ANNE
PAR dem
branne : « La fonction sociale de la femme est d'être l’animatrice du foyer, génératrice de la vie physique et éducatrice des enfants, génératrice aussi de l'esprit de famille, de communauté familiale. C’est elle, en effet, qui peut rendre le foyer attrayant pour tous, être le trait d'union de tous les membres de la famille. Il est évident que le milieu ouvrier n’est pas, dans l’ensemble, un milieu familial, ainsi que le montre sa dénatalité. »
Les préoccupations habituelles de louvrière surtout créent une sorte d’instabilité permanente, car la femme ne fixe pas son attention sur son métier, contrairement à l’homme qui considère son travail comme le but primordial de sa vie active. Son système nerveux hypersensible est perpétuellement sollicité par de constants soucis intérieurs. D'ailleurs, son travail au dehors attaque l'esprit de communauté. Différents motifs de travailler entrent en jeu en plus de son désir personnel. La question de prime amène un état de surexcitation qui finit par devenir nuisible. De plus, la femme mariée, préoccupée par sa retraite, ne quittera pas son travail. Conception très fréquemment rencontrée dans notre pays, contrairement aux pays étrangers.
Les femmes mariées sont plus vite fatiguées que les célibataires. En effet, au moment où elle sort de l’usine ou de l'atelier, l’ouvrière ne fait que changer de travail, car il lui faut pourvoir aux soins de ses enfants et de son intérieur, trop souvent moins aéré et moins salubre encore que le local où elle travaille, ce qui nous amène à dire, de beaucoup d’entre elles, qu’elles sont d’éternelles surmenées.
La femme ne comprend pas toujours que son travail n’est pas adapté à sa capacité, à sa force; et au surmenage professionnel s'ajoute celui de son intérieur. Le rythme de travail par quart est très fatigant et nocif. Elle est obligée de se lever de bonne heure pour préparer les repas de tous. La plupart du temps, l'éloignement de son lieu de travail importe beaucoup. I n’a pas été rare de rencontrer, durant nos visites d’usines ou d’ateliers, des femmes qui devaient parcourir, au moins deux fois par jour, de 25 à 30 kilomètres.
Ainsi, le travail professionnel, le ménage, les courses, l’entretien du linge (lessive, raccommodage), la préparation des repas,
AS
absorbent la majeure partie de son temps, et il ne lui reste, de ce fait, que bien peu pour son sommeil. La plus grave conséquence du travail à l’extérieur, malheureusement continuellement constatée, est ce manque de sommeil. À ce dernier, s’ajoute chez les jeunes les fatigues extra-professionnelles, dont le bal, les sorties harassantes, ce qui avait amené des usines à fermer le lundi. Le temps de repos de la ménagère est consacré non pas à la détente, mais à des tâches restées inachevées du fait de son absence, liée à son horaire de travail. Egalement, manque d'hygiène individuelle et d’habitudes saines. L'alimentation est insuffisante, aussi bien qualitativement que quantitativement, car elle va au plus économique, au tout fait, au plus rapide: conserves, charcuterie, plats préparés, donc menu invariable. À ce sujet, une différence de conception est nettement constatée entre l’ouvrière et la vendeuse, cette dernière sacrifiant plus volontiers la nécessité de la table. Cela est d'autant plus grave que la femme salariée ne récupère pas l'intégrité de ses calories, dépensées par le départ supplémentaire d'énergie, due à sa double tâche.
Ainsi surmenée, s’explique-t-on son absentéisme plus fréquent. De plus, si elle désire s’intéresser à son intérieur, elle est obligée de fournir des efforts surhumains. Aussi ne sommes-nous pas étonnés de trouver, vers l’âge de quarante ans, l’ouvrière vieillie prématurément, « patraque ».
Cette indifférence, ce laisser-aller manifeste, font que les vestiaires féminins sont plus mal tenus que ceux des hommes. A plus forte raison, le cadre familial proprement dit s’en ressent lui aussi.
L’insuffisance de logement, la cherté des loyers, engendrent la misère : 18 % des familles françaises ne disposent que d’une pièce, Sur 83.426 logements à Bordeaux, on en trouve 5.844 qui sont surpeuplés et 16.471 insuffisants. Par exemple, on compte dans l’agglomération bordelaise
24.796 appartements avec 1 pièce; 38.833 appartements avec 2 pièces; 34.772 appartements avec 3 pièces; 17.113 appartements avec 4 et 5 pièces.
dm, ES
Comment l'insuffisance d’un logement peu attirant, n’entraf- neraïit-il pas la désaffection, un désir d'évasion parmi les membres de la famille et notamment chez les enfants vivant encore plus en contact dans un tel milieu avec leurs parents ?
Ce cadre étroit, incommode, négligé, laisse percevoir des causes sociales et morales débilitantes où se rencontrent l’ignorance, les préjugés, la routine, l'indifférence. Déjà, l’usine ou l'atelier nullement faits pour attirer vers le foyer, à son retour, la mère de famille n’a pas envie de se perfectionner, de s’instruire et, à plus forte raison, d’allaiter et d'élever ses enfants.
— Enfants. — Nous avons déjà vu les effets du travail sur la grossesse et'sur le produit de conception.
Il est logique de penser que les enfants ne peuvent que souffrir des conditions physiques déficientes de leurs mères. Ainsi s’est-on expliqué le nombre important de prématurés et débiles, rencontrés parmi les enfants dont les mères travaillent à l'extérieur. é
L’incertitude de l’avenir ayant influé sur la conception de la maternité, il est fréquent que l’enfant ne reçoive pas, pour différentes raisons, les soins que nécessite son état. La femme peut difficilement supporter sa participation active à une profession et sa tâche maternelle. Il est des métiers où la nature et les conditions de travail impliquent des dommages qu'aucune prévention n’arrivera à supprimer complètement. Suppression de la réunion familiale autour de la table commune, du fait d'heures de travail différentes de celles du mari.
Bien souvent, la grossesse a été pénible pour l’ouvrière; son sens moral a été diminué; aussi la dénatalité est-elle en vigueur. Mère de famille, le nourrisson est gardé par un enfant plus âgé ou par un voisin, ou encore confié à des grands-parents, avec tous les risques d’un allaitement artificiel, mal dirigé. Autrement, l'enfant est laissé dans des crèches ou des chambres d’allaitement, garderies, avec les risques éventuels de contagion ou d’épidémie. On est effrayé de voir qu’une garderie revient à certaines ouvrières à 6.000 francs par mois, alors que leur salaire