôle expérimental ; on doit, avant tout, avoir la garantie que €e contrôle soit correctement poursuivi, c'est-à-dire atteigne le point précis, dont se préoccupe laclinique.il est intéressant de voir que beaucoup de médecins comprennent et beaucoup de manuels médicaux exposent précisément à rebours le rapport qui existe entre l'appétit et le suc gastrique. La représentation que l'on se fait est, à vrai dire, celle-ci : tel remède provoque la sécrétion du suc gastrique et celui-ci, par sa présence dans l'estomac, éveille alors l'appétit. Nous avons ici affaire à une interprétation fausse d'un fait exact, et cela, parce qu'on ne pensait pas que l'acte psychique pût être un excitant puissant des nerfs sécrétoires.

Après tel ou tel hors d'oeuvre, après un petit verre d'eau-de-vie (surtout habituel en Russie) destiné à

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