PETIT ESTOMAC, MIROIR DU GRAND
Nous avons, dès lors, une double raison à invoquer pour expliquer la paresse de la sécrétion dans le repas de lait et la pauvreté en ferment du suc de lait : d'abord, le peu d'intensité du facteur psychique, dans le cas particulier, et l'influence inhibitrice de la graisse.
C'est ici le moment de discuter deux questions très importantes qui, depuis longtemps, attendent leur solution, et dont la première a trouvé place déjà dans la première leçon, tandis que nous avons rencontré la seconde au début de cette leçon-ci. La première se rapporte à la légitimité de notre considération que le petit estomac représente toutes les conditions d'activité sécrétoiredu grand, qu'il est, suivant l'expression du Dr. Chigin^ comme le miroir de ce dernier. La seconde est relative au fait de savoir si nous devons admettre que les diverses substances capables de provoquer une sécrétion de suc gastrique ou de modifier le cours d'une sécrétion déjà existante agissent effectivement sur la muqueuse du conduit digestif, c'est-à-dire sur les terminaisons périphériques des nerfs centripètes qui se trouvent à sa surface. Ces questions sont connexes l'une de l'autre, et c'est pour cela qu'elles doivent être résolues ici conjointement. Je commence par la première. Quiconque prend pour la première fois contact avec nos expériences sur la sécrétion du suc gastrique doit être frappé du fait que le petit estomac reste complètement vide, pendant que le grand, après l'ingestion du repas, est rempli d'aliments à la façon habituelle. On pourrait penser que le contact avec l'aliment, dans un cas, et l'absence de contact, dans l'autre, doivent produire une différence énorme dans les conditions de travail des deux estomacs. Après un examen minutieux des faits, nous pouvons dire avec
assurance que cette circonstance, en apparence si importante, ne l'est pas du tout en réalité. Quand, au début de l'alimentation, le suc s'écoule de notre cul-de-sac stomacal, son activité, à ce moment, doit être tenue pour identique à celle du grand estomac. Après tous les faits rapportés dans cette leçon et dans les deux précédentes, une telle opinion se comprend, sans qu'il soit utile d'insister; le processus de sécrétion, mis en train par l'excitation psychique des centres nerveux sécrétoires, se transmet à tous les points de la muqueuse et à toutes ses glandes, aussi bien dans le grand que dans le petit estomac. — Mais alors, ceci prouvé, nous devons, en nous plaçant toujours au même point de vue, voir aussi dans les autres phases du processus sécrétoire une activité du système nerveux. Naguère on n'était pas arrivé, malgré les efforts de nombreux travailleurs, à connaître l'innervation des glandes stomacales; Cette innervation est maintenant établie, on la sait complexe, et son travail doit se manifester. Si le début du proc^sus sécrétoire est identique dans les deux estomacs, comment vont les choses plus tard, alors que la sécrétion est provoquée par une action locale des aliments, c'est-à-dire, pour parler do faits objectifs, quand survient la période dans laquelle l'action du facteur psychique est déjà épuisée? Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on voit le petit estomac continuer à sécréter, alors que la sécrétion psychique a déjà disparu ou qu'elle ne s'est pas du tout produite. Ce qu'il y a de certain encore, c'est que le petit estomac sécrète, même en l'absence de sécrétion psychique, comme, par exemple, dans le cas d'introduction directe de viande dans l'estomac du chien, à son insu. Ces faits vont servir de base à notre démonstration. Comment peuvent-ils se produire? Comment des phénomènes locaux du grand