QUATRIÈME LEÇON
Schéma général d'un appareil d'innervation. — Le travail de l'appareil d'innervation des glandes salivaires. — L'appétit considéré comme le premier et le plus énergique excitant des nerfs des glandes gastriques.
Parties composantes d'un appareil complet d'innervation. — Spécificité des terminaisons périphériques des nerfs centripètes. — Spécificité des cellules nerveuses. — Analogie de l'innervation des glandes salivaires et des glandes digestives plus profondes. — Les excitants de l'appareil nerveux salivaire ; leur spécificité. — Diversité des excitants des diverses glandes salivaires. — Discussion de l'expérience du repas fictif. — Les excitations mécaniques et chimiques de la cavité buccale sont inactives sur les glandes gastriques. — Expérience de Bidder et Schmidt sur la provocation psychique de la sécrétion gastrique. — Conditions de succès de cette expérience. — C'est le désir passionné de Taliment, Vappélil, qui produit seul l'efi'et sécrétoire, dans l'expérience du repas fictif.
Messieurs,
Comme vous l'avez appris à connaître dans la dernière leçon, grâce, en particulier, aux expériences que je vous ai présentées, l'influence du système nerveux sur le travail des glandes qui nous occupent s'exerce par des modes très variés. Le nerf vague, déjà si surchargé de fonctions multiples, s'est révélé à nous comme l'agent d'excitation incontestable et commun des glandes gastrique et pancréatique. A côté de lui, il a fallu assigner au nerf sympathique un rôle analogue, incontestable en ce qui concerne la glande pancréatique, très probable en ce qui concerne aussi l'estomac. Nous avons eu ensuite
toute raison d'admettre dans ces deux nerfs deux espèces distinctes de filets glandulaires, sécrétoires ettrophiques, comme cela avait été déjà établi par Heidenhain pour les nerfs des glandes salivaires (sous forme d'hypothèse, on pourrait aller encore plus loin et admettre dans les nerfs trophiques de Heidenhain des fibres uniquement sécrétrices de ferment). Nous avons enfin fourni un ensemble important de preuves expérimentales relatives à l'existence de fibres glandulaires fréno-sécrétoires, que contient encore le nerf vague, dont la liste de fonctions s'allonge ainsi sans fin.
Nous avons obtenu ces résultats par des expériences de section et d'excitation artificielle des nerfs qui se rendent à nos glandes. Mais quand, comment et pourquoi tous ces nerfs sont-ils mis en jeu, dans le cours normal des processus physiologiques?
Pour éviter des redites et être aussi clair que possible dans notre exposé, il me paraît utile de vous soumettre immédiatement le schéma de l'innervation d'un organe quelconque, d'autant mieux qu'un tel schéma' est rarement présenté d'une façon complète et décrit comme il convient dans les livres de physiologie ; cela explique, d'ailleurs, qu'il ne se présente pas toujours à l'esprit de la plupart des médecins avec une netteté suffisante.
Un appareil complet d'innervation se compose des terminaisons périphériques du nerf centripète, du tronc de ce nerf, de cellules nerveuses (un complexus do cellules nerveuses en relation les unes avec les autres s'appelle centre nerveux), du nerf centrifuge, et enfin de sa terminaison périphérique. La physiologie moderne considère comme établi que, dans le cours naturel des phénomènes, les fibres nerveuses sont de simples voies de conduction pour les incitations qui émanent des
divers chaînons de la chaîne nerveuse considérée. Seules les terminaisons périphériques des nerfs centripètes et les cellules nerveuses peuvent transformer les excitations extérieures (1) en processus nerveux; en d'autres termes, dans l'organisme à l'état d'intégrité parfaite, ce sont les seules parties du système nerveux qui soient normalement impressionnables. Quant aux terminaisons périphériques des nerfs centrifuges, on ne sait pas encore si elles peuvent servir de point normal d'application pour les excitations extérieures. Ainsi un agent extérieur quelconque vient-il à frapper les terminaisons périphériques (appareil de réception) d'un nerf centripète de tel ou tel organe, l'excitation est transmise à la cellule nerveuse par le nerf centripète, et de là part une impulsion spéciale correspondante réfléchie, qui retourne à l'organe par la voie du nerf centrifuge.
On doit accorder la plus grande importance au fait que les terminaisons périphériques des nerfs centripètes, à rencontre des fibres nerveuses douées de sensibilité générale, ne sont adaptées qu'à des excitants spécifiques, c'est-à-dire ne sont aptes à transformer en processus nerveux que des formes déterminées d'excitations extérieures. C'est pourquoi l'activité des organes qui dépendent de ces terminaisons périphériques se trouve adaptée à un but défini, c'est-à-dire, n'est suscitée que dans des conditions déterminées, se manifestant ainsi à nous avec un caractère de finalité et de conscience apparentes. Nous savons déjà depuis longtemps que les terminaisons périphériques des nerfs sensoriels sont douées d'une spécificité
(I) Sous la désignation d' « ejccitant extérieur » je comprends indistinctement tout agent naturel extérieur, aussi bien que tout agent siégeant au dedans de l'organisme; le mot « extérieur » se rapporte à tout ce qui n'est pas le système nerveux lui-même.