POUVOIR TRYPSINOGENE DU SUC INTESTINAL
SUC intestinal. Il est clair qu'un tel suc contient le ferment de l'albumine à l'état de zymogène. Ainsi les diverses modalités, sous lesquelles apparaît le ferment de l'albumine, sont nettement liées à des conditions déterminées. On peut supposer que, dans une alimentation contenant de l'amidon et de la graisse, le feribent de l'albumine est excrété sous une forme latente pour cette raison que, à côté de lui, doit être assurée dans le suc l'activité des ferments amylolytique et lipoly tique ; la forme essentiellement active, définitive, du ferment de l'albumine pourrait nuire alors à ces derniers ferments. Les expériences de E.-A. Hanicke ont démontré la réalité de cette action. Un suc, qui contient surtout du zymogène. conserve, même après un séjour de plusieurs heures à l'étuve, son activité fermentative, tandis qu'un suc activé par le suc intestinal, ou qui contient en lui-même de la trypsine, épuise rapidement et facilement son pouvoir fermentaire, surtout celui de ses ferments amylo et lipolylique. Il est clair qu'une telle protection des ferments est nécessaire dans les cellules glandulaires et le long du canal digestif. Dans l'intestin, toutefois, où le ferment de Talburaine est activé par la kinase, il apparaît de nouvelles conditions qui protègent les ferments des graisses et de l'amidon. Ces conditions sont constituées par l'albumine de l'alimentation et par la bile, comme l'ont montré des expériences de E.-A. Hanicke.
L'action renforçante de la bile sur le ferment des graisses s'est montré, de la même manière, dépendre d'un régime déterminé. Moins nette est, sous ce rapport, la façon dont se comporte le ferment amylolytique.
Il est intéressant encore de noter — et cela devra être l'objet de recherches ultérieures — que, en ce qui concerne l'albumine, nous avons souvent observé un anta-
gonisme entre l'action favorisante du suc intestinal et celle de la bile.
Je ne saurais dire si l'on doit rattacher aux rapports que je viens de discuter l'action renforçante des extraits de rate congestionnée sur les macérations de pancréas, action signalée autrefois par Schiff, étudiée plus tard d'une façon précise par Herzeti et tout récemment encore par Pachon. Je ferai seulement remarquer que l'importance attribuée par Herzen^ surtout dans ses derniers travaux, à l'influence de la rate est, sans doute, exagérée et ne correspond pas à l'état réel des choses. Gomme l'a démontré d'abord avec des tubes d'albumine le Dr. Popielski, et comme je l'ai vu moi-même dans des expériences de digestion avec la fibrine, le suc pancréatique, fraîchement récolté,, d'animaux dératés (chiens et chats) renferme de grandes quantités de ferment protéolytique, de trypsine. Mon honoré collègue Herzen, qui croit fermement le contraire, sera convaincu si je dis que le suc pancréatique d'un chien dératé a digéré en trente à quarante minutes, à. la température de l'étuve, une quantité de fibrine qui remplissait un tube à réaction de 15 centimètres de hauteur et de l"^,"^ de diamètre (1).
Ainsi donc, les, facteurs chimiques de la digestion forment une sorte d'alliance complexe dans laquelle les composants respectifs sont enchaînés les uns les autres, se suppléent et se soutiennent mutuellement. J'estime que la découverte de ces rapports, qui nous a permis d'édifier une véritable synthèse des processus digestifs, représente
(!) Dans un mémoire récent, A. Herzen a développé toutes les raisons anciennes et les raisons nouvelles, qui lui faisaient maintenir son opinion sur la fonction trypsinogénique de la rate chez l'animal normal. — Cf. A. Herzen, Aeltei^es, Neueres und Zukûnftiges ijber die RoUe der Milz bei der Trypsinbildung. Pflûger's Arckiv, M. LXXXIV, 1901.
{Note des traducteurs.)