ASTHÉNIE GASTRIQUE EXPERIMENTALE
que l'épithélium des glandes peptiques, en laissant l'épithéliiim de revêtement au repos. Nous sommes là en présence, me semble-t-il, d'un fait exceptionnellement important, à savoir que les excitants anormaux, qui apparaissent comme des agents pathogènes, sont en même temps des excitants spécifiques des appareils de défense de l'organisme, de ces appareils dont la fonction est de combattre précisément les facteurs morbides. Je crois que cette interprétation peut s'appliquer à toute espèce d'état pathologique et qu'elle rend compte, d'une façon générale, du mécanisme d'adaptation de l'organisme animal, quand il vient à être aux prises avec des influences pathogènes. C'est ainsi que la marche normale et compliquée de la vie, avec ses phénomènes d'adaptation, se poursuit constamment grâce à l'excitabilité spécifique de tels ou tels appareils.
Naturellement l'action des agents que nous venons d'indiquer, quand ils acquièrent une certaine valeur, peut, malgré l'énergique défense de Fépithélium de recouvrement, s'exercer aussi sur les couches plus profondes de la muqueuse. Nous assistons alors -à des modifications d'activité des glandes peptiques qui, dans le détail, présentent de grandes particularités, suivant l'espèce de la cause pathogène, et se manifestent, le plus ' souvent, d'une façon périodique. C'est ainsi que se produisent divers états pathologiques des glandes peptiques, qui deviennent, du fait même, un riche n^atériel d'études pour la caractéristique physiologique des cellules glandulaires. Nous possédons déjà, à cet égard, une série considérable d'observations très nettes. J'attirerai votre attention sur les suivantes. Par l'application d'une solution de nitrate d'argent à 10 p. 100, nous avons pu produire un état marqué d'asthénie, de faiblesse irritable Pawlow. 18
des glandes à pepsine (expériences du Dr. J.-C. Sawriew). Les deux colonnes suivantes reproduisent les quantités horaires de suc gastrique sécrété pour une même quantité de viande (150 grammes) par le petit estomac isolé, avant et pendant Tétat pathologique provoqué :
Sécrétion normale.
Sécrétion pathologique.
6,5 cent, cubes.
8,4 cent, cubes.
En tout. .
24,7 cent, cubes.
15,6 cent, cubes.
Comme vous le voyez, la marche de la sécrétion, sous l'influence de l'état pathologique, a pris un caractère tout à fait inaccoutumé et particulier. Les chiffres de la première heure de sécrétion dépassent notablement les chiffres normaux ; dans le cours de la deuxième heure, en revanche, se manifeste une chute exceptionnellement basse et brusque, au-dessous de la normale, chute qui se maintient pendant la troisième heure ; puis la sécrétion s'arrête prématurément, après avoir fourni une quantité de suc bien moindre qu'à l'état normal. La cellule glandulaire est donc devenue plus excitable qu'auparavant; mais en même temps elle se fatigue avec une facilité exceptionnelle. On comprend clairement, sans qu'il y ait à insister, l'importance de cet état de la cellule. Il est évident qu'un tel état n'est pas une conséquence spéciale de l'action du nitrate d'argent, mais doit aussi se manifester dans d'autres conditions, et représenter une forme typique de dépression de l'activité cellulaire. On peut prédire, à coup sûr, que sa connaissance exercera une influence aussi bien sur les méthodes cliniques de
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recherches des maladies de l'estomac que sur la thérapeutique de ces dernières. Autant que je sache, il se trouve que ce fait intéressant s'est révélé pour la première fois dans des expériences de laboratoire, quelque infini qu'ait dû être le nombre des cas oii la clinique eût pu les voir antérieurement. C'est là une preuve frappante que l'observation clinique se prête moins à l'analyse des phénomènes que Tobservation expérimentale.
Dans ces derniers temps, il a été démontré (expériences du Dr. Kasanski) qu'on peut produire aussi un état exactement opposé des glandes, comme il ressort du tableau suivant, dans lequel sont opposées les valeurs de la sécrétion normale et de la sécrétion pathologique.
Heures. Sécrétion normale. Sécrétion pathologique.
1 11,6 cent, cubes. 6,2 cent, cubes.
En tout... 26,7 cent, cubes. 37,8 cent, cubes.
Cet état fut produit par l'application d'un froid intense. La cellule glandulaire a été plus inerte; elte s'est mise plus difficilement, moins vite, en travail; mais, une fois en activité, elle a poursuivi son travail avec une énergie plus grande qu'à l'état normal et elle a délivré au total plus de suc que normalement et pour un même excitant. Nous avons là vraisemblablement affaire à deux états typiques de la substance vivante, déplacée de son état d'équilibre : un état labile et un état inerte.
Chez un de nos chiens, il se développa un ulcère rond du cul-de-sac stomacal isolé. Cet ulcère prit une extension de plus en plus grande, déterminant de temps en temps de violentes hémorragies, et finit par produire une
perforation de la paroi stomacale avec péritonite consécutive et mort de Tanimal (observations et expériences du Dr. A. -y. Wolkowitsch). Concurremment au développement de l'ulcère, on observa une hypersécrétion progressivement croissante, qui arriva finalement à dépasser de trois à quatre fois la sécrétion normale. Bien plus intéressante encore que le fait de cette hypersécrétion fut la modification très marquée, qui apparut dans la marche ordinaire de la sécrétion, particulièrement dans celle qui caractérise le repas de pain. Gomme l'a montré pour la première fois le Dr. Chigin^ la sécrétion, dans le cas du pain, est caractérisée par le fait que, après la production d'une sécrétion abondante pendant la première heure, on observe, à la deuxième heure, une chute considérable de la sécrétion, qui n'atteint plus ordinairement que la moitié de sa valeur. L'analyse ultérieure a permis de nettement distinguer deux périodes bien tranchées dans la sécrétion : une période de sécrétion psychique, abondante et d'origine centrale, et une période de sécrétion chimique, beaucoup plus faible et produite suivant un mode réflexe. Chez notre chien porteur d'un ulcère rond, la valeur de la sécrétion ne différait en rien, pendant la première heure, de la valeur normale ; mais, pendant la deuxième heure, elle restait au même niveau que pendant la première, au lieu de n'atteindre que la moitié du taux de la sécrétion, comme c'est la règle. Pendant les heures suivantes, la sécrétion était également notablement plus élevée qu'à l'état normal. Voici des chiffres, à ce sujet :
Sécrétion normale. Sécrétion pathologique.
26,2 cent, cubes. 26,2 cent, cubes. 13,0 — 26,6 —