INNERVATION DES GLANDES SALIVAIRES
Nous serons ainsi mieux à même de nous expliquer plus nettement le mécanisme intime des faits auxquels nous avons consacré notre deuxième leçon. Sans doute, il s'agit là d'un programme idéal ; nous nous y conformerons, autant que nous le permettra le développement actuel de la physiologie. Comme introduction à cette étude, il me paraît instructif et utile, pour nos déductions ultérieures, de jeter un coup d'œil rapide sur l'innervation des glandes salivaires.
Les glandes salivaires, dont l'innervation a déjà été étudiée depuis longtemps, ont toujours servi de modèle pour l'étude des autres glandes digestives plus profondément situées. La médecine, afin de se faire une idée de l'activité fonctionnelle de celles-ci, a pu profiter hardiment de leur analogie, pour leur reconnaître à bon droit une innervation semblable à celle des glandes salivaires. Mais, d'autre part, c'est l'obstination des chercheurs à reproduire strictement sur ces glandes les expériences valables pour l'innervation des glandes salivaires, qui a précisément contribué à faire échouer les essais expérimentaux et à fausser nos conceptions sur l'innervation des glandes digestives abdominales. Nous avons déjà donné plus haut un exemple de ce fait. L'absence, dans la physiologie des glandes salivaires, de phénomènes bien nets d'inhibition nerveuse a considérablement entravé le développement régulier de nos connaissances sur l'innervation des glandes abdominales. Les au leurs désiraient naturellement retrouver sur ces glandes les effets simples et rapides d'excitation nerveuse qu'ils avaient constatés, dans les mêmes conditions d'expérimentation, sur les glandes salivaires. Ils se crurent, dès lors, en droit d'interpréter l'absence de ces effets comme la preuve que les
glandes digestives abdominales étaient placées en dehors de toute influence nerveuse extérieure. L'erreur s'explique maintenant. Les glandes digestives de l'abdomen se comportent, sous certains rapports, de manière auire que les glandes salivaires. Et, pour les étudier d'une façon fructueuse, il est nécessaire de se placer dans des conditions expérimentales autres que celles qui conviennent à l'étude des glandes salivaires, parce que, dans le travail des glandes abdominales, les processus d'inhibition nerveuse jouent un rôle considérable, alors que, dans le fonctionnement des glandes salivaires, leur intervention peut être considérée comme à peu près nulle. C'est une fois de plus la preuve qu'il ne faut jamais trop abuser des analogies, mais bien plutôt nous laisser guider par la notion de l'extrême complexité de toutes les fonctions organiques, et, même quand il s'agit d'organes analogues, poursuivre leur étude par l'observation isolée et minutieuse de chacun d'eux.
L'inexactitude de l'analogie complète des glandes digestives abdominales et des glandes salivaires a eu encore, à mon avis, une autre conséquence fâcheuse. C'est précisément pour élucider ce dernier point, que je crois nécessaire de m'arrêter quelque temps sur les conditions de travail des glandes salivaires, d'autant mieux que le D"" Glinski a exécuté, à ce sujet, dans notre laboratoire, quelques expériences intéressantes, d'une forme commode à réaliser. L'observation de tous les jours nous apprend déjà que l'activité des glandes salivaires se manifeste bien avant l'introduction des aliments dans la bouche. A jeun, il suffit de la seule vue des aliments, de l'idée de manger, pour que les glandes salivaires se mettent tout aussitôt à fonctionner ; c'est ce que traduit la locution vulgaire « l'eau vient à