LA COULEUR
Nous avons relativement peu de choses à
AA) cé DS AT
dire du coloris. L'évêque de Genève n'était pas de la famille de ces écrivains qui, malgré la fécondité de leur imagination, ont bescin, . comme Hugo, de refondre leur phrase, de la marteler pour ainsi dire, afin d'en faire jaillir Le l'étincelle et d'y fairc apparaître à la place du terme abstraitletermeimagé. Il est spontanément ÿ- riche en coloris. La comparaison, l’image et
- Ja métaphore naissent d'elles-mêmes sous sa
plume et semblent ne lui avoir coûté aucun effort. Il est probable que les éléments de couleur = qui abondent chez lui se sont introduits dans son œuvre le plus souvent dès le premier jet.
Saint François de Sales aurait pu dire comme
Flaubert : « Les métaphores m'inquiètent peu.
ÉCADA TES
À vrai dire, 1l n’y en aura que trop. »!. L’édition princeps de l’/ntroduction nous apparaît comme déjà pourvue de presque tout le coleris que nous trouverons dans l'édition définitive. Ce que l’auteur en ajoutera ne modifiera pas sensiblement son caractère. De ci de là même, nous L verrons estomper quelques tours qu'il a jugés trop brillants cu dont l'éclat lui a semblé de mauvais aloi.
Néanmoins, si riche qu'il ait été d’abord en coloris, il serait surprenant qu'un écrivain d'imagination vive comme 1l était n'ait pas trouvé, de fois à autre, l’occasion d'enrichir encore son texte de quelque belle image nouvelle. Et, de fait, l'étude comparative des deux éditions extrêmes de l’{ntroduction nous permet de relever quelques très heureuses trouvailles en matière de couleur.
À la page 15* de l’ÉprrioN PRINCEPS, l’auteur
avait écrit assez mollement : « Ceux qui
Correspondance, t. 1, p. 114,
decourageaient les Israelites d'aller en la terre de promission leur disoient qu’elle éstoit toute pleine de gens qui mangeoient les hommes. »
En 1619, la tournure se resserre, et, la compression opérée fait Jjailir l’étincelle.
Cette terre qui nous était montrée comme ( pleine de gens qui mangent les hommes» devient elle-même une dévoreuse personnifiée. L’entité abstraite ( pays » s'élève à la condition de monstre vivant aux yeux de l'écrivain, et ce monstre dévore les habitants : « Ceux qui descourageoient les Israélites d'aller en la terre de promission leur disoyent que c’estoit un pais qui devoroit les habitans. » p. 12.
Signalons dès maintenant, malgré sa médiocre importance, une légère touche de couleur qui appartient au même ordre d'idées.
— PRINCEPS : © Ayant traversé plusieurs lieux pleins d’heretiques. » p. 81*. Le tour va se resserrer et ce sont les lieux eux-mêmes qui
vont devenir heretiques !
EAN PELS
1619 : « Ayant traversé plusieurs lieux heretiques. » p. 105.
Parfois l'image est obtenue par la simple substitution d’un mot à un autre. Un terme imagé apparaît à la place d'un terme abstrait.
Dans l'ÉprrioN PRINCEPS, la ( condescendance » nous était ainsi donnée ( comme dependante de la charité» p. 123*. Dans l’'Énr- TION de 1619, elle nous est donnée (comme surgeon de la charité » p. 253.
Dans l'Énrrion PRINCEPS on nous parle d’une jeune fille « ayant voulu donner de l’amour au Prince qui la recherche.» p. 149*. Dans l'Épi- TION de 1619, on nous dit beaucoup plus vivement de cette jeune fille qu'elle a voulu « donner de l'amour au Prince qui la muguette. » p. 301.
Dans l'ÉDiTioN PRINCEPS on «jouait du luth. » p. 118: dans l'édition de 1619, on « sonne du luth » p. 247. |