‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 32 sur 130 · TRAVAIL DIGESTIF ET RÉGIMES PROLONGÉS · texte numérisé non relu

TRAVAIL DIGESTIF ET RÉGIMES PROLONGÉS

types donnés et stables de glandes pancréatiques. Nos matériaux expérimentaux nous donnent, il me semble, quelques indications à cet égard. Quoique nos chiens de laboratoire vivent et soient nourris dans des conditions identiques, leur suc pancréatique présente souvent des différences essentielles, sous le rapport de la teneur en ferment. Ainsi telle modification de régime provoque rapidement chez un chien donné des modifications de son suc, alors que, chez un autre, le pancréas ne se laisse que très lentement influencer. Dans ce dernier cas, le passage brusque d'un régime à un autre s'accompagne souvent d'un état pathologique sérieux.

En ce qui concerne les glandes gastriques, la question de modifications chroniques dans la production de sou ferment reste encore ouverte. Nous avons, dans notre laboratoire, examiné le suc gastrique d'un grand nombre de chiens (20 à 30) produit sous l'influence d'un repas fictif; nous n'avons jamais rencontré de différence notable et constante dans le pouvoir digestif du suc des divers animaux. Pour élucider la question qui nous o'ccupe, le Dr. Samojloff, dans des recherches encore inédites, a expérimenté sur trois chiens gastro-œsophagotomisés, dont le suc fut éprouvé après des repas fictifs, et que l'on soumit ensuite à des régimes divers. Le régime établi, le suc gastrique produit sous l'influence d'un repas fictif était, de nouveau, examiné longtemps après; on n'a jamais trouvé qu'il présentât de différence notable. Comment devons-nous comprendre un tel résultat ? Nos méthodes d'appréciation de la teneur en ferment du suc gastrique seraient-elles défectueuses ? Ou bien existeraitil réellement une différence, à cet important point de vue, entre les glandes de l'estomac et celles du pancréas? Sans doute, il est possible que le pancréas joue le rôle

de réserve supplémentaire qui, suivant la tâche imposée au tube digestif, serait particulièrement apte tantôt à augmenter, tantôt à diminuer son travail, alors que les glandes gastriques, première étape digestive, seraient, par cela même, obligées de produire toujours leur travail maximum. Dans ces derniers temps, le Dr, Lobassoff a noté dans notre laboratoire un fait qui, sans être facile à expliquer, dépose en faveur de modifications stables des glandes gastriques, sous l'influence de régimes prolongés. Nous possédons un chien, sur lequel a été isolé un segment du fond de l'estomac par le procédé de Heidenhain, c'està-dire sans respecter les ramifications des pneumogastriques. Je dois faire ressortir que sur de tels chiens, quand ils survivent longtemps, la sécrétion du suc gastrique devient peu à peu très insignifiante (obs. de notre laboratoire). Sur le chien en question, on a donc observé le rapport suivant : Etait-il longtemps maintenu à un régime carné journalier et abondant, on obtenait alors une sécrétion beaucoup plus riche que lorsque cet animal était soumis à une autre alimentation, soit, par exemple, nourri à la soupe de gruau d'avoine. Toutefois, chez un animal ainsi opéré, les glandes gastriques vivent et travaillent dans de telles conditions essentielles d'altération, que l'on ne peut accorder à ce fait aucune valeur importante.

La somme des faits que je viens de rapporter justifie, je pense, pour une mesure suffisante, la conclusion que j'ai formulée antérieurement et que je reproduis encore une fois, à savoir que le travail des glandes digestives, objet de nos études, est infiniment complexe et élastique, mais qu'il est, en outre, étonnamment précis et présente un caractère d'adaptation qui ne peut être, il est vrai, mis indiscutablement en évidence que dans quelques cas isolés.

TROISIÈME LEÇON Nerfs centrifuges des glandes gastriques et du pancréas.

Expériences antérieures relatives à l'influence de la section et de l'excitation des nerfs vagues sur les glandes gastriques. — Ces glandes peuvent être excitées par des influences éloignées. — L'expérience du repas fictif. — Sa reproduction, après la section des nerfs vague?. — Ceux-ci contiennent des fibres sécrétoires pour les glandes gastriques. Ce fait est prouvé par l'excitation du nerf vague dans deux catégories d'expériences : sur des animaux opérés depuis un certain temps, et dans des expériences extemporanées. — Le nerf vague est le nerf sécrétoire du pancréas" (expérience). — Il transmet aussi aux glandes des influences inhibitrices. — Ces influences tiennent à l'activité de nerfs sécrétoires d'arrêt.

Messieurs,

La dernière leçon a été remplie par une ennuyeuse nomenclature de chiffres et de courbes, qui nous ont révélé toutefois un fait extraordinairement intéressant, à savoir que les glandes de l'estomac et du pancréas se comportent d'une manière, en quelque sorte, intelligente. Le suc qu'elles déversent est, au point de vue de sa quantité et de sa qualité, celui qu'exigent précisément la quantité et la nature des aliments ; le liquide qu'elles sécrètent est juste celui qui est le plus apte à la transformation des aliments ingérés. Naturellement se pose aussitôt la question de savoir comment cela est possible, sur quoi repose et en quoi donc consiste cette intelligence des glandes? Une hypothèse doit servir de réponse immédiate à cette question. C'est dans l'innervation de ces organes glandulaires que doit être recherché avant tout leur pouvoir

d'adaptation. Et ce n'est que si une telle hypothèse tombe à faux, qu'il nous faudra recourir à une autre explication. Le sujet de notre leçon d'aujourd'hui va donc avoir pour objet l'étude des influences nerveuses qui s'exercent sur le fonctionnement des glandes gastriques et du pancréas.

Pour servir d'introduction à cette étude, je rappellerai qu'il y a déjà quarante-cinq ans, le célèbre physiologiste Ludioig^ de Leipzig (1), est arrivé, par une expérience restée classique, à établir qu'il existait pour les glandes salivaires un nerf spécial qui commandait directement à l'activité chimique des cellules glandulaires, et ainsi provoquait la sécrétion de la salive. Ce nerf a recule nom de nerf sécrétoire ou de nerf de sécrétion. Le physiologiste de Breslau, HeidenJiain[2), en poussant plus loin ces études, a donné des preuves irrécusables que le processus glandulaire de la formation de la salive comportait deux temps : 1° la sécrétion du liquide salivaire avec ses sels minéraux ; 2° l'élaboration d'une substance organique spécifique. Correspondant à ces deux composantes du processus de la sécrétion salivaire, Eeidenhain oppose, et, avec lui, la plupart des physiologistes, deux ordres de fibres spéciales nerveuses présidant à l'activité des cellules salivaires. Les unes provoquent la sécrétion aqueuse avec les sels minéraux en solution ; les autres commandent à la sécrétion de la substance organique à action spécifique. Heidenhain a réservé à la première catégorie de nerfs le nom de sécrétoires, les seconds ont reçu le nom de nerfs trophiques.

La question des nerfs sécrétoires spéciaux aux glandes gastriques est déjà très ancienne et a une histoire inté-

(1) Zeilsclirift far rai. Medlzin, N. F. I. 1851.

(2) R. Heidenhain, Studien des physiol. Instituts zu Breslau, IV, 18G8 und Pfliiger's Ârchiv. Bd. XVII, 1878.

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