INEFFICACITÉ DU PAIN ET DE L'ALBUMINE
phénomène prévu et facilement explicable ; il est évident que la cause principale de la mise en train de la sécrétion doit être rapportée aux substances chimiques tenues en solution dans le suc de viande. Le Dr. Lobassoff^ qui s'est occupé de cette question, a apporté à l'expérience diverses modifications, destinées à démontrer la justesse de cette opinion. Il a fait, par exemple, bouillir la viande pendant plusieurs jours, et il a constaté alors que, déposée dans l'estomac, elle ne produisait plus qu'une action sécrétoire très faible ou même nulle. Il suffisait d'ajouter un peu d'extrait de Liebig à la viande bouillie à l'excès pour faire réapparaître Faction qui appartient en propre à la viande crue.
Si l'on fait des expériences analogues avec le pain ou l'albumine d'œuf cuite, en évitant complètement toute impression psychique de ces aliments, par introduction directe dans l'estomac, on obtient, comme je l'ai déjà dit précédemment, un résultat négatif. Ces substances restent dans l'estomac deux à trois heures (c'est-à-dire pendant toute la durée de l'observation), sans exciter le moins du monde les glandes gastriques. Nous devons admettre que ce phénomène inattendu tient, d'une part, à la constitution physique ou chimique défavorable de ces aliments (combinaison avec l'eau), et, d'autre part, à ce qu'ils sont dépourvus d'excitants chimiques immédiats. Nous rappellerons les résultats négatifs des expériences faites avec l'albumine liquide, et nous ajouterons que, d'après le Dr. Lohassoff^ des infusions aqueuses de pain n'excitent pas davantage les glandes stomacales que des quantités équivalentes d'eau.
Devons-nous nous contenter de ces résultats? Nous donnent-ils l'explication complète de la marche de la sécrétion, dans l'alimentation normale? Évidemment non. Dans le cas de l'alimentation carnée, les choses peuvent Pawlow. h
être considérées comme assez claires : la sécrétion provient en partie de l'excitation psychique, en partie des excitants chimiques propres de la viande. Mais, pour ce qui a trait au résultat obtenu avec le pain et l'albumine d'œuf cuite, les choses sont nettement obscures. Ici, ce n'est encore que la première période de sécrétion, dont l'apogée correspond au facteur psychique, qui est expliquée ; les périodes ultérieures, au delà de la troisième et de la quatrième heure, se rapportent à un mécanisme inconnu, car ce n'est qu'une partie du suc sécrété que nous pouvons alors rattacher à des causes connues. Pour mieux vous faire comprendre l'importance de cette question, comparons ensemble les expériences faites avec la colle d'amidon ingérée par la bouche, d'une part, et directement introduite dans l'estomac, d'autre part. Comme je l'ai déjà dit, la colle d'amidon pure, directement introduite dans l'estomac, ne produit pas de sécrétion appréciable ; au contraire, ingérée par l'animal, elle produit une sécrétion, d'une durée de deux à trois heures. La considération attentive de ces expériences en apprend vite le mécanisme de production. La quantité de suc sécrété, dans le second cas, correspond entièrement à la sécrétion « psychique », dont nous avons appris à connaître la valeur par les expériences de repas fictif. Or, cette concordance manque, dans le cas où l'on donne à manger du pain ou de l'albumine d'œuf cuite. Ce n'est que la moitié ou un tiers du suc sécrété que l'on peut alors légitimement mettre sur le compte de l'excitation psychique ; il reste encore à trouver l'origine de l'autre partie de la sécrétion. Cette autre origine, cet autre excitant existe bien réellement ; sa réalité découle, en effet, de ce que le suc de la deuxième et de la troisième heure, dans le repas d'albumine d'œuf, ne présente pas une puissance