PL. X
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LE BRONZE d’aPPARTEMENT
le cadran, une pendule en cuivre repoussé par Alfred Daguet, à décor floral, plusieurs modèles ingénieusement découpés dans le cuivre par Franck Scheideker, des horloges par Fix-Masseau, Ed. Becker, Carabin, Max Blondat, Larché et quelques autres.
Le port de plus en plus fréquent de la montre-bracelet à cadran apparent n’est pas fait pour faciliter un renouveau prochain de la belle penduîerie.
Pour des raisons plus impérieuses encore, la cheminée à décor de bronze, telle que la concevaient les fondeurs-ciseleurs de Versailles, disparaît progressivement. C’est dans les expositions universelles que l’on voit des ensembles décoratifs comme celui que le sculpteur Lelièvre avait modelé pour la maison Bubon en 1900, où V Hiver était représenté par un mascaron de vieillard entouré de feuillages de houx et de chrysanthèmes, tandis que dans la partie supérieure était figuré le Printeml:}s sous la forme d’enfants et de fleurs — ou comme celui que Clovis Viard, un élève de Constant Sévin, avait imaginé pour Leblanc- Barbedienne, avec au-dessous du bandeau deux figures allégoriques de Puech, \ Art et la Science, L’appartement moderne conserve la cheminée plutôt comme un détail traditionnel d’architecture que comme un appareil d’usage. Elle a fait son temps. Au point de vue décoratif, sous son aspect banal, avec ses proportions médiocres, son effet insignifiant, effacé, elle n’ajoute rien à la beauté d’un intérieur. Même dans les appartements dépourvus de chauffage
central, on trouve aujourd’hui des appareils de chauffage à combustion lente et c’est une superfétation comique que le voisinage de cette cheminée, toujours sans feu, avec un poêle ou une salamandre qui brûle nuit et jour à sa place.
Ces appareils pratiques malheureusement sont laids. Les usines qui les fabriquent se soucient d’autant moins d’en améliorer les modèles que leurs dessins, popularisés par le prospectus et l’affiche, sont arrivés à constituer de véritables marques industrielles. Il y aurait cependant un effort à tenter et l’on pourrait reprendre l’idée du concours (\\x Art et Décoration avait ouvert en 1912 et qui avait réuni d’intéressants projets de Grasset, de Follot, de Dufrène, de Jaiiot. Tous les concurrents avaient résolument dissimulé la cheminée ou en avaient modifié, par quelque artifice, la forme et les proportions. Aucun n'avait résolu le problème d’un système décoratif à la fois pratique et élégant.
On s’explique moins encore comment on n’a pas su trouver, je n^ dirai pas une décoration mais même une forme acceptable pour les radiateurs. Aucun appareil qui ne soit un parfait exemple de laideur. Le problème n’est cependant pas, paraît-il, de ceux qu’il est impossible de résoudre. L’eau chaude doit passer à travers un système de tuyaux conjugués pour réchauffer la nappe d’air de l’appartement, il faut une clef de réglage pour modérer son entrée dans le radiateur. Et c’est tout. Est-il possible de laisser une plus
LE BRONZE d’aPPARTEMENT
grande 1 atitude à l’esprit d’invention et comprendon que nous en soyons réduits à l’informe tuyautage de fonte qui déshonore l’appartement moderne? C’est tout au plus si l’on a cherché à dissimuler l’appareil dans une cage de bronze ou de cuivre repercé. Mais ces essais d’emboîtage, — Ed. Schenck en a réalisé d’ingénieux, — ne sont que des palliatifs et ont le grave inconvénient de diminuer le pouvoir calorique du radiateur. C’est aux ingénieurs à trouver une forme qui ne soit ni encombrante ni disgracieuse et qui multiplie le plus possible les surfaces de chauffage. Si ces conditions se réalisent, il deviendra inutile de dissimuler le radiateur. Il pourra devenir un ornement, comme ces anciens poêles de faïence dont nui n’a jamais songé à nier la convenance.
Pour les systèmes de chauffage par l’air chaud ne comportant pas de tuyautage apparent, l’intervention du bronzier semble moins nécessaire. Mais le dessin des plaques repercées destinées à obturer les bouches de calorifère n’est cependant pas indifférent. Il faut qu’il réalise le maximum d’évidement pour permettre la plus large adduction possible d’air chaud et qu’en même temps le reperçage ménage assez de surfaces pleines dans le métal pour que la plaque puisse résister à des chocs répétés. Il faut encore — et c’est la tâche du décorateur — que le dessin soit lisible et se détache au premier coup d’œil sans complication puérile de traits, d’arabesques ou d’orne-
ments plus propres à la bijouterie qu’au travail du bronze et du cuivre.
Au milieu de cette transformation du chauffage, que deviennent ces chenets, ces pelles, ces pincettes, ces écrans, ces garde-cendres dont les maîtres du xviii® siècle ont laissé de si prestigieux exemples? Au début du XX® siècle, on a tenté d’en renouveler les modèles. Les ferronniers Robert, Brcsset, Brandt, et les autres, ont martelé de beaux landiers ; Schenck, Scheideker ont composé de charmantes grilles de foyer en cuivre ou en fer et cuivre ; Eugène Lelièvre a créé des modèles de chenets et de garde-feux d’une note moderne et originale. Mais on n’a pas persévéré dans cette voie. Tout dernièrement une des premières maisons de Paris a liquidé ses modèles. Ce n’est pas une preuve de l’activité de la commande dans cette catégorie de bronzes.
