‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 34 sur 130 · MODES DE DEMONSTRATION D'INFLUENCE NERVEUSE · texte numérisé non relu

MODES DE DEMONSTRATION D'INFLUENCE NERVEUSE

logiques. C'est là ce qui explique que les expériences à résultats négatifs retiennent moins l'attention et parfois même ne sont pas publiées par leurs auteurs. D'autre part, la modification d'activité d'un organe, consécutive à l'excitation de tel ou tel nerf, peut n'être qu'une réaction indirecte et due à la mise en jeu d'un ou plusieurs autres organes. Ce n'est qu'un isolement physiologique minutieux et parfait de l'organe (un isolement anatomique même, au besoin) qui peut supprimer cette cause d'erreur. Enfin, il est encore un troisième procédé de démonstration, digne peut-être d'occuper plus justement le premier rang, qui nous fournit la démonstration d'une influence nerveuse, alors même que les premières méthodes directes ne donnent aucun résultat : c'est la constatation, d'une manière très générale, de rapports de l'organe examiné avec le système nerveux. Ceci est essentiellement du domaine de l'observation courante et de la clinique. C'est ainsi que le fait universellement connu du flot de salive provoqué par la vue de mets appétissants a toujours été une bonne preuve de l'influence du système nerveux sur les glandes salivaires.

C'est bien là la voie dans laquelle ont été engagées les recherches sur l'innervation des glandes gastriques.

Chaque fois que les nerfs vagues, qui représentent, au point de vue anatomique, les principaux nerfs de l'estomac, ont été sectionnés au cou, on a observé des troubles dans l'activité sécrétoire de l'estomac relatifs à la quantité ou à la qualité du suc gastrique. Ce fait cependant n'a convaincu que quelques chercheurs de la réalité des rapports immédiats du nerf vague avec l'activité sécrétoire de l'estomac. La section des deux nerfs vagues au cou est, comme on le sait, une opération accompagnée de suites très graves pour l'animal, et qui

se termine ordinairement par la mort, au bout de quelques jours, le plus souvent deux ou trois. Si cette opération arrête en quelques jours toutes les fonctions de l'organisme, il n'est pas surprenant que la fonction de l'estomac soit modifiée avec d'autres; il serait donc risqué de conclure de cette expérience à un rapport direct entre le nerf vague et les glandes gastriques (c'est un bon exemple du second mode d'action que nous avons expliqué plus haut des sections nerveuses). Une telle réserve vis-à-vis de cette expérience parait d'autant plus justifiée que Schiff (1), en sectionnant les nerfs vagues au-dessous du diaphragme, a pu facilement conserver des chiens en bonne santé et en parfait état : les animaux augmentaient de poids, et les plus jeunes se développaient tout comme s'il ne leur était rien arrivé. Ces expériences ont eu aux yeux de beaucoup de travailleurs une signification décisive contre le rôle sécrétoire du pneumogastrique, et malheureusement cette manière de voir n'est pas encore complètement dissipée. Il y a pourtant deux objections importantes, que l'on peut dresser contre les expériences de Schiff. Tout d'abord, le fait de la survie de l'animal ne prouve naturellement pas qu'il ne se soit produit aucune déviation anormale dans le fonctionnement des glandes gastriques. Tous les jours s'affermit de plus en plus notre conviction, que l'organisme se gouverne d'après le principe d'assistance mutuelle et de suppléance possible entre les organes. Dans le cas particulier, il faut encore prendre en considération que le système nerveux sympathique envoie aussi des fibres à l'estomac. Schiff n'a, en outre, fourni aucune comparaison précise et détaillée sur l'activité sécrétoire de l'estomac avant et après la

(I) Schiff, Leçons sur la physiologie de la digestion^ 1867.

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