‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 73 sur 130 · ACTION SECRETOIRE DE L'EXTRAIT DE VIANDE · texte numérisé non relu

ACTION SECRETOIRE DE L'EXTRAIT DE VIANDE

liquide, apparaît une première goutte de suc dans le culde-sac isolé. Dans la première heure, il est ainsi sécrété 5 centimètres cubes 3, de suc d'une puissance digestive de 4 millimètres 25 ; dans la deuxième heure, la sécrétion est de 2 centimètres cubes 6, de suc d'une puissance digestive de 4 millimètres. — Ces expériences ont souvent été pratiquées sur l'animal endormi ; naturellement, on reliait alors préalablement à la fistule la sonde de caoutchouc et l'entonnoir, par oii devait être versé le liquide. — La nature des excitants chimiques nous reste encore à présent inconnue ; cette lacune toutefois n'atteint, en rien, la réalité et l'importance du fait de l'excitation. Les substances extractives telles que la créatine, la créatinine, etc. etc., se sont montrées inactives. Nous savons toutefois, par des expériences du Dr. Lobassoff, que, lorsqu'on traite par l'alcool absolu l'extrait de viande de Liebig, les substances actives restent pour la plus grande partie dans le résidu. Nous devons espérer qu'on finira par réussir à séparer complètement les divers éléments composants de l'extrait de viande, et que l'on se trouvera mis ainsi sur la trace des excitants chimiques précis de la sécrétion gastrique, actuellement indéterminés.

Ainsi donc, à côté de l'eau, nous avons encore trouvé un autre excitant chimique actif dans l'ensemble des substances extractives de la viande. Le lait, aussi bien que la solution de gélatine, est un excitant chimique immédiat de la sécrétion gastrique. Quel est ici l'agent actif? A ce point de vue, nous ignorons absolument si cet agent se rapporte à quelque chose contenu directement dans ces substances et n'ayant besoin de subir aucune élaboration ultérieure, comme c'est le cas pour la viande, ou bien si cet agent actif se forme seulement au cours de

i58 . EXCITANTS CHIMIQUES DES GLANDES STOMACALES.

la digestion, quand Feau a déjà mis la sécrétion en train, ou enfin, s'il est le résultat de quelques modifications de ces substances. Dans la seconde hypothèse, il faudrait admettre alors que l'albumine d'œuf se distinsrue des substances constituantes du lait et de la gélatine par une plus grande stabilité, puisque, pour ce qui la concerne, la sécrétion provoquée par l'eau est impuissante à la modifier de telle sorte qu'elle puisse devenir elle-même un agent d'excitation des glandes gastriques.

Les autres aliments, tels que l'amidon et la graisse, se sont montrés inactifs dans les expériences du Dr. Chigin. L'amidon cuit ou cru, dilué en diverses proportions dans Feau, n'agit pas plus et, peut être même, agit moins que l'eau simple. On doit en dire autant du sucre de canne ou de raisin. La propriété de l'amidon d'être inactif comme excitant chimique a servi de base à l'intéressante expérience suivante du Dr. Lobassoff. Une solution d'extrait de viande de Liebig est jugée, d'après la quantité de suc écoulé, un excitant de valeur moyenne ; cela peut tenir à ce que la solution abandonne vite l'estomac, dont elle doit spécifiquement exciter la surface. On peut s'attendre à obtenir une plus grande quantité de suc, si l'on parvient, par quelque moyen, à retenir plus longtemps dans l'estomac les substances constituantes de l'extrait de viande. On fait donc une pâtée avec de l'amidon et une solution d'extrait de viande ; on coupe la masse en morceaux et on l'introduit, ainsi divisée, dans l'estomac : on obtient alors, conformément à la prévision, une quantité de suc double de celle que produit la même quantité d'extrait de viande en solution aqueuse simple. Voici cette expérience :

INEFfICAGITÉ DE L'AMIDON ET DES GRAISSES. 159

uros.

Quantité de suo.

Puissance dij^eslive.

2,8 cent, cubes.

5,0 millimètres.

0,2 — 12,3 cent, cubes.

tout

6,0 millimètres.

Cette expérience est intéressante, parce qu'elle vient à l'appui de l'iiypotlièse que nous avons émise, à savoir que toutes les substances, jusque-là examinées, exercent leur influence sur le système nerveux par mode réflexe, à point de départ au niveau de la muqueuse gastrique, et non point par action directe, après résorption préalable et transport par le sang, sur le système nerveux des glandes ou sur les glandes elles-mêmes. 11 n'est pas besoin, en effet, d'insister pour comprendre que, si l'extrait de viande agissait après passage dans le sang, il serait bien plus actif en solution simple que hiélangé à de l'amidon, ce qui rend plus difficile sa résorption.

Nous avons examiné, pour leur compte, les graisses végétales et animales. Les expériences ont été faites sur notre chien à petit estomac isolé, sur des ckiens à fistule gastrique œsophagotomisés, enfin sur un chien qui survivait depuis plusieurs mois à la section des nerfs vagues au cou. Dans tous les cas, la graisse était introduite dans l'estomac directement, en dehors de toute ingestion buccale. Les résultats ont toujours été négatifs.

Toutes ces recherches, poursuivies d'une façon isolée sur chacune des catégories d'aliments, nous amènent donc à considérer que la plupart d'entre eux n'exercent pas d'action excitante sur la sécrétion du suc gastrique.

Dans le petit nombre de ceux qui nous ont donné des résultats positifs, nous devons compter l'eau et certains éléments solubles de la viande encore indéterminés.

De ces expériences, portant sur des substances simples,, passons maintenant à d'autres, où, tout en excluant toujours l'acte de manger, nous avons introduit dans l'estomac diverses sortes d'aliments habituels. Nous verrons quelle est l'action d'ensemble résultant, pour une nourriture complexe, des actions élémentaires isolées que nous venons de passer en revue, et nous verrons comment on peut les expliquer.

Vient-on à introduire dans le grand estomac de notre chien, et à son insu, d'assez grandes quantités de viande crue pulpée, la sécrétion de suc commence, comme nous l'avons déjà dit dans la cinquième leçon, au plus tôt, de quinze à trente minutes après. Je tiens à indiquer un dispositif, que nous avons imaginé, pour introduire la viande dans Vestom.a.c (Dr. Lobasso^). Si l'on introduit la viande en morceaux par la fistule, le chien comprend ce qui se passe, et cela peut naturellement provoquer une excitation psychique de la sécrétion. Même quand le chien dort, le fait de l'introduction de l'aliment peut le réveiller, et cette introduction se trouve, dès lors, faite en état de veille. Pour éviter ces inconvénients, nous bourrons de viande, bâchée à la mécanique, un large tube de verre que nous introduisons directement dans le tube de la fistule pendant le sommeil du chien, et nous poussons la viande dans l'estomac, à l'aide d'un bâton. Le chien vient-il à se réveiller, il ne peut deviner ce qui lui est advenu, car alors tout est fini, et il se rendort immédiatement. Dans ces conditions, la viande produit toujours une sécrétion. D'après ce qui a été dit au début de cette leçon, c'est là un

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