INFLUENCE DU SOMMEIL
défendu catégoriquement, dans notre laboratoire, cette opinion que le sommeil suspendait presque toute sécrétion de suc pancréatique, même quand celle-ci était en pleine activité. Des observations ultérieures ont montré que c'était là une erreur. Les conditions qui l'ont engendrée ne sont pas sans intérêt. L'auteur, qui défendait l'opinion en question, paraissait en avoir complètement le droit : quand le chien s'endormait, la sécrétion cessait brusquement et devenait nulle. Mais pourquoi ? En dehors du rapport supposé par l'auteur, il pouvait y avoir une autre corrélation, d'un caractère accidentel, entre le sommeil de l'animal et le tarissement de la sécrétion, la corrélation suivante, par exemple : nos chiens sont, dans leurs niches, bouclés dans des guêtres de cuir particulières, que nous appelons des bottes. Quand le chien sendort, il prend naturellement une position passive telle, que son corps pend dans les courroies de la botte ; le revêtement cutané est alors distendu et, en beaucoup d'endroits, déplacé de ses rapports habituels. Il peut arriver très facilement que le conduit excréteur de la glande pancréatique^ qui traverse la peau, soit coudé et comprimé, et qu'ainsi se produisent des modifications concomitantes de la sécrétion pancréatique n'ayant qu'un rapport tout à fait artificiel et accidentel avec le sommeil du chien. C'est là un fait qui est une preuve de plus que, dans la conduite des expériences physiologiques, il faut tout le temps prendre garde même aux plus petits détails.
Nous allons maintenant passer à d'autres excitants, à ceux qui se sont montrés actifs vis-à-vis de la sécrétion du suc gastrique. Ne seraient-ils pas actifs aussi vis-à-vis de la glande pancréatique? A ce groupe se rattachent
l'excitant psychique, l'eau et les substances extractives. Théoriquement, on pourrait répondre à cette question aussi bien par l'affirmative que par la négative. Si le sentiment d'appétit et l'eau sont nécessaires pour assurer la mise en train de la sécrétion gastrique, cela pourrait être aussi le cas pour le suc pancréatique, quoique sa sécrétion soit essentiellement sous la dépendance de la digestion gastrique (par l'intermédiaire de l'action de l'acide). Mais, dans le cas d'une maladie de l'estomac, la glande pancréatique justement se trouve privée de son excitant principal; or, nous connaissons des états pathologiques dans lesquels l'acide chlorhydrique fait pendant des mois défaut dans le suc gastrique et dans lesquels, malgré cela, la digestion s'effectue passablement. Pour assurer ainsi une grande indépendance à la glande pancréatique, TOUS devrions être enclins à reconnaître l'efficacité des excitants que nous venons de mentionner. Nous conclurons d'après les faits.
Nous avons ajourné cette question intentionnellement à la fin de cette leçon, parce que sa solution est étroitement liée aux rapports que nous avons constatés plus haut. Les expériences qui concernent les excitants spéciaux du pancréas sont, comme nous l'avons vu, très simples. Les choses sont tout à fait différentes pour les agents qui sont en même temps des excitants de la sécrétion gastrique. Ils peuvent être, à vrai dire, des excitants naturels et médiats du pancréas par l'intermédiaire de l'acide du suc gastrique; ce n'est pas là cependant encore une question résolue. Il est nécessaire de démêler s'ils ne sont pas capables d'agir aussi par eux-mêmes directement, indépendamment de l'acidité du suc gastrique, et cela n'est vraiment pas facile.
Le Dr. Kuwschinski avait montré, depuis longtemps
L'EXCITANT PSYCDIQUE. 203
déjà, que, si l'on agaçait un chien à jeun en lui montrant des aliments, on provoquait parfois une très énergique sécrétion de suc pancréatique. Sa conclusion toutefois, qui était alors parfaitement légitime, à savoir, que les nerfs du pancréas sont excités par voie psychique, exige maintenant, de toute évidence, un nouvel examen. N'avonsnous pas affaire ici à l'action excitante du suc gastrique, qui s'est collecté dans l'estomac sous l'influence de l'agent psychique ? Il était nécessaire de répéter l'expérience sous une forme qui éliminât l'intervention de l'acide. Au début, nous avions beaucoup espéré d'un modus operandi compliqué : nous pratiquions à un chien l'œsophagotomie, puis nous établissions une double fistule gastrique et pancréatique. Nous soumettions alors l'animal ainsi préparé au repas fictif, en laissant sa fistule gastrique ouverte^ et nous pouvions ainsi observer l'apparition ou le renforcement de la sécrétion pancréatique. Le résultat de cette expérience était cependant à double sens ; il n'eût été tout à fait décisif que s'il ne se fût pas écoulé de suc, dans notre manière de procéder. Il se présentait à nous, en effet, une hypothèse. Il pouvait se faire que, même avec la fistule gastrique ouverte, une partie du suc gastrique ait réussi à pénétrer dans le duodénum. Il y avait, il est vrai, un moyen de résoudre la question : c'était de déterminer la période latente du repas fictif pour le pancréas. La période latente de la sécrétion gastrique, comme je l'ai déjà dit, a, chez le chien, un minimum rigoureusement limité, qui n'est jamais inférieur à quatre minutes et demie. Le suc pancréatique, au contraire, commence à s'écouler deux à trois minutes après l'introduction de l'excitant, d'un acide, par exemple. Dans l'expérience de l'agacement par la présentation d'aliments, la sécrétion
est habituellement renforcée ; elle se produit déjà deux à trois minutes après le début de la mimique. Ceci me parait déposer en faveur d'une action immédiate du facteur psychique sur les nerfs sécrétoires de la glande pancréatique, comme cela a été constaté depuis longtemps déjà pour le centre des nerfs sécrétoires de l'estomac. A ce mécanisme aussi se rapporte vraisemblablement un phénomène que l'on peut souvent observer, quand on suit la sécrétion du suc pancréatique chez un animal à jeun. Après un borborygme, il apparaît une sécrétion pancréatique plus ou moins abondante, tandis que les glandes gastriques restent tout à fait au repos. On peut se figurer qu'un désir fugace d'aliments incite facilement à fonctionner les centres des nerfs moteurs de l'intestin et des nerfs sécrétoires du pancréas, alors qu'il est insuffisant à exciter la sécrétion gastrique plus paresseuse (celle-ci a bien, en effet, une période latente plus longue). Il est, en outre, possible que le centre des nerfs du pancréas, en raison du fait que cet organe appartient à la partie intestinale de l'appareil digestif, soit plus ou moins étroitement associé au centre des nerfs moteurs de l'intestin. Or, l'excitation psychique des mouvements de l'intestin est un fait connu de tous et passé en proverbe, quand on dit, par exemple, que l'estomac crie famine chez l'individu qui est à jeun depuis longtemps. En tout cas, la question de l'excitation psychique du pancréas devra être encore le sujet d'études ultérieures.
Les mêmes questions, qui se présentent à propos de l'excitation psychique, se retrouvent, en ce qui concerne les rapports de l'eau avec le pancréas. L'introduction d'eau dans l'estomac provoque la sécrétion de suc pancréatique. Pourquoi donc? Est-ce parce que l'eau