‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 111 sur 130 · ACTION DES SELS NEUTRES ET ALCALINS · texte numérisé non relu

ACTION DES SELS NEUTRES ET ALCALINS

lement, sous l'influence des alcalins, l'estomac se met parfois à sécréter une plus grande quantité de suc, mais cela signifie seulement qu'il se relève et revient à la normale. 11 y a là une conséquence de la guérison et non une action physiologique immédiate des alcalins. C'est ce dernier point précisément qui devrait être prouvé. L'aide que les alcalins apportent à l'organisme peut être représentée d'une façon autre qu'on ne le fait habituellement. J'ose proposer, dans cette ciconstance, pour l'action du sel marin et des sels de soude alcalins, une explication nouvelle. Nous n'avons pu constater d'action excito-sécrétoire de ces sels pour l'estomac et le pancréas; au contraire, entre nos mains, ils se sont montrés des agents d'inhibition pour ces glandes. En dehors des expériences que j'ai indiquées à leur place, et que j'ai poursuivies sur le rôle des alcalins à l'égard du suc gastrique et du suc pancréatique, je mentionnerai encore l'observation suivante. Un chien qui avait heureusement résisté à l'établissement successif d'une fistule gastrique, d'une fistule pancréatique et de l'œsophagotomie, reçut journellement, pendant plusieurs semaines, du bicarbonate de soude avec sa nourriture; l'animal jouissait d'une bonne santé et d'un excellent appétit. Quand nous fîmes la première expérience de repas fictif, nous fûmes frappés de l'action relativement faible de cet agent excito-sécrétoire, qu'on sait si énergique. En même temps, nous pûmes voir que les morceaux de viande, qui tombaient de l'extrémité supérieure de l'œsophage, n'étaient presque pas humectés de salive, au contraire de ce qui se passe normalement. Chez ce chien, il y avait donc simultanément une forte diminution d'activité de plusieurs glandes digestives, des glandes gastriques, du pancréas et des glandes salivaires. En ce

qui concerne les glandes sali vaires, ce sujet doit naturellement être l'objet de recherches plus précises. Je crois qu'étant donné la constatation expérimentale de l'action inhibitrice des alcalins sur les glandes gastriques, on peut être fondé à se faire la représentation suivante du mécanisme de leur action curative. Le catarrhe gastrique se caractérise par une sécrétion continue ou très longtemps prolongée d'un suc muqueux, faiblement acide. En outre, dans beaucoup de cas, la maladie commence par une hypersécrétion, par une excitabilité anormale de l'appareil glandulaire, que traduit la sécrétion excessive et sans utilité de suc gastrique. Nous devons supposer qu'il en est de même aussi dans le cas de maladie de la glande pancréatique; un tel état s'observe, du moins* après des opérations entreprises sur cet organe dans un but physiologique. On peut admettre, en outre, que la maladie, une fois établie sous l'influence de telles ou. telles causes, s'entretient ensuite plus tard elle-même par le fait que la continuité à\\ travail est nécessairement pour la glande une circonstance aggravante. La nutrition, la restitutio adintegriim de l'organe s'accomplit le mieux dans le repos; dans le cours normal des choses, à la période de travail extérieur succède, en effet, une pause, pendant laquelle s'accomplit le travail interne. Si un médicament interrompt, dès lors, brusquement le travail excessif de l'organe malade, il peut, de ce fait, amener la disparition de l'état pathologique et le retour à la normale. C'est en cela que consiste justement, à notre avis, l'action curative des alcalins. On pourrait établir un parallèle entre l'action des alcalins dans les troubles de la digestion et l'action de la digitale dans les troubles de compensation du cœur. Un cœur, à la période de non-compensation, bat fréquemment et ne fait ainsi qu'aggraver sa situation;

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le temps de repos, de rétablissement, de restitulio ad m(eg?'îwi de V organe, est raccourci. Il se produit un cercle vicieux : le travail défectueux du cœur provoque une chute de la pression sanguine ; l'abaissement de la pression sanguine amène, d'après des rapports physiologiques connus, une augmentation de fréquence cardiaque qui aboutit, de son côté, à l'afTaiblissement du cœur. Sans aucun doute, la digitale est déjà d'un grand secours du fait qu'elle rompt ce cercle vicieux, qu'elle ralentit le pouls puissamment et rend ainsi au cœur une nouvelle force. Notre explication de l'action des alcalins cadre de plus avec ce fait que, en même temps que l'usage de ces sels, on prescrit habituellement une diète sévère, c'est-à-dire qu'on assure un certain repos aux glandes digestives. Il est intéressant de noter que les recherches cliniques, poursuivies par le moyen de la sonde stomacale, entrent aussi maintenant, après une période oii les alcalins ont été considérés comme excito-sécrétoires, dans une nouvelle phase de développement, ovi il est de ,plus en plus souvent question de l'action inhibitrice des alcalins.

La cause de l'opinion erronée, qui attribuait aux alcalins une action excito-sécrétoire, est évidemment à rechercher dans ce fait qu'on négligeait de comparer l'action des solutions salines en question avec l'action de quantités égales d'eau (Dr. Chigin).

Le second point, sur le|[uel nous voulons insister, se rapporte au fait suivant. La principale difficulté du médecin, qui doit régler le régime du malade atteint de désordres digestifs, réside en ce que, en pareille matière, l'individualité joue un très grand rôle. Dans une seule et même affection, les divers malades réagissent très différemment vis-à-vis du même aliment ; ce qui est agréable

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à l'un, ce qui est bien supporté par lui et lui est utile est pour un autre un véritable poison. De là, la règle d'or de la diététique de ne rien prescrire en fait de nourriture, sans s'être informé des préférences et des habitudes du malade. Que signifie tout cela? Jusqu'à présent la physiologie n'avait pas de réponse expérimentale à faire à cette question. Nos données apportent, il me semble, l'explication du fait. C'est qu'à chaque aliment correspond un travail digestif déterminé, et, quand un régime alimentaire donné est continué pendant longtemps, il s'établit des types fixes et défmis du fonctionnement glandulaire, qu'on ne peut modifier qu'avec difficulté et lenteur. De là proviennent aussi souvent les troubles digestifs, quand on passe sans transition d'un régime à l'autre, surtout d'un régime pauvre à un régime riche (par exemple, après le long carême russe). Ces troubles sont alors l'expression d'une insuffisance temporaire des glandes digestives vis-à-vis de leur nouvelle tâche à accomplir.

Enfin il serait peut-être bon de mentionner ici encore le fait suivant. Il y a des cas de troubles digestifs subits et se produisant, pour ainsi dire, sans motif. En se plaçant au point de vue de la physiologie moderne, on peut ici penser à une intervention du système nerveux d'arrêt sécrétoire, qui, sous l'influence de quelque cause, s'est trouvé excité démesurément et anormalement. En tout cas, c'est là un facteur avec lequel le médecin doit compter.

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