CHIRURGIE ET PHYSIOLOGIE
tendance à imaginer de nouvelles méthodes opératoires , en physiologie , entre maintenant dans une période d'épanouissement . Nous rappellerons l'extirpation du pancréas, réalisée par Minkowski, l'abouchement de la veine porte dans la veine cave inférieure, par le Dr. Eck^ et enfin les mémorables expériences de Goltz, qui consistent à faire des sections successives des divers étages du système nerveux central. De nombreux problèmes physiologiques ne sont-ils pas ainsi résolus? N'en surgit-il pas une foule d'autres? On me reprochera de réclamer en faveur d'une pratique déjà usitée. Je répondrai, tout d'abord, qu'on procède ainsi isolément et rarement. Que l'on fasse le décompte, par exemple, du nombre d'instruments d'ordre physique proposés et construits chaque année pour servir à des études physiologiques, ainsi que celui de la quantité des méthodes de chimie physiologique et de leurs variantes. Et que l'on mette en regard le nombre des opérations nouvelles de physiologie, dans lesquelles on conserve la vie de l'animal. La pauvreté de ce dernier nombre fait un triste contraste avec la richesse des premiers. Je ferai remarquer, eu second lieu, que beaucoup de~ces opérations ont été pratiquées par des chirurgiens et non par des physiologistes — que ceux-ci ne considèrent pas de telles opérations comme étant de leur ressort, ou qu'ils n'aient pas à leur disposition les moyens d'exécution nécessaires. — Enfin, la preuve la plus convaincante que la méthode chirurgicale n'occupe pas encore en physiologie la place qu'elle mérite, c'est l'absence, dans le plan d'installation des laboratoires modernes de physiologie, d'une salle d'opérations chirurgicales, au même titre que les annexes spéciales réservées à la chimie, à la physique, à la microscopie et à la vivisection.
S'il est indiqué de procéder fréquemment à des opérations difficiles comportant la survie des animaux, il est impossible à quiconque veut économiser son temps et sa peine de les exécuter dans des pièces communes, et sans se plier aux exigences de la chirurgie moderne, il est hors de doute que des opérations pratiquées dans les salles générales du laboratoire, même en observant les règles de l'asepsie et de l'antisepsie, ne réussissent pas, parce qu'il est impossible d'observer à l'égard des animaux, tant pendant qu'après l'opération, les soins méticuleux de propreté qui exigent d'avoir à sa disposition une salle spécialement aménagée dans ce but. Je prendrai comme exemple l'histoire bien connue de la fistule à'Eck, qui consiste à établir l'abouchement de la veine porte dans la veine cave inférieure. Dans les anciens laboratoires, malgré toute la ténacité et toute l'ingéniosité de son inventeur, celui-ci ne parvint pas à conserver vivants les animaux ayant subi cette opération. Le Prof. Slolnikoio ne réussit pas davantage avec le concours du Dr, Eck^ bien qu'il n'ait épargné ni les chiens ni sa peine. Ce n'est, que dans le service chirurgical du laboratoire de physiologie de l'Institut de Médecine expérimentale de Saint-Pétersbourg, inauguré en 1891, et de construction récente, dans un bâtiment propre, au sens chirurgical du mot, qu'on est arrivé à compter une proportion considérable de succès. Encore cette série heureuse d'opérations n'a-t-elle duré qu'une année. Comme le laboratoire de physiologie était à l'étroit, il devint rapidement moins propre, malgré toutes les mesures de précautions prises, de sorte que l'opération à'Eck faite par les mêmes mains, plus expérimentées encore que par le passé, ne donna plus lieu qu'à des insuccès répétés. Un tel état de choses dura.
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malgré la ténacité des opérateurs, pendant presque toute une année, jusqu'à ce qu'on eût construit dans l'Institut un nouveau laboratoire de physiologie, avec de vastes annexes destinées aux opérations.
Je me permets d'attirer votre attention sur ce premier exemple, à ma connaissance, d'une section spéciale de chirurgie, dans un laboratoire. Peut-être sa description fournira-t-elle quelques indications utiles à mes collègues physiologistes, quand il s'agira pour eux d'organiser un laboratoire. La partie chirurgicale du laboratoire occupe la moitié de l'étage supérieur, soit un quart de tout le laboratoire. Elle se compose, d'abord, de toute une série de pièces destinées aux préparatifs de l'opération et à l'opération elle-même. Dans la première, l'animal reçoit un bain et est séché sur des plate-formes spéciales. Dans la pièce suivante, l'animal est anesthésié, rasé et lavé avec des solutions antiseptiques. La troisième pièce sert à la stérilisation des instruments et du linge, à la toilette des mains des opérateurs et à l'application du manteau d'opération. Enfin la quatrième, la salle d'opérations, est munie d'un éclairage particulièrement intense. L'animal, anesthésié et préparé, est transporté sans table dans cette pièce par les personnes qui prennent part à l'opération. Les garçons de laboratoire ne sont ordinairement pas admis au-delà de la seconde pièce. Toute une série de cabines, séparées des premières pièces par une cloison épaisse, sont destinées aux animaux opérés, durant les dix premiers jours qui suivent l'opération. Chacune de ces cabines, de 4""', 5 de surface et de 3", 5 de hauteur, possède une grande fenêtre munie d'un vasistas, est chauffée à l'air chaud et éclairée à l'électricité. Toutes les chambres destinées aux chiens donnent sur un couloir, dont elles sont séparées par des
portes massives bien ajustées. Le sol est partout cimenté, et chaque chambre est aménagée pour l'écoulement de l'eau. Dans les cabines des chiens court, le long de la paroi, une conduite d'eau munie d'un grand nombre de trous permettant à tout moment le lavage du sol, sans qu'il soit nécessaire de pénétrer à l'intérieur de la pièce. Toute cette partie du laboratoire est recouverte d'une peinture blanche à l'huile. La longue série de nos salles d'opérations est la meilleure garantie contre la pénétration d'impuretés dans la dernière, qui est la principale salle. Quoique la physiologie ait à compter avec l'intelligence des chiens, il serait inutile d'espérer un concours quelconque, de la part de ces animaux, dans le but chirurgical poursuivi. Ce n'est qu'en opposant à la malpropreté, au sens à la fois habituel et chirurgical du mot, toute une série de barrières, qu'on pourra conserver pendant longtemps, un service d'opérations à la hauteur des exigences chirurgicales. Deux années de pratique dans cette section du laboratoire n'ont pas encore amené sa souillure, comme le prouve notre réactif de la propreté chirurgicale — la réussite de la fistule à'Eck. — Quand je songe aux résultats des opérations qui ont été pratiquées pendant vingt ans dans des locaux différents, mais toujours sur des animaux sains, et qu'il fallait recommencer sans cesse, je suis frappé, plus encore peut-être que les chirurgiens, du triomphe de la propreté, qui conserve la vie des animaux et économise le temps et la peine des opérateurs.
Vous me pardonnerez, j'espère, cette longue digression sur l'importance de la méthode chirurgicale en physiologie. Je suis convaincu que c'est en employant notre sagacité et notre art à exécuter de bonnes opérations sur le canal digestif que nous sera dévoilée la splendeur du