En revanche, la serrurerie d’appartement, paumelles, crémones, espagnolettes, palâtres de serrure, plaques de propreté, est en pleine prospérité. Partout où le bronze fondu, doré et ciselé, et même le cuivre repercé, concurrencent et souvent évincent la quincaillerie de fer, d’excellentes séries modernes ont vu le jour depuis vingt ans. Léon Jallot, avec le même bonheur que pour ses appliques de meubles, a composé des crémones, des plaques de propreté, des poignées de portes, où les éléments, presque toujours empruntés à la mer ou aux plantes des haies ou des bois, sont si fortement stylisés qu’ils confinent à
LE RONZE d’appartement
rornementation pure. Eugène Bourgouin, sculpteur et bronzier, s’est laissé séduire par la pomme de pin et en a ingénieusement adapté les solides reliefs et le pittoresque varié à des crémones, des plaques de propreté, des poignées de portes, des boutons de sonnettes. Tous ses modèles sont parfaitement compris pour l’usage et capables d’ajouter à la beauté de la maison moderne. Paul Brindeau a tiré de la gousse de fève des poignées de meubles et des crémones. Schenck a exécuté en cuivre patiné de belles plaques et entrées de serrures. J’en passe parmi les meilleurs.
Cette réussite vient évidemment de ce que ces bronzes utilitaires font partie de la décoration fixe de l’appartement, et que les architectes modernistes en ont arrêté les dessins avec l’ensemble de leur aménagement intérieur, ou en ont demandé la composition à des artistes-décorateurs éprouvés. La commande compétente et consciente a fait naître l’objet de goût. Du même coup, pour être prêts à satisfaire aux besoins des constructeurs, les industriels spécialisés dans la fourniture de serrurerie de fer et de bronze se sont assuré un assortiment de modèles modernes interchangeables et exécutés en série sur le même pied que les modèles copiés ou inspirés des styles.
En sorte qu’à côté des fers forgés originaux de Robert, de Brandt, de Szabo, ou des bronzes ciselés et dorés de Jallot, de Brindeau ou de Schenck, pièces d’exception réservées aux amateurs qui ne comptent
pas avec le prix, des industriels, comme la maison Fontaine ou la maison Bricard, ont édité un assortiment intéressant de serrurerie de fer et de bronze, dont ils ont demandé les modèles à des décorateurs modernes : Alexandre Charpentier, Théodore Lambert, Dufrène, Foilot, Boiirgouin, Hamm et d’autres. Il est regrettable seulement que cet effort de modernisme industriel ne soit pas appliqué avec le même bonheur à toutes les catégories, par exemple à la robinetterie, qui pourrait donner lieu à des solutions nouvelles et élégantes, aux boîtes à lettres, aux coffres de machine à écrire, et à bien d’autres pièces d’usage.
Nos bronziers ont vraiment trop sacrifié à l’apparat. Pour quelques beaux vases de Husson, de Lucien Gaillard, de Barboteaux, de Brandt, de Feuillâtre, — que leur préciosité m’oblige à ranger dans l’orfèvrerie — que de futilités dépourvues d’intérêt voyons-nous se glisser dans toutes les expositions! Les plus pardonnables sont encore les garnitures de bureau, écritoires, bougeoirs, couteaux à papier et le reste, qui ont au moins quelque raison d’être, tant que le stylographe et la machine à écrire n’auront pas définitivement détrôné ces vieux moyens de transmission de la pensée. Foilot, Brindeau, Brandt, bien d’autres, en ont composé de bons exemples.
L^ÉTAÎN
ÎL faut faire une place dans le travail de la fonte aux objets en étain qui jouirent d’une faveur passagère quelque dix ans avant et après l’exposition de 1900.
Après avoir garni les dressoirs des petits bourgeois ou des paysans aisés, Fétaîn avait fini par se voir complètement délaissé pour la faïence et la porcelaine décorées. Il semblait défioitivenient condamné quand, à la fin du xîx® siècle, un ciseleur de grand talent, Jules Erateau, imagina de remployer à des pièces décoratives, comme avait fait trois siècles auparavant le lorrain François Briot.
Brateau était originaire de Bourges. Il vint à Paris apprendre à ciseler dans l’atelier d’Honoré, pépinière de praticiens remarquables, et franchit vite la distance qui sépare l’ouvrier d’art de l’artiste. Il devint un des collaborateurs préférés des grands orfèvres. Lucien Falize, entre autres, lui confia la ciselure de quelques-
unes de ses plus belles pièces. En même temps, il s’attachait à retrouver les procédés des Briot et des Enderlin. C’est sous ce double aspect d’orfèvre-ciseleur et de potier d’étain qu’il parut à l’exposition de 1889 où la foule qui l’ignorait apprit son nom. Il présentait une chope à bière figurant les Trois Parques, une cafetière de style oriental, des assiettes à décor emprunté à Clodion, et surtout une grande aiguière de la Vérité, accompagnée de son plateau des Arts Libéraux (musée de Luxembourg), visiblement inspirée de Briot, mais dans une note plus moderne. En 1900, il reparut avec des étains plus nombreux et fortement orientés dans le sens du décor végétal — coupe, buire, vases, gobelet — mais gardant toujours de visibles attaches avec le passé. Cinq ans plus tard, à l’exposition du fer, du cuivre et de \ étain au musée Galbera, il associe à ses aiguières, plateaux ou salières originales des flambeaux de « style » et des salières renaissance. Le rapporteur du jury, Pierre Roche, n’en rend pas moins pleine et entière justice à ce bel artiste :
« Brateau, dit-il, novateur par son observation sagace de la nature, traditionnel par sa science pleine de goût des anciens styles, est avant tout le restaurateur de l’industrie de l’étain. Aucune des pièces sorties de son atelier ne sent le travail hâtif, tout est parfait dans les nombreux modèles qu’il tire des matrices gravées avec une scrupuleuse perfection. Nous ne voyons que l’admirable résultat d’un art qui résiste
LAURENT MALCLÈS.
Boutons de meubles. 1914.