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de la plus douce fraischeur du monde, et tient
que son altération insatiable est une soif
toute naturelle et suave. » p. 186.
Ailleurs, pour faire sentir plus vivement qu'il y a folie à désirer le martyre en imagination quand on ne peut supporter de sangfroid une toute petite injure, il ajoute à sa preposition générale cettc pittoresque comparaison : € Nous combattens les monstres d'Afrique en imagination, et nous nous laissons tuer en effect aux menus serpens qui sont sur nostre chemin. » pp. 129* et 261-262.
Un dernier exemple sur cette matière :
— PRincerps : © Le jeune homme duquel parle saint Hierosme qui couché et attaché sur un lit mollet.. » p. 146*.
1619 : « Le jeune homme duquel parle sant Hierosme qui couché et attaché avec des escharpes de soye bien delicatement sur un lit mollet.… » p. 297. S'il n'y a pas ici propre-
ment création d'image ni de métaphore, il
y a du moins un appel très net à l'imagination.
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Les « escharpes de soye » et l'adverbe « delicatement » rendent plus sensibles à l'œil et à l'oreille la mollesse du jeune homme dont
parle saint Jerôme.
On le voit donc, si riche en couleur que soit le premier texte de l’/ntroduction, celui de 1619 ne laisse pas de le surpasser encore en éclat. Et cette recherche du pittoresque en matière de spiritualité était assez nouvelle. Saint Françcis de Sales ouvrait une voie où d'autres bientôt allaient s'engager après lui bien au-delà des limites du bon goût. Les PP. Binet, Poiré, Barry, entraînés par le succès de l’Introduction, fleuriront le style de leurs pieux traités jusqu'à l’extravagance inclusivement. Comme nous le rappelait récemment M. Charles Flachare!, par réaction contre Calvin qui, lui, avait banni de son style sinon
? Cf. La dévotion à la Vierge dans la Littérature catholique au commencement du XVI siècle. Paris, Leroux, 1916.
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tout pittoresque du moins toute poésie !, ils oublieront que saint François de Sales leur avait en somme donné une leçon de mesure dans l'emploi de la couleur.
Non seulement, comme nous l'avons dit, il n'ajoute des fleurs à son premier texte qu'avec une sorte de parcimonie, mais — et nous ne serions ni juste ni exact si nous ne le notions — malgré son penchant pour le pittoresque, 1l sait, quand il le faut, gagner sur lui d'effacer telle image ou telle comparaison superflue, Assurément, il ne fait pas aux métaphores cette guerre impitoyable que Flaubert, si nous l'en croyons, entreprendra plus tard contre les siennes, les écrasant, dira-t-il, « comme des poux ». Il a bien trop le goût de la couleur, un goût d'aventure excessif, pour dépouiller ainsi son style.
1 «Calvin, écrit Petit de Julleville, avec trop de rigueur peutêtre, n’est jamais imagé, coloré, il est pauvre en métaphores, il est absolument sans poésie. » Histoire de la Langue et de la
Littérature française, Paris, Cohn, t. LE, p. 345. « Sans poésie » out, accordons-le, mais non sans pittoresque.
Néanmoins nous pouvons constater qu'il a courageusement, à plusieurs reprises, dénudé telle ou telle de ses pages. Signalons quelques exemples de ce méritoire détachement.
À la page 127* de l'ÉDITION PRINCEPS, il avait esquissé une longue et pâle comparaison des amitiés humaines avec les rivières. Cette comparaison en 1619 a disparu de son texte.
De même une comparaison entre l'usage des richesses et l'usage des robes qui n’adhèrent pas au corps, p. 105*, est rejetée pour donner, semble-t-1l, une valeur de surcroît à une autre comparaison meilleure qui l’accompagnait.
Ailleurs, l'image un peu forcée : « Embrasses sa bonté » p. 74., s'efface pour faire place à l'expression plus saine : « Adores sa bonté. » p. 94.
Notons enfin, à la louange de notre auteur, l'opportune élimination d’une comparaison crue que le goût du xviif siècle vers
1610 pouvait tolérer mais dont notre goût
+ moderne pourrait à bon droit s’effaroucher : : « Nostre Seigneur estoit en estat de grossesse 4 et de femme enceinte sur l'arbre de la croix. » 2 p. 179*, Évidemment quand on sait de quelle crudité et de quel mauvais goût, longtemps 4 encore après la mort de saint François de > Sales, la Littérature pieuse fut entachée, on ; __ ne peut considérer ce trait comme une grave
> défaillance. Il n’en faut que davantage admirer Ja bonne santé intellectuelle de notre auteur
” qui a su s'imposer cette correction.
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