‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 119 sur 130 · PROGRESSION DES ALIMENTS DANS LE TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

PROGRESSION DES ALIMENTS DANS LE TUBE DIGESTIF

le résultat le plus important des travaux de notre laboratoire. Ces données nouvelles relatives à l'influence de la bile et du suc intestinal sur l'activité du pancréas nous obligeront toutefois à reprendre toutes nos anciennes expériences sur l'excrétion des ferments pancréatiques au point de vue quantitatif. Je ferai remarquer en même temps que le procédé particulier, qui est la base de nos méthodes de recherches, trouverait aussi une application convenable et fructueuse dans d'autres parties de la physiologie. Ce n'est qu'en considérant dans son ensemble la marche normale des fonctions de telle ou telle partie de l'organisme, que nous pouvons sans peine distinguer ce qui est contingent de ce qui est essentiel, ce qui est artificiel de ce qui est normal, découvrir des faits nouveaux et redresser rapidement des erreurs commises. La pensée constante de la collaboration mutuelle des diverses parties de l'organisme jette une lumière éclatante sur le territoire spécial qui est Tobjet de notre examen.

En analysant les courbes de sécrétion des divers sucs, une question se dressait devant nous -de plus en plus fréquemment, celle de la, progressio?i de V aliment le long du canal digestif. Pour pouvoir comprendre les oscillations des courbes, nous devions savoir oîi, en quelle quantité et sous quelle forme se trouvait l'aliment, à tout moment donné. Que nous disait, à ce sujet, la physiologie des fonctions motrices du canal digestif? Quelle n'est pas la richesse apparente de cette partie de la physiologie, combien de méthodes n'a-t-on pas employées dans son étude, combien de nerfs n'a-t-on pas excités, combien d'excitants n'a-t-on pas essayés! Et cependant toute cette grande quantité de travaux ne pouvait nous donner la moindre réponse à notre question. Elle nous offrait, en dernière analyse, une longue série de faits isolés, sans

lien de connexion intime. Pourquoi tel aliment est-il retenu, tandis que tel autre est entraîné? Pourquoi celui-ci progresse-t-il avec rapidité, et celui-là avec lenteur? La masse alimentaire si complexe n'est-elle pas, pendant sa progression dans le tube digestif, décomposée en ses parties constituantes, etc. ? Tous ces processus reconnaissent, sans doute, comme cause générale, le fait que sur les aliments, complexus de substances diverses, les divers sucs se déversent à des endroits distincts du canal digestif et dans des rapports de combinaison différents, au point de vue quantitatif et qualitatif. Mais pourquoi, en raison de quelles conditions élémentaires, se produit d'une façon donnée le déplacement du bol alimentaire et quelle adaptation particulière représente son mécanisme de production délicat et ingénieux?

La synthèse, la marche effective et le mécanisme des mouvements du canal digestif n'avaient pas plus été l'objet de recherches, jusqu'à ces derniers temps, que là synthèse du travail sécrétoire de l'appareil digestif. C'est à deux savants allemands, Hirsch et von Mering^ que revient le mérite d'avoir commencé cette synthèse ; ils ont découvert simultanément ce fait important que le passage du contenu stomacal dans l'intestin est réglé, au point de vue quantitatif, par les parties supérieures de l'intestin, d'après le mécanisme suivant : un réflexe inhibe temporairement les mouvements expulsifs de l'estomac et ferme le pylore, chaque fois qu'une portion du contenu stomacal est arrivée dans l'intestin. Nos recherches ont été poursuivies dans la même voie et ont abouti déjà à des résultats intéressants. Tout d'abord, nous avons vu (expériences du Dr. A.-S. Serdjiikow) que la muqueuse duodénale règle le passage du contenu stomacal dans l'intestin, quel que soit le degré de réplétion de celui-ci,

RÉFLEXE ACIDE INHIBITEUR DU PYLORli. 265

en se guidant sur la réaction du coatenu stomacal et sur son acidité. Si l'on verse d'une façon continue et en petite quantité une solution d'acide chlorliydrique ou de suc gastrique pur, par une fistule, dans le duodénum, on peut ainsi retenir un temps illimité dans l'estomac une solution alcaline de soude qui y a été préalablement introduite. Mais si l'on ne verse pas d'acide dans l'intestin, le contenu alcalin abandonne alors ordinairement l'estomac très rapidement. Il ne s'agit pas ici d'un réflexe d'ordre mécanique ; si, en effet, les autres conditions restant les mêmes, on verse dans l'intestin une solution alcaline au lieu d'une solution acide, le passage de la solution alcaline hors de l'estomac n'est plus empêché. D'autre part, nous avons observé que, chez les chiens porteurs d'une fistule pancréatique, le passage des solutions acides de l'estomac dans l'intestin se faisait d'une façon remarquablement plus lente que chez les chiens sans fistule. Chaque fois donc que l'intestin a pris une portion du contenu stomacal acide, il produit par acte réflexe un barrage temporaire de l'évacuation stomacale et l'arrêt des mouvements d'expulsion de l'estomac. Le bol alimentaire acide qu'a laissé passer le pylore provoque un renforcement de la sécrétion pancréatique, et il se trouve ainsi peu à peu neutralisé. C'est seulement quand cette neutralisation s'est produite, que se fait la sortie d'une nouvelle portion acide du contenu stomacal. Grâce à cette fonction régulatrice de l'intestin, une marche désordonnée de la digestion se trouve évitée, en même temps qu'est assuré sans inconvénient le passage régulier de la digestion gastrique acide à la digestion intestinale alcaline. Si, au contraire, le contenu stomacal acide pouvait pénétrer sans contrôle dans l'intestin, la bile qui s'y mêle pourrait abolir ou considérablement affaiblir l'action de la pepsine, alors

que la neutralisation insuffisante de l'acidité empêcherait la manifestation de l'activité des ferments pancréatiques. Dans certaines circonstances, le travail d'élaboration des aliments pourrait être ainsi tout à fait suspendu. C'est là précisément ce qui ne peut se produire. L'action de la pepsine, dangereuse pour la digestion intestinale, est suspendue, en même temps que, grâce à la neutralisation suffisante du chyme et à l'arrivée d'un excitant puissant du suc pancréatique, la bile, le suc intestinal, les ferments du pancréas ont la possibilité de développer amplement leur action.

Quoique déjà, dans le travail du Dr. Hirsch^ soient contenues des preuves tout à fait claires et directes de la différence de rapidité avec laquelle sont évacués de l'estomac dans l'intestin les liquides acides et alcalins, ni cet auteur, cependant, ni les autres auteurs, qui se sont occupés du réflexe réglant la pénétration du contenu stomacal dans l'intestin [von Mering^ Marbaix), n'ont attribué au réflexe acide sa véritable signification ; ils l'ont, au contraire, méconnue, en s'attachant exclusivement à la conception d'un réflexe mécanique de l'intestin grêle sur l'estomac.

Des expériences du Dr. S.. Lintwarew ont montré que la graisse aussi, introduite dans le duodénum, règle de la même manière, si ce n'est de façon plus frappante encore, l'évacuation de l'estomac.

Dans d'autres expériences (Dr. P.-O. Schirokich) relatives encore aux mouvements de l'estomac, nous avons observé ce qui suit : chez les animaux à jeun se produisent de temps en temps, probablement sous des influences psychiques, des contractions évacuatrices de l'estomac. Vient-on alors à verser dans l'estomac, à l'insu de l'animal, par la fistule gastrique, des liquides neutres ou

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