ACTION DU MÉLANGE DE VIANDE ET D'AMIDON
La confirmation brillante de l'influence du troisième facteur nous a dispensé d'examiner le second. Le résultat de notre expérience, que nous avons souvent reproduit et qui constitue, à mon sens, un document important, nécessite toutefois, pour la compréhension de son mécanisme intime, des études complémentaires. La combinaison de l'amidon avec les substances albuminoïdes de la viande peut exercer son influence par des modes divers. On peut supposer que la colle d'amidon est un agent d'excitation indifférent pour les fibres sécrétoires, mais puissant pour les fibres trophiques. Une autre explication se présente aussi. Nous savons déjà par la deuxième leçon que, dans le repas de viande, le suc est, à partir de la deuxième heure, doué d'une puissance digestive qui va en décroissant, et que, vers la fin de la sécrétion seulement, il reprend de nouveau une plus grande valeur. Comme le suc psychique, auquel nous avons affaire dans la première heure qui suit l'ingestion d'aliments, est toujours un suc de puissance digestive plus ou moins considérable, la baisse de cette dernière, dans la deuxième heure, doit être attribuée àJ'action propre des excitants chimiques de la viande. Dès lors, l'amidon mélangé à la viande, pourrait exercer quelque influence inhibitrice sur l'action des éléments composants de la viande qui diminuent la puissance digestive du suc. Nos documents de laboratoire ne nous permettent pas encore de donner une conclusion ferme à cette question ; mais c'est beaucoup déjà que de poser le problème, et d'en fixer le plan d'analyse expérimentale.
Quoi qu'il en soit, voilà donc un nouveau fait qui se dresse devant nous : une substance, incapable par ellemême de provoquer une sécrétion de suc gastrique, peut,
quand elle est mélangée aux substances excitantes de la viande, exercer une influence modificatrice nette et déterminée sur le travail des glandes stomacales.
A la question que nous examinons, en ce moment, à savoir comment l'amidon agit sur la sécrétion du suc gastrique, se rattache naturellement celle de l'action parallèle des graisses. De même que l'amidon, les graisses n'exercent aucune action immédiate, par elles-mêmes, sur les glandes gastriques. Mais il ne s'ensuit pas davantage qu'elles soient inactives, quand elles précèdent ou accompagnent d'autres aliments dans le tube digestif. Dans le cours de nos recherches sur la détermination de l'action de la graisse, il nous a été donné de mettre en lumière un nouveau fait important pour la connaissance du processus sécrétoire, tout comme nos études sur le mélange de l'amidon à la viande nous avaient permis de découvrir le fait intéressant de l'influence de l'amidon sur l'état qualitatif du suc sécrété.
Si, chez notre chien, on introduit dans le grand estomac, soit par la sonde, soit par l'orifice fistulaire, 100 centimètres cubes d'huile de Provence, ce qui, comme nous le savons déjà, ne provoque aucune sécrétion, et qu'on donne à manger à l'animal, une demi- heure à une heure après, sa ration habituelle de 400 grammes de viande, la marche de la sécrétion du suc est alors diff"érente de celle que produit ce même repas, sans administration préalable d'huile (Dr. Chigin). Au lieu des cinq à dix minutes habituelles, voilà que, maintenant, nous devons attendre une demi-heure à une heure avant tout début de sécrétion. Celle-ci apparaît enfin, toutefois encore très faible; en deux ou trois heures nous obtenons (petit estomac) 3 à 5 centimètres cubes de suc, au lieu des 10 à 15 sécrétés à l'ordinaire ; et c'est seulement à une période plus tardive