IMPORTANCE DE L'EXCITATION PSYCHIQUE
de lui préparer à manger. Si l'on observe bien toutes ces conditions, l'expérience de « l'excitation psychique de la sécrétion gastrique », comme nous avons coutume de l'appeler, réussit aussi bien que celle du repas fictif. Lorsqu'on poursuit longtemps l'étude de la sécrétion gastrique dans des conditions variées, on acquiert la conviction que cette excitabilité psychique peut devenir dans les expériences une source d'erreur dangereuse. On doit, pour ainsi dire, toujours lutter contre ce facteur, y songer constamment, et se mettre continuellement en garde contre lui. Si le chien n'a pas mangé depuis longtemps, chacun de vos mouvements, chaque sortie hors de la pièce oii il se trouve, chaque apparition du garçon qui lui donne habituellement à manger, la moindre des choses, en un mot, peut mettre en jeu à titre psychique l'activité des glandes gastriques. L'attention la plus soutenue est nécessaire, pour éviter cette source d'erreur. Et nous ne croyons pas nous tromper en disant que, dans beaucoup d'expériences anciennes, tel ou tel effet produit a été rapporté à tel ou tel agent, qui reconnaissait, en réalité, pour cause une excitation psychique méconaïue. Aussi, pour être absolument sûr de nos conclusions sur l'influence propre de telle ou telle condition particulière, il nous est souvent arrivé d'expérimenter sur des animaux endormis. Nous nous étions préalablement maintes fois convaincus que le sommeil n'exerçait aucune influence d'arrêt sur le travail des glandes gastriques.
Ainsi donc, nous appuyant, d'une part, sur le résultat négatif des expériences, dans lesquelles nous avons cherché à provoquer une sécrétion de suc gastrique par une excitation quelconque de la muqueuse buccale, et, d'autre part, sur la conviction que nous avons acquise de l'influence constante et remarquable du facteur psychique
pour provoquer une telle sécrétion, nous arrivons en fia de compte à cette conclusion que, dans notre expérience du repas fictif, tout l'effet sécrétoire est commandé par le facteur psychique, c'est-à-dire, reconnaît comme cause l'envie passionnée de manger qu'éprouve l'animal, et le plaisir qu'il ressent à prendre son repas. En raison de l'importance de l'acte du manger, dont l'influence nous apparaît déjà manifeste et éclatera bien plus encore dans l'étude des périodes ultérieures de la sécrétion, nous n'avons épargné ni notre peine, ni notre temps, pour arriver à éclaircir complètement le mécanisme de son action. Pour cela, nous avons indéfiniment varié nos expériences de repas fictif, et toutes n'ont fait que consolider notre manière de voir. Si l'animai, par exemple, est préalablement soumis à un jeûne de deux à trois jours, nous pouvons lui offrir, dans l'expérience du repas fictif, un aliment quelconque (viande cuite ou fraîclie, pain, blanc d'œuf cuit, etc.), nous obtiendrons toujours une sécrétion très abondante de suc gastrique. Le chien n'a-t-il pas, au contraire, été préalablement misa jeun, et reçoit-il, par exemple, son repas fictif quinze à vingt heures après son dernier repas, il discerne alors parfaitement entre les divers aliments, dont les uns provoquent de sa part une grande avidité, d'autres, une moindre, et d'autres, enfin, le laissent tout à fait indifférent; parallèlement, la quantité et la qualité du suc sécrété présentent des oscillations considérables. Plus l'animal mange avec avidité, plus le suc est sécrété en abondance, plus est grand aussi son pouvoir digestif. La plupart des chiens préfèrent la viande au pain; aussi bien, dans le repas fictif de pain, le suc sécrété sous cette influence est-il moins abondant et d'un pouvoir digestif plus faible que dans le cas du repas fictif de viande. On