‹ Le travail des glandes digestives :Chapitre 82 sur 130 · PARALLÉLISME DU GRAND ET DU PETIT ESTOMAC · texte numérisé non relu

PARALLÉLISME DU GRAND ET DU PETIT ESTOMAC

cinq heures et devient d'heure en heure toujours plus faible. De plus, les chiens de Heidenhain ne présentent pas les différences de travail, que nous avons apprises à connaître dans la seconde leçon, sous l'influence des diverses espèces d'aliments. Chez ces chiens, les oscillations du travail sécrétoire sont commandées par la teneur en eau des aliments absorbés.

Ces considérations ne sont toutefois pas les seules bases de notre conviction relative au bien fondé de notre méthode. L'observation directe nous a prouvé le parallélisme complet de travail du grand et du petit estomac, et ainsi, du même coup, démontré la justesse de toutes nos déductions jusqu'à ce moment. Rappelons les faits qui s'y rapportent et comparons-les. Dans la cinquième leçon, nous avons exposé une expérience de repas fictif sur notre chien à petit estomac et œsophagotomisé, et nous avons indiqué les chiffres obtenus. Comme vous vous en souvenez, la sécrétion des deux estomacs se trouvait dans un rapport parfait. L'absence d'effet du repas fictif chez les chiens à estomac isolé d'après le procédé de Heidenhain concorde parfaitement, de son côté, avec le résultat négatif que donne aussi le repas fictif chez les chiens à estomac intact, mais à nerfs vagues sectionnés. Cette similitude dans l'activité des deux estomacs se présente aussi avec les excitants qui agissent directement sur l'estomac lui-même. L'eau provoque une sécrétion aussi bien dans le grand que dans le petit estomac. De même l'extrait de viande de Liebig; les solutions d'extrait ont, en outre, dans les deux estomacs, une action plus marquée que l'eau. L'albumine d'œuf et l'amidon, sous la forme solide ou liquide, laissent les deux estomacs au repos; ni dans l'un, ni dans l'autre, la graisse ne provoque de sécrétion, mais détermine bien

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plutôt une action inhibitrice. Bref, nous ne connaissons pas un seul cas, dans lequel l'activité sécrétoire des deux estomacs se soit montrée différente. Je tiens pour essentiel de faire remarquer ici que beaucoup de faits recueillis sur notre chien à estomac isolé ont été reproduits et confirmés sur un grand nombre de chiens porteurs d'une fistule gastrique ordinaire et œsophagotomisés. Dans ces derniers temps, chez un deuxième chien auquel nous avons isolé un cul-de-sac stomacal, d'après notre procédé, nous avons reproduit d'une façon absolument typique les faits principaux observés chez le premier.

Il est facile de voir que nous venons de répondre, en même temps, à notre deuxième question, à savoir : le lieu d'action des substances excito-sécrétoires. S'il est prouvé que l'ensemble du travail sécrétoire est d'origine nerveuse et, à l'exception de la sécrétion psychique, se produit par un mode réflexe, cela démontre^ en même temps, que c'est sur les extrémités périphériques des nerfs centripètes, soit sur la muqueuse du canal du tube digestif, que l'excitant a son point d'application. Le fait ne se produit toutefois qu'en des territoires déterminés. Il n'existe pas de réflexe, comme on l'a vu, ayant son point de départ au niveau du rectum pour se réfléchir sur les glandes gastriques. D'autre part, des expériences personnelles, que j'ai récemment publiées, démontrent qu'un tel réflexe peut partir de l'intestin grêle, comme de l'estomac. Chez un chien, porteur d'une fistule gastrique et d'une fistule duodénale, avec canules métalliques, on établit entre le pylore et l'intestin grêle une cloison muqueuse semblable à celle que nous avons décrite dans notre opération du petit estomac isolé. Chez ce chien, on peut provoquer une sécrétion gastrique, soit en introduisant des substances excitantes dans l'estomac, soit en les

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introduisant seulement dans l'intestin grêle (1). — Il reste naturellement encore à considérer s'il n'est pas possible, à l'extrême rigueur, que l'aliment, en dehors de son action excitante réflexe, exerce encore une influence prochaine, immédiate, sur les glandes. Cette supposition, autrefois admissible, alors qu'on ne connaissait pas les éléments de l'innervation gastrique, doit nous apparaître maintenant comme tout à fait insoutenable. Il faudrait admettre (combien est peu physiologique cette supposition !) que les aliments, pour pouvoir exciter les glandes gastriques, traversent, en quelque sorte, la muqueuse stomacale dans son épaisseur ; mais cette hypothèse est maintenant d'autant plus invraisemblable encore, que les recherches récentes restreignent précisément la capacité de résorption de la surface interne de l'estomac. Il ne faudrait pas oublier, en outre, que, même s'il se fait une résorption, elle n'amène pas nécessairement la pénétration des substances dans les glandes à pepsine. On ne peut pas admettre davantage que, ces substances pénètrent par les orifices des tubes glandulaires, car, pendant la sécrétion, le courant liquide va justement de la lumière des tubes glandulaires à la cavité de l'estomac. A l'appui de l'idée que nous combattons, on a fait valoir l'analogie des phénomènes qui se passent chez les plantes insectivores. Cette analogie est toutefois à peine justifiée. Chez les plantes, il n'y a pas encore de système nerveux différencié en tissu et en système particulier ; ses fonctions sont partagées entre toutes les cellules; ici, au contraire, les glandes gastriques ont à leur service un appareil d'innervation très compliqué. Malheureusement il n'est pas possible, autant qu'il m'apparaisse, de réfuter par des

(1) PAwr.ow, Société des médecins russes de Saint-Pétersbourg, 28 septembre 1900.

expériences directes cette hypothèse invraisemblable ; on l'oubliera peu à peu, au fur et à mesure qu'elle cédera la place aux recherches sur les phénomènes neuroglandulaires, qui attireront certainement toujours deplus en plus l'attention.

Après vous avoir montré que toute l'activité sécrétoire de l'estomac tient à des processus nerveux, je dois encore une fois vous présenter, dans une vue synthétique, le matériel de documents qui nous donnent l'image du travail de l'appareil d'innervation des glandes gastriques. Dans l'immense majorité des cas, la digestion gastrique commence par une forte excitation centrale (automatique) des fibres sécrétoires et trophiques des glandes stomacales. Plus ou moins longtemps après l'ingestion des aliments commence, dans l'estomac, le jeu des excitations réflexes, tandis que l'excitation automatique^ psychique, disparait peu à peu. S'il s'agit d'un repas de viande, le centre des fibres sécrétoires se trouve fortement excité par les substances extractives, suivant un mode réflexe à point de départ au niveau de l'estomac et de l'intestin, pendant que le centre des fibres trophiques ne reçoit des terminaisons périphériques qui lui correspondent que de faibles excitations. Dans le cas d'un repas de pain, les fibres sécrétoires, après l'extinction de l'excitation automatique, ne sont, au contraire, que faiblement excitées, tandis que les fibres trophiques sont fortement impressionnées au niveau de leurs terminaisons périphériques. Dans le cas, où de la graisse est mélangée à la nourriture, les centres reçoivent des impressions réflexes inhibitrices, qui exercent leur influence d'arrêt de la même manière sur l'activité des nerfs sécrétoires et des nerfs trophiques.

Le travail des glandes gastriques, ainsi décrit, est celui

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