VARIATIONS QUALITATIVES DES SENS DIGESTIFS
aux essais de digestion in vitw, se faire une idée de leur valeur exacte. La science, il est vrai, a fait depuis longtemps une réponse positive à la question relative aux modifications qualitatives du suc pendant la période sécrétoire. Mais les faits observés n'ont pas été, me semble-t-il, appréciés à leur juste valeur, sinon il y aurait eu là un thème inépuisable de recherches, persévérantes sur la cause et le mode de production de ces variations sécrétoires. De notre réserve d'observations je tirerai plus tard des exemples de ces variations, curieuses au plus haut point, dans la qualité des sucs, durant une période sécrétoire. Il est naturel d'attacher, comme on le fait d'habitude, le plus grand intérêt aux variations dans la teneur en ferment ; mais, dans la réalité, les autres variations qualitatives du suc méri^ tent d'être enregistrées et interprétées d'une façon satisfaisante.
Les connaissances acquises jusqu'à ce jour, en ce qui concerne le suc gastrique, en particulier, ne sauraient être considérées comme suffisantes. Les expériences faites à l'aide de la fistule gastrique ordinaire n'ont pu aboutir qu'à des résultats qui laissent à désirer, parce que le suc étudié n'était pas pur, mais bien mélangé d'aliments. Les observations de Heidenhain sur lefundus isolé de l'estomac ne peuvent non plus être appliquées à la digestion ordinaire, car l'activité d'une portion d'estomac isolée de ses nerfs est évidemment très déviée de la normale, Seule^ l'expérience de Heidenhain sur la sécrétion pancréatique, exécutée d'après sa méthode spéciale, doit être tenue pour un fait d'observation parfaitement exact et scientifique. Malheureusement cette expérience a été faite avec une alimentation dont on ne connaît pas exactement la composition ; elle n'a été
rapportée que d'une façon succinte, au cours d'une étude d'ensemble sur la nutrition dans l'encyclopédie de Hermann, et n'a jamais fait l'objet d'un mémoire spécial.
Avant d'entrer dans le développement de nos faits personnels, je dois attirer un instant votre attention sur les procédés particuliers d'analyse des sucs digestifs, usités dans nos recherclies. L'intensité du pouvoir digestif des sucs vis-à-vis des matières albuminoïdes à été déterminée d'après le procédé de Mett^ que nous avons constamment employé depuis sa découverte dans notre laboratoire. Ce procédé consiste à aspirer dans un tube en verre, de 1 à 2 millimètres de diamètre, de l'albumine d'œuf liquide, que l'on y fait coaguler à une température déterminée (95") ; ces tubes sont ensuite découpés en petits morceaux, que l'on plonge dans 1 à 2 centimètres cubes du liquide en expérience. Le tout est placé à l'étuve, à 37^-38°, pendant dix heures, sans autre précaution particulière. La liquéfaction de d'albumine se produit alors aux extrémités des petits tubes. Au bout du temps indiqué, on mesure au microscope et à un faible grossissement, à l'aide d'une réglette divisée en millimètres et en fractions de millimètre, la longueur totale du segment de tube employé, et la longueur du cylindre d'albumine non digéré. La différence exprime en millimètres et en fractions de millimètre la longueur d'albumine digérée — soit l'intensité de la digestion. Ce procédé ne laisse rien à désirer, aux divers points de vue de la commodité de son emploi, de la netteté et de la précision de ses résultats. Des expériences particulières (Dr. Ssamojloff) nous ont montré que la quantité digérée du cylindre d'albumine, du moins pendant les dix premières