PRESSE
Dans l'Épirion PRINCEPS on nous recommande de « blasmer les choses blasmables selon qu'elles le sont et rien de plus. » p. 115*. Dans l'Éprrion de 1619, on nous ditplus pittoresquement et aussi plus nettement : © [] faut dire rondement et franchem nt mal du mal. »
- Notons encore, dans un ordre de choses analogue, une petite image sans grande ncuveauté ni prétention qui apparaît en finale de phrase pour la relever et en améliorer la chute :
Princes : « I] faut que je tienne la balance bien droitte : et puisque je les veux juger que je ne die pas un seul mot de trop. » p. 115*.
1619 : « Il faut que je tienne la balance bien juste pour ne pas aggrandir la chose, pas mesme d’un seul brin. » p. 242.
Parfois l’image ou la métaphore étaient commc en germe dans la première rédaction,
et l’auteur nintervint ensuite que pour
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décanter l’expressicn, dégager l'image qui s’enveloppait dans une comparaiscn trop pesante. Comme plus tard Racine, qui de La Thébaïde à Andromaque va s'élever généralement de la comparaison à l'image, saint François de Sales, de 1609 à 1619, esquisseune évolution dans le même sens.
En 1609 il écrivait © : L'amour tient le premier rang entre les passions de l’ame, et est dans le cœur comme le Roy de tous les mouvemens d'iceluy. » p. 124*.
En 1619, il écrit : « L'amour tient le premier rang entre les passions de l’ame. C’est le Roy de tous les mouvemens du cœur. » p. 194.
L'amour personnifié se dresse maintenant à nos yeux, non plus semblable à un roy, mais roy lui-même. La phrase a pris de la vivacité et de l'éclat. Elle a pris en outre de l'harmonie par la suppression d’un dur hiatus : et est.
Elle est devenue phrase d'artiste, phrase à la Montaigne.
— PRincers : « Il est vray, nous sommes
Une encores comme des petits mouchons en la devotion. » 62*,
1619 : « Nous sommes encor de petitz mouschons en la devotion. » p. 293.
Voyons-le encore substituer une belle, audacieuse et rapide image à une longue et laborieuse comparaison.
Il avait écrit dans l'ÉDITION PRINCES :
« L'autre voyant un fleuve flotter : O Dieu, dit-1l, ces eaux n'auront jamais de repos qu'elles ne soyent abismées dedans la mer d'ou elles sont sorties : mais ny mon cœur aussi n'aura jamais ny paix ny tranquillité, qu'il ne soit plongé dedans son origine qui est Dieu. » p. 75.
Les deux termes de la comparaison vont être ramenés à un seul par une habile synthèse : Une grande image va naître : ( mer de la divinité ». Et nous allons avoir cette phrase rapide et ferme :
« L'autre voyant un fleuve flotter s’escrioit ainsy : mon ame n'aura jamais de repos qu'elle
ne se soit abismee dedans la mer de la Divinité
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qui est son origine. » p. 99. Nous avons à la fois maintenant plus de cohérence ct plus d'éclat.
D'une édition à l’autre nous voyons aussi certaines métaphores et comparaisons se purifier, s'améliorer dans le sens de l’homogénéité.
Dans l'ÉprTion PRINCEPS, l'auteur avait comparé les vains désirs humains à ces fantasques « desirs des femmes grosses, qui desirent les cerises fraisches en hyver et la neige en esté. » p. 129*. Les cerises fraîches et la neige n’étaient-elles pas choses trop diverses par nature pour être ainsi associées dans une même comparaison? Saint François de Sales l'a pensé. Et pour l'Épirion de 1619, il a mis à la place de la « neige » des « raisins frais », ce qui nous donne cette comparaison cohérente aux éléments parfaitement symétriques :
€ desirs de femmes grosses qui veulent des
cerises fraîches en automne et des raisins frais au printems. » p. 261, La comparaison se poursuit ainsi dans une même ligne. Au lieu d'en appeler successivement du goût au toucher, elle reste sur le plan du goût.
Même travail de clarification et d’harmenisation entre les termes de la comparaison suivante :
— Princers : (L'un regardant dans un ruisseau et y voyant le ciel représenté avec une quantité de belles estoilles en une nuict bien sereine : Ô Dieu, dit-il, ainsi seront ces mesmes estoilles sous mes pieds quand vous m'aurez logé dans vos saincts tabernaclcs ; ainsi les hommes de la terre sont represeritez au Ciel dedans la poitrine de Dieu. » p. 75*,
1619 : « Une ame devote regardant un ruysseau et y voyant le ciel représenté avec les estoiles-en une nuit bien sereine : O mon Dieu, dit-elle, ces mesmes estoiles seront dessous mes pieds quand vous m'’aures logee dans vos
saintz tabernacles : et comme les estoiles du
ciel sont representees en la terre, ainsy les hommes de la terre sont representés au ciel en la vive fontaine de la charité divine. » pp. 98- 99,
La «vive fontaine de la charité divine», qui a fait son apparition dans la phrase de 1619 en : remplacement de l'abstraction : { poitrine de Dieu », n'a pas seulement le mérite d'être en ‘elle-même une métaphore juste, elle rétablit ‘la cohérence entre les deux termes de la comparaison. La poitrine de Dieu, difficile d’ailleurs à réaliser par l'imagination, ne pouvait guère être assimilée à un miroir Dans la phrase corrigée, la finale s'accorde admirablement avec la donnéc initiale. Partis d’un ruisseau
réel nous aboutissons à une fontaine figurée.
S il est bien vrai que le plus souvent, comme nous l'avons dit, notre auteur se contente de transformer un terme abstrait en un terme
coloré, ou simplement de mettre en valeur des
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éléments de couleur existants déjà dans son texte, quelquefois néanmoins :l ajoute des touches d’un coloris nouveau. Une brève image, ou même, à l’occasion, toute une comparaison fait son apparition.
«On ne perd rien, avait-il écrit dans l’Épi- TION PRINCEPS, à vivre avec un cœur esgal et raisonnable. » p. 132*.
Or, dans l'édition de 1619, on lit avec plaisir ce tour beaucoup plus brillant :
« On ne perd rien à vivre avec un cœur royal, égal et raysonnable. » p. 259. La noble image ( cœur royal » a été créée absolument. .
— PRincers : « Ces amitiés fausses et mondaines degenerent en tristesses, afflictions d'esprit, insolences, confusions et charnalités. » p. 128*.
1619 : « Les fausses amitiés se convertissent et terminent en paroles et demandes charnelles et puantes. » p. 207. — Une image de l'odorat
encore ici s’est insérée. Elle ne présente pas
sans doute une bien grande originalité, mais elle révèle un procédé.
Aïlleurs c’est une métaphore suivie, une comparaison, ou, comme dans le cas suivant, toute une chaîne de propositions imagées qui surgissent tout à coup ;
Touchant l'aveuglement des avares sur leur propre vie, l'ÉDITION PRINCEPS ne nous cffrait que cette froide proposition abstraite : « Mesme les plus avares, non seulement ne confessent pas de l’estre, mais ils ne pensent pas en leur conscience de l’estre. » p. 100*.
Et voici comment l'Éprrion de 1619 illustre et viviñie cette sèchc constatation théorique :
€ L'avarice est une fièvre prodigieuse qui se rend d'autant plus insensible qu'elle est plus violente et ardente. Moyse vit le feu sacré qui brusloit un buisson et ne le consumoit nullement, mais au contraire le feu prophanc de l’avarice consume et devore l’avaricieux et ne le brusle aucunement ; au moins, emmi ses
ardeurs et chaleurs plus excessives, il se vante