‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 75 sur 130 · EFFICACITÉ DE PRODUITS DE LA DIGESTION · texte numérisé non relu

EFFICACITÉ DE PRODUITS DE LA DIGESTION

digestive considérable, alors que le suc d'origine psychique est, comme je l'ai déjà dit, un des plus actifs. L'idée la plus naturelle qui se présente est qu'au cours des transformations subies par le pain et l'albumine d'œuf, sous l'influence du suc psychique, il se produit, déjà au début de la digestion, un agent chimique, capable d'agir sur l'appareil neuro-sécrétoire de l'estomac. Il est vraisemblable qu'il s'agit là de produits de la digestion, analogues ou identiques aux substances qui, dans la viande, jouent le rôle d'excitants chimiques.

En faveur de cette façon d'envisager le résultat de nos expériences, nous pouvons invoquer des faits particuliers. Si l'on retire de l'estomac d'un chien qui a mangé de l'albumine d'œuf les produits liquides de la digestion et qu'on les porte directement dans le grand estomac de notre chien à cul-de-sac gastrique isolé, on obtient alors un effet sécrétoire remarquablement plus constant et plus puissant que celui produit par une même quantité d'eau ou d'albumine liquide (Dr. Lobasso/f). La forijiation de substances chimiques digestives et excitatrices n'est toutefois pas très appréciable, car, après la sécrétion psychi-que, dont la durée est de deux à trois heures, les quantités horaires de suc, sécrétées dans le repas de pain et d'albumine d'œuf, sont bien peu abondantes. Autre exemple à l'appui de notre interprétation : dans un estomac en phase de sécrétion, que celle-ci soit d'origine psychique ou le résultat d'un repas récent, vient-on à introduire directement, à l'insu de l'animal, de l'albumine liquide, il y a alors un renforcement notable de la sécrétion (Dr. Chigin). Comment comprendre ce fait sans admettre qu'au début de la digestion de l'albumine, il se produit une substance excitante de la muqueuse gastrique? L'explication donnée pour le pain et l'albumine peut

s'étendre aussi aux matières albuminoïdes delà viande, et nous pouvons admettre que l'excitation chimique produite par la viande tient, pour une part, à des corps préexistants dans sa substance, et, pour une autre part, à des produits prenant seulement naissance au cours de la digestion.

Ces recherches nous font connaître un rôle très important et très spécial du suc psychique ou suc d'appétit. Dans le cas de la viande, ce suc aide essentiellement à l'excitation propre exercée par celle-ci et, en conséquence, augmente la rapidité de la digestion, raccourcit le temps de séjour de l'aliment dans le canal digestif. Dans le cas d'aliments autres, tels que, par exemple, le pain, ce suc constitue une condition indispensable pour que la digestion se fasse. Quand le pain ou l'albumine d'œuf sont mangés sans appétit, ou qu'ils sont introduits dans l'estomac d'un animal à son insu, ils peuvent y rester longtemps, comme s'il s'agissait de gravier, sans que se manifeste la moindre trace de digestion. Dans ces cas, le suc d'appétit est le seul agent de la mise en train du processus sécrétoire, et, en même temps, la condition nécessaire de sa continuité, car, une fois la digestion de ces aliments commencée sous son influence, elle peut alors se continuer spontanément. Le suc psychique est ici, pour ainsi dire, l'allumette qui met le feu au foyer. Aussi le Dr. Chigin l'a-t-il appelé le « suc d'amorce ». C'est là aussi vraisemblablement le motif qui fait que le suc psychique possède, pour les divers aliments, une puissance digestive sensiblement égale, assez élevée.

Il est clair que, dans le cas où le pain ou l'albumine sont pris sans appétit, l'eau ou mieux encore le bouillon et l'extrait de viande peuvent jouer le rôle d'allumette d'amorce. Il m'a été donné d'utiliser ces résultats dans la pratique et de voir, de cette façon, si notre analyse du

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