EXPÉRIENCE DE L'EXCITATION MÉCANIQUE
de l'estomac, cette idée, dis-je, que l'on trouve si catégoriquement exposée dans beaucoup de traités de physiologie et qui s'est ainsi introduite dans les conceptions médicales, n'est rien autre chose qu'une erreur lamentable, qui a dégénéré en un préjugé opiniâtre. Nos déclarations réitérées, dans beaucoup de mémoires, de discussions de thèses, de séances de Sociétés de médecine, sur le fait que cette idée n'est qu'une conception de fantaisie, ont le plus souvent provoqué des hochements de tête d'incrédulité ou même de directes dénégations ; « il ne pouvait pas en être ainsi ». Je regrette vivement que mes contradicteurs acharnés ne viennent pas ici avec nous porter notre cause devant le tribunal des faits, à la démonstration desquels nous allons passer maintenant. J'attache une grande importance à cette question, et c'est sur ce terrain, à mon avis, que doit se livrer la bataille décisive sur ce point : la muqueuse gastrique peut-elle être excitée par un agent quelconque^ ou faut-il, pour exciter cette muqueuse, un agent spécifique ^électifK^wdiwà. les défenseurs de la vieille doctrine seront, une fois pour toutes, délogés de leur position et que l'inefficacité de l'excitant mécanique aura été reconnue, il faudra bien, alors, qu'ils se rendent à la nouvelle doctrine et qu'ils tiennent pour essentiel, dans le travail des glandes gastriques, quelque chose qui, jusqu'à ce jour, était resté dans l'ombre. Nous devons croire que si l'on a si peu pris en considération la vieille expérience de Bidder et Schmidt sur la provocation psychique du suc gastrique, c'est parce qu'on était fermement attaché à la croyance de la toute puissance de l'excitation grossière et simple d'ordre mécanique qui paraissait, par dessus tout, certaine et obligatoire. Nous allons répéter maintenant devant vous, sous sa forme classique, comme on nous l'a enseignée et comme nous
Favons apprise, l'expérience de Fexcitation mécanique de la muqueuse gastrique. Voici un chien porteur d'une fistule gastrique et qui a subi, en outre, l'œsophagotomie, au niveau du cou. J'ouvre la fistule, vous voyez qu'il ne s'écoule rien deTestomac, qu'on alavé, ilya une heure, à l'eau pure. Armons-nous de la barbe de plume traditionnelle, ainsi que d'une baguette de verre assez solide, et préparons quelques feuilles de papier de tournesol rouge et bleu. Je recommande maintenant à mon aide de promener contre l'estomac, dans toutes les directions possibles, soit la barbe de plume, soit la baguette de verre, l'une l'autre alternativement, toutes les cinq minutes. L'instrument d'irritation retiré de Testomac est essuyé avec soin sur le papier de tournesol rouge et bleu. Vous avez tous vu, messieurs, qu'on a exécuté les manœuvres que je viens de dire une demi-heure durant. Il ne s'est pas échappé de la fistule, pendant tout ce temps, une seule goutte de suc ; les morceaux de papier rouge de tournesol ont bleui nettement, comme vous l'avez pu voir, au contact de la baguette, humectée, par conséquent, do mucus alcalin ; les papiers bleus, au contact de la baguette de verre, n'ont, au contraire, subi aucune modification de couleur. Malgré une excitation mécanique des plus opiniâtres, nous n'avons donc pu trouver dans tout l'estomac un seul point qui possédât une réaction acide sensible. Où sont donc ces flots de suc gastrique pur dont nous entretiennent les livres classiques? Que pourrait-on objecter, d'autre part, à la valeur démonstrative de notre expérience ? Rien, à mon avis, sinon que nous avons affaire à un chien malade, dont les glandes gastriques, pour une raison quelconque, ne sont plus capables de fonctionner correctement. Cette seule objection, nous pouvons la détruire sous vos yeux. Maintenant que