FAIRE
phrase et lui permettre de rebondir : « Les poules volent, pesamment toutefois, bassement et rarement. » p. 15. Voilà une de ces corrections d'artiste, de technicien du rythme, qu'eût aimée Gustave Flaubert !
Plus souvent, au lieu d’espacer ainsi les sons, 1l recourt à la suppression pure et simple des voyelles ou des diphtongues répétées.
Îl avait écrit : « La mesme lumiere qui nous fait voir ces tares et dechets nous eschauffe aussi au desir de nous en nettoyer. » p. 63*. ÎIl va sacrifier © aussi », qui d’ailleurs n'avait aucune utilité pour le sens et dire simplement : «Nous eschauffe au desir. » p. 63.
Il lui arrive, à l'égard de certaines assonances de montrer une délicatesse d'oreille que même après Chateaubriand et Flaubert nous n'avons pas toujours.
L'édition princeps disait : « Diligens a cultiver et agencer les jardins. » p. 103*.
Ces deux « gen » n'étaient pas tellement rap-
prochés qu'une oreille même exigeante püût
na AVES
s'en offusquer. Il s'émeut néanmoins de ce son redoublé, et, en 1619, il corrige ainsi :
€ Diligens a cultiver et embellir les jardins. »
PRINCEPS : «Si vous voulez les faire». p. 162*. Cette assonance anodine, doublée, il est vrai, d'une allittération va encore disparaître par une légère transposition : « Si vous les voules faire. » p. 170.
À de tels traits, on reconnaît une oreille
déjà toute moderne.
ALLITTÉRATIONS.
Les allittérations, ou répétitions de consonnes, dont les « Rhétoriqueurs » du xv° siècle avaient fait dans leurs vers un si ridicule abus, lui semblent encore plus déplaisantes que les assonances. Et l’on sent à le voir faire combien l'idéal s'était modifié et assaini depuis un siècle! On trouve un très grand nombre d'alhtté-
rations corrigées de sa main.
MOSAY.
Notons-en quelques-unes entre beaucoup d'autres :
Princers : (Or, affin que le tout te fut plus utile. » p. 8*.
Ce « tout te », assez malsonnant d’ailleurs, ne trouve pas grâce devant son oreille. Ce «concours de mauvais sons », comme dit Boileau, va disparaître par l'ablation de ( fe », malgré l'indétermination peut-être fâcheuse qui va s’ensuivre. Et nous allons avoir :
1619 : « Afin que le tout fut plus utile. » p. 7.
— PRINCEPS : (Se tenant pour parfaites avant presque que d'’estre faites. » p. 22* Le dur Cpresque que » va s'effacer. Nous allons avoir :
1619 : « Avant presque d’estre faites. » p. 27.
— PRINCEPS : « Les especes… seraient comme une tapisserie dessous laquelle N.- Seigneur … » p. 45*. À cette phrase un peu trop sifflante à son gré, 1l enlève un de ses { s» en rempla-
çant ( dessous » par ( derrière ».
1619 : « Les especes.., seraient comme
Fe MNT Ÿ
NS
une tapisserie derrière laquelle N.-Seigneur…» p. 76.
— PRINCEPS : (« Quand ce sera le matin, ce sera le meilleur. » p. 68*.
La phrase ici va se transformer radicalement pour devenir :
1619 : « S'il se peut au commencement de vostre matinee. » p. 71.
— PRiNcers : © Vous pourriez utilement
encore communier plus souvent. » p. 86*.
À cette allittération, compliquée d'une assonance, ( co-co », l’auteur remédie le plus simplement du monde, en espaçant un tout
petit peu les deux sons allittérants et en
Tes -écrivant :
1619 : « Vous pourries utilement communier enccres. » p. 118.
— Princes : (Il n'y en a nulle qui soit. »
p. 88*. si
1619 : « I] n'y en a point qui soit. » p. 119.
— Princers : « S'il vous arrive de perdre
de vos biens et vous sentez que vostre cœur s’en desole. » p. 101*.
L'auteur élimine un des ( v », au risque de perdre un peu de précision.
1619 : « S'il vous arrive de perdre des biens. » p. 187.
— PRINCEPS : € On n'a ny lit, ny chambre, TiY::. > p. 1027.
1619 : « On n'a lit ny chambre. » p. 191.
On le voit, le goût de saint François de Sales est aux antipodes de celui des grands Rhétoriqueurs qui, un siècle plus tôt faisaient leurs délices de ces allittérations dont le XVII® va se garder sévèrement. Sur ce point encore, l’auteur de l’Introduction annonce et prépare l'ère classique.