PSYCHOLOGIE DES GLANDES SALIVAIRES
La physiologie des glandes salivaires, comme on l'a vu dans la quatrième leçon, offre itn exemple net de l'adaptation fonctionnelle du travail glandulaire. Après la publication des recherches classiques de Mitscherlich^ les travaux de Cl. Befnard., de Schiff, d'autres encore, avaient démontré les variations qualitatives et quantitatives de la sécrétion salivaire en fonction de diverses conditions déterminées — telles la mastication, l'ingestion d'aliments de saveur variée, le degré différent de sécheresse, etc. De nos propres recherches est résultée nettement encore la notion d'une fixité étroite des rapports de la sécrétion salivaire avec des conditions données. Or^ tous les phénomènes d'adaptation des glandes salivaires, que nous avons signalés et observés sous des influences physiologiques., c'est-à-dire sous l'influence de l'introduction directe d'excitants dans la cavité buccale, se sont reproduits d'une manière frappante, en faisant intervenir les incitations psychologiques., c'est-à-dire en agissant à distance sur le chien, en attirant seulement son attention sur les agents ordinaires d'excitation. Faisons-nous semblant de vouloir jeter de petits cailloux dans la gueule du chien, d'y mettre du sable, d'y verser quelque chose de désagréable, d'y déposer enfin tel ou tel aliment^ la sécrétion salivaire apparaît ou non aussitôt, dans les mêmes conditions qui règlent la quantité et la qualité de la salive sous les influences physiologiques ordinaires. Agace-t-on le chien avec du sable, les glandes muqueuses délivrent une salive fluide ; le nargue-t-on avec des aliments, il se produit une salive épaisse. Montrez-vous au chien quelque aliment sec (pain sec), il s'écoule une salive abondante, quand bien même le chien ne témoigne pas un grand intérêt pour ce que vous lui présentez. Le chien se trouve-t-il en présence, au con-
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traire, d'un aliment très aqueux (viande, par exemple), il s'écoule alors moins de salive que dans le cas précédent, quelle que puisse être aussi l'avidité de l'animal pour la viande. Tous ces faits sont particulièrement manifestes pour la glande parotide. — C'est' ainsi qu'à côté de la physiologie des glandes salivaires vient se placer d'une façon tout à fait inattendue leur psychologie. Bien plus même, la psychologie supplante ici, sans doute, plus d'une fois la physiologie, et son influence doit être soupçonnée là où nous ne pensions autrefois qu'à des rapports purement physiologiques. Dès lors, tout ce qui est physiologique devra être démontré tel par des expériences particulières, en éliminant l'influence possible des facteurs psychiques. Dans la psychologie des glandes salivaires, telle qu'elle nous est apparue, nous trouvons tous les éléments constituants de l'activité psychique : sentiment, désir, imagination pure, jugement provoqué par l'ingestion alimentaire buccale. Je ne peux, à ce propos, m'empêcher d'accorder à ces derniers faits une certaine importance et j'insisterai sur deux conséquences qui 'en résultent, l'une à un point de vue pratique, et l'autre théorique. Tout d'abord, il devient évident que l'activité d'organes en apparence aussi peu importants que les glandes salivaires est en rapport à tout instant avec notre vie psychique par les sensations, les désirs et les pensées qui se rattachent au travail de ces glandes. Nous ne voyons aucun motif, d'autre part, à ce qu'il n'en soit pas de même pour les autres organes de notre corps. Ces sensations, ces désirs, ces pensées — quelque faible conscience que nous en ayons — accaparent une partie de notre attention et se trouvent constituer un agent permanent d'influence sur notre état physiologique