L'ACIDE, EXCITANT SPÉCIFIQUE
Nous devons être convaincus que, par l'emploi de l'acide à 0^5 p. 100, nous n'avons pas encore atteint le plus haut degré de l'activité glandulaire. — D'autre part, autant qu'il est possible d'en juger d'après quelques essais qui n'ont pas été poursuivis systématiquement, la sensibilité du pancréas est à peu près la même que celle de notre appareil gustatif : un liquide, qui a juste le goût acide, exerce également tout juste une action sur la glande pancréatique. La proportionnalité d'action de l'acidité et la grande sensibilité du pancréas à celle-ci nous renforcent déjà dans la pensée que l'acide ne constitue pas un excitant ordinaire et général, mais bien un agent spécifique d'excitation du pancréas. C'est là une conclusion d'autant plus vraisemblable que le même acide reste parfaitement inactif vis-à-vis des glandes gastriques. Nous sommes en possession toutefois d'expériences plus convaincantes encore. Nous avons souvent (Prof. Schirokich) étudié comparativement, d'une part, l'action d'excitants tels que le poivre et la moutarde, et, d'autre part, celle des acides. Avec les premiers, nous n'avons pu mettre en évidence aucune espèce d!action excitante glandulaire. Nous utilisions des décoctions de poivre rouge et des mixtures d'eau et d'huile de moutarde, d'une force telle, que c'est à peine si le canal digestif pouvait les supporter, sans qu'il y eût vomissement de l'animal. Sur la langue, ces liquides provoquaient une sensation de brûlure marquée ; mais ils n'exerçaient pas la moindre action excitante sur le pancréas, tandis que des solutions acides faibles provoquaient immédiatement et, sans exception, une sécrétion de suc pancréatique. Les expériences du Dr. Gottlieb (1), pratiquées
(1) Arcli. f, experim. Palhol. u. Pharmak., Bd. XXXIII.
sur le lapin avec les mêmes substances, moutarde et poivre, et qui ont donné des résultats opposés aux nôtres, doivent être interprétées d'une façon autre que le fait l'auteur. Il est évident qu'il y eut, dans ce cas, grâce aux fortes doses de substances administrées, une destruction de la muqueuse telle, que les nerfs centripètes euxmêmes furent excités, mais non point leurs extrémités périphériques, douées seulement d'une excitabilité spé cifique. — Il me semble que ces données suffisent à permettre une réponse affirmative à la question de savoir si l'acide est un excitant spécifique du pancréas. Comme conséquence logique découle alors l'hypothèse nouvelle que le contenu stomacal doit exciter la glande pancréatique, du fait même de sa réaction acide. Il n'est naturellement pas difficile de soumettre cette hypothèse à l'épreuve. Tout d'abord, on peut se convaincre que le suc gastrique pur est pour la glande pancréatique un excitant de la même énergie qu'une solution chlorhydrique d'acidité égale. Des solutions des diverses espèces de sucre, de peptone, d'albumine, ne se montrent des agents excitateurs de la glande pancréatique, après introduction directe dans l'estomac, que si elles sont douées d'une forte, réaction acide. Neutres ou alcalines, ces solutions ont uii pouvoir sécrétoire égal à celui de Teau ou plus faible encore. Notre déduction sera, en outre, particulièrement justifiée, si nous réussissons à faire disparaître l'action sécrétoire du contenu stomacal par neutralisation du cbyme. C'est ce qui arrive précisément en fait. Chez un animal, pris en pleine digestion et en période de sécrétion abondante de suc pancréatique, vient-on à introduire dans l'estomac, par la sonde ou par la fistule, de la soude, de l'eau de chaux ou du suc pancréatique, on remarque alors, déjà au bout