ACTION INHIBITRICE DE LA GRAISSE
que les quantités de suc se rapprochent de la normale. Les mêmes modifications de la courbe sécrétoire, dans le cas de la viande, se produisent si la graisse est introduite dans l'estomac aussitôt après l'ingestion de la viande. La seule différence consiste en ce que la sécrétion débute alors dans le temps normal après le repas ; la quantité de suc sécrété est également normale, et c'est plus tard seulement qu'apparaît une influence inhibitrice sur la sécrétion. Il en est de même, enfin, si l'on mélange la graisse aux aliments que l'on donne à manger au chien. Dans tous ces cas (expériences du Dr. Lohassoff)^ on observe une diminution de la quantité de suc sécrété et un abaissement de sa puissance digestive. Soit une de ces expériences, à titre d'exemple, avec, en regard, et opposés les uns aux autres, les chiffres de la sécrétion normale du repas de viande et ceux de la sécrétion modifiée sous l'influence de la graisse :
Sécrétion normale après un repas de 400 grammes de viande.
ures.
Quantité de suc.
Puissance dige'tive.
17,8 cent, cubes.
6,25 millimètres.
3,38 — etc
Sécrétion avec la même ration, après séjour dans l'estomac de 75 c. c. d'huile d'olive, pendant 1 h. 1/2.
Heures. (Juantilû de suc. Puissance digestive.
1 4,3 cent, cubes. 4,25 millimètres.
Nous sommes là en présence d'un fait nouveau, tout à fait frappant : la graisse est un agent d'inliibition qui restreint la puissance normale du processus sécrétoire.
Comment doit-on interpréter cette action ? Si l'on considère que, dans notre expérience, la sécrétion observée provient du cul-de-sac stomacal isolé, on peut expliquer les choses de deux manières. La graisse inhibe le processus sécrétoire, soit par un mode exclusivement mécanique, en constituant une couche de recouvrement de la muqueuse de l'estomac et en empêchant l'excitation chimique alimentaire des terminaisons nerveuses, soit, par un mode réflexe, en inhibant les centres des nerfs sécrétoires ou en excitant les nerfs d'arrêt des glandes. Dans l'état actuel des choses, nous devons nous en tenir surtout au second mécanisme d'action. Comme nous l'avons déjà vu, l'activité sécrétoire dans le repas de viande débute toujours par le suc psychique, c'est-à-dire par une sécrétion d'origine centrale. Or, c'est justement cette période de la sécrétion qui se trouve, avant toute autre, inhibée par la graisse, comme il ressort nettement de nos expériences.
En raison de la grande importance de l'action inhibitrice de la graisse, nous nous sommes préoccupé (Dr. Lobassoff) de varier les expériences de toutes les façons possibles. A un chien gastro-œsophagotomisé, on fait prendre un repas fictif de courte durée, d'une minute, par exemple, et l'on note avec précision le moment du début de la sécrétion, la quantité et les propriétés qualitatives du suc. Puis on verse dans l'estomacdu chien 50 à' 100 centimètres cubes d'huile, et, un quart d'heure ou une demi-heure après, ou même plus tard, on réadministre un repas fictif, dans les mêmes conditions de durée et de quantité. Tantôt on laisse s'échapper l'huile de l'estomac, immédiatement avant l'administration du repas fictif; tantôt on maintient son séjour dans l'estomac, pendant l'administration de ce repas. Dans ce dernier cas,
la sécrétion du suc est observée à l'aide d'un tube de verre fermé à son orifice extérieur et enfoncé dans la canule de la fistule. Le suc de densité plus forte doit naturellement venir se rassembler au fond du tube et être ainsi nettement observable. Dans tous les cas, sans exception, on observe un affaiblissement notable de la sécrétion psychique ; souvent il n'y a même aucune sécrétion, et, quand elle se produit, le début en est plus tardif, la quantité moindre, et la puissance digestive plus faible. Sur le chien à petit estomac isolé et œsophagotomisé, l'expérience se montre particulièrement démonstrative :
Repas fictif de six minutes de durée.
Heures. Quantité de suc. Puissance digestive.
1 4,0 cent, cubes. \
2 1,0 — / 4,75 millimèties.
On introduit alors dans l'estomac 100 centimètres cubes d'huile d'olive. Trente minutes plus tard, repas fictif de six minutes. En deux heures, le petit estomac n'a encore rien sécrété. De nouveau, repas fictif de six minutes. En une heure, il se rassemble 1",8 de suc, de puissance digestive de 4 millimètres.
Il est très intéressant de constater qu'un repas fictif de longue durée est capable de triompher de l'action inbibitrice de la graisse.
Quand on voit la graisse affaiblir l'action d'un excitant aussi puissant que l'agent psychique, on comprend que cette action soit d'autant plus manifeste vis-à-vis des substances, dont l'action excitatrice s'exerce par contact immédiat avec la muqueuse gastrique. Ce qu'il ne nous est pas permis d'affirmer en toute certitude, d'après nos documents expérimentaux, c'est le fait de savoir si l'on doit
accorder au revêtement de la muqueuse par la couche de graisse quelque part dans l'effet d'inhibition sécrétoire.
L'action propre de la graisse, que nous venons d'examiner, peut nous expliquer la paresse initiale de la sécrétion dans le repas de lait et la faible puissance digestive du suc de lait. La graisse contenue dans cet aliment n'estelle pas ici la cause directe de ce qui se passe? Nous avons pensé pouvoir résoudre la question expérimentalement, en administrant à notre cliien de la crème, c'està-dire du lait plus riche en graisse. Si la graisse est la cause principale de l'affaiblissement de la puissance digestive du suc de lait, le suc sécrété sous l'influence de la crème doit encore être plus faible. Or, c'est précisément le cas. Voici un tableau comparé de la sécrétion obtenue avec le lait et avec la crème (Dr. Lobassoff) :
HEURES