L'EAU ET LES SUBSTANCES EXTRACTIVES
excite en propre la glande pancréatique, ou bien parce qu'elle est préalablement acidifiée par le suc gastrique? Les expériences destinées à résoudre cette question ont été exécutées d'après la même méthode que pour la graisse (Dr. Damaskin). Vient- on à verser dans l'estomac d'un chien, à son insu, et les glandes gastriques étant au repos, loO centimètres cubes d'eau, on voit, deux à trois minutes après, la sécrétion de suc pancréatique commencer ou se renforcer notablement. Attend-on encore une à deux minutes, puis évacue-t-on l'estomac, on recueille alors habituellement un peu d'eau ou mieux un liquide neutre ou quelque peu alcalin. Parfois, la sécrétion de suc pancréatique persiste, quelque temps même encore après Tévacuation de Testomac, quoiqu'il ne se produise pas de sécrétion particulière de suc gastrique ou qu'il n'en apparaisse qu'au bout de dix minutes. La conclusion qui s'impose est claire et libre de toute objection : l'eau est un excitant propre, direct, de Tappareil d'innervation du pancréas.
Enfin, la dernière question. Comment agissent les excitants chimiques des glandes gastriques, que -nous avons trouvés dans les substances extractives de la viande? Les expériences relatives à ce sujet ont été faites de même façon que celles relatives à l'eau pure, et nous avons observé le même résultat, à savoir : après l'introduction d'une solution d'extrait de viande, la sécrétion pancréatique commence aussi rapidement que dans le cas de l'eau, sans être, dans aucun cas, plus abondante.
Si nous faisons maintenant la somme des faits que nous avons rassemblés, nous pouvons dire qu'il existe quelques excitants communs aux glandes gastriques et au pancréas ; c'est, d'abord, peut-être le facteur psychique, le désir
passionné de Taliment, et ensuite sûrement l'eau. Mais les deux organes ont alors leurs excitants spéciaux : pour les glandes gastriques, des substances extractives de la
viande; pour le pancréas, les acides et les graisses.
Il faut encore nous arrêter quelque temps aux phénomènes d'inhibition, qui se manifestent, en certains cas. dans l'activité de la glande pancréatique. Comme nous l'avons déjà signalé, les solutions d'alcalis et de sels alcalins des métaux alcalins non seulement ne sont pas des excitants de la sécrétion pancréatique, mais bien plus, exercent sur elle une action inhibitrice. Je vais décrire ces expériences plus en détail. — On a comparé l'action sécrétoire des solutions que je viens de dire avec celle de l'eau pure. Dans tous les cas, on a obtenu avec les solutions une sécrétion remarquablement plus faible de suc pancréatique. J'emprunterai au travail du Dr. Bêcher quelques chiffres relatifs à ce sujet. Le suc est recueilli et noté toutes les demi-heures :
Introduction Administratioude 2 gr. Introduction
de 230 c. c. d'eau de bicarbonate de soude de £50 c. c. d'eau
dans reslomac. dans 250 c. c. d'eau. dans l'estoiuac.
L'action inhibitrice a été examinée aussi sous une autre forme, permettant plus particulièrement de se rendre compte de son temps de durée. Par la sonde, on verse dans l'estomac du chien la solution dont on se propose l'examen. Une heure plus tard, le chien reçoit son repas habituel, et la sécrétion tjui en résulte est comparée à la sécrétion normale. On constate toujours, de la sorte, une diminution considérable de la sécrétion.