HISTORIQUE
ressante. Sur ce point, la physiologie est restée longtemps en vif désaccord avec la médecine pratique. Pendant que cette dernière, s'inspirant d'observations auxquelles elle reconnaissait une valeur démonstrative, répondait à la question qui nous occupe par l'affirmative ; tandis qu'elle considérait comme indubitable l'existence de nerfs sécrétoires pour l'estomac, et qu'elle établissait une classification des différents troubles de son appareil d'innervation, la physiologie cherchait, en vain, pendant plusieurs dizaines d'années, à aboutir à un résultat bien déterminé sur ce même point. C'est là un exemple démonstratif, et qui n'est pas rare, en somme, dans lequel la médecine jugeait plus judicieusement sur une question physiologique que la physiologie elle-même. Et cela, à vrai dire, n'a rien de surprenant. Le monde des phénomènes pathogiquesn'est, en effet, qu'une série indéfinie de combinaisons les plus variées et les plus extraordinaires de phénomènes physiologiques ne se présentant pas dans le cours de la vie ordinaire. Il y a là un ensemble d'expériences physiologiques réalisées par la nature et la matière vivante, un enchaînement de phénomènes, souvent tel qu'il n'eût peut-être de longtemps été conçu parmi physiologiste ou qu'il n'eût pu être réalisé qu'avec peine à l'aide de la technique contemporaine. Aussi les faits cliniques resteront-ils toujours une source abondante d'enseignements physiologiques. Et c'est pourquoi le physiologiste désire naturellement une union étroite entre sa science et la médecine.
Malgré le nombre et la confusion des documents bibliographiques sur l'innervation des glandes de l'estomac, nous pouvons heureusement nous représenter de façon claire et précise les conclusions fondamentales des
anciens travaux sur ce sujet, nous expliquer pourquoi ils n'ont pas abouti, tirer enfin de cette étude historique des indications sur l'expérimentation idéale qui doit nous permettre de résoudre définitivement la question. On use habituellement de trois méthodes, pour juger de l'existence d'influences nerveuses sur un organe quelconque. On peut tout d'abord sectionner ou paralyser de quelque manière les nerfs en rapport anatomique avec l'organe que l'on étudie ; l'activité de cet organe est soumise alors à une observation attentive destinée à déceler si son fonctionnement n'est pas aboli, augmenté ou modifié de quelque manière, en quantité ou en qualité. Naturellement la conclusion qu'on en déduira sur les rapports des nerfs avec l'organe sera d'autant plus précise et d'autant plus près de la vérité, que la comparaison des deux états de l'organe avant et après le traumatisme nerveux sera plus complète, présentera plus de faits à enregistrer, et aussi que nous aurons su plus complètement éliminer les variations accidentelles et indirectes qui peuvent se manifester dans la fonction de l'organe, avant comme après la section des nerfs. Un second mode de démonstration convaincante d'influence d'ordre nerveux est fourni par le résultat d'une excitation du nerf. Si l'excitation provoque chaque fois une modification semblable de la fonction, et si cette modification disparaît quand cesse l'excitation, nous sommes en droit d'admettre que ce nerf est bien en rapport avec l'organe examiné. — Toutefois nous ne devons pas perdre de vue ici que deux éventualités sont possibles. Il peut arriver que la fonction de l'organe ne subisse aucune modification, parce que le nerf ou l'organe se trouve dans un état anormal ; il peut en être ainsi, en raison de l'insuffisance que présentent encore, hélas, beaucoup de nos méthodes physio-