ACTION DE LA GRAISSE
mélangé à de l'huile. Dans d'autres expériences, le mucus évacué de l'estomac se trouvait mélangé tôt ou tard avec de la bile ou un liquide bilieux; ce liquide avait une réaction alcaline, contenait de la graisse en suspension et était évidemment rejeté de l'intestin dans l'estomac par des contractions antipéristaltiques. Néanmoins, pendant tout ce temps, le suc pancréatique était sécrété en abondance par la fistule. Nos diverses observations excluent l'idée qui se présente immédiatement que, dans l'intestin, par suite d'un dédoublement rapide de la graisse, il se produit une réaction acide, dont l'effet prédomine alors et se traduit par une excitation du pancréas ; pendant une heure et plus encore, l'intestin ne présente pas trace de réaction acide. Toutes ces expériences nous donnent le droit de conclure que la graisse est un excitant propre de la glande pancréatique. Celles du Dr. Walther nous autorisent à plus encore et démontrent indubitablement que la graisse n'excite pas seulement la sécrétion proprement dite du suc pancréatique, mais augmente encore la teneur de ce suc en ferment lipolytique. Dans les deux premières heures qui suivent un repas de lait, il est sécrété un suc qui est exceptionnellement riche en ferment lipolytique; or, vient-on à priver le lait par filtration de sa teneur en graisse, le suc produit, tout en n'étant pas modifié quant à son abondance et quant à la marche de la sécrétion , se distingue alors par la grande diminution relative de son pouvoir lipolytique. Si l'on mélange de nouveau le filtratum de lait à de la graisse et que l'on reproduise ainsi synthétiquement le lait, le suc pancréatique s'enrichit parallèlement en ferment des graisses, jusqu'à concentration caractéristique du suc de lait. Pour ce qui se rapporte maintenant au point d'exci-
tation où s'exerce raction de la graisse, nous pouvons supposer, en nous appuyant sur des expériences que nous avons faites, que l'excitation a lieu au niveau de la muqueuse du duodénum. Nous avons, en effet, souvent observé une sécrétion intense et de longue durée de suc pancréatique, alors que l'estomac était complètement vide de graisse. Le mécanisme de l'excitation du pancréas par la graisse a vraiment à peine besoin d'une explication particulière. En raison de Findifférence chimique de la graisse, on ne peut guère penser à une action s'exerçant par l'intermédiaire du sang. Mais la graisse peut bien exciter les terminaisons péripliériques qui sont spécialement destinées à réagir à toutes les influences possibles : chimique, mécanique et autres.
Je tiens à intercaler ici quelques remarques. Dans les expériences précédentes avec l'huile, il s'écoule, comme nous l'avons dit, pendant une à deux heures, hors de l'estomac, un liquide semblable à une émulsion. Ce fait donne l'impression que le duodénum forme aussi une cavité bien délimitée, comme l'estomac, et que le contenu en est constamment repoussé d'une extrémité à l'autre. Dans notre cas, ce contenu se compose de graisse, mélangée aux agents qui l'influencent — bile et suc pancréatique — et, à ce titre, émulsionnée et dédoublée. Ordinairement, au bout d'une à deux heures, le liquide émulsionné est acide. Quand l'estomac est vide, la cavité duodénale peut s'élargir à ses dépens. — La seconde remarque se rapporte au sommeil des animaux pendant l'expérience. Comme je l'ai déjà fait remarquer, le sommeil n'exerce pas la moindre influence sur le travail sécrétoire des glandes gastriques. En ce qui concerne la glande pancréatique, on avait, il y a quelques années